Ce vendredi 17 octobre 2025, Legal Talks & Networking, en collaboration avec Avocats.cd, a organisé une matinée d’échanges et de réflexion autour du thème : « Être avocat en RDC aujourd’hui : défis, opportunités et nouvelles perspectives. »
Un moment empreint de convivialité et de fraternité, réunissant avocats, juristes et jeunes professionnels du droit pour réfléchir ensemble à l’avenir de cette noble profession.
Sous la modération de Plamédie BADIANYAMA, plusieurs intervenants se sont succédé, parmi lesquels Gloire Ngamuna, avocat chercheur en droit de l’environnement et cofondateur de Legal Talks, Keren MANTETA, juriste et coordinatrice du même programme, ainsi que Olive Pangasudi, représentante de Avocats.cd.
Les échanges ont porté sur des thématiques variées notamment la corruption, la relation entre avocat et magistrat, la formation continue, les défis des femmes avocates, la diversification des revenus, ou encore l’impact du numérique sur la pratique du droit.
La déontologie et la corruption au cœur du débat
Les discussions ont d’abord abordé la question de la corruption dans le milieu judiciaire, perçue comme l’un des principaux obstacles à la justice équitable.
Certains participants ont évoqué la perception selon laquelle celui qui a des moyens gagne automatiquement, soulignant une dérive morale inquiétante dans la pratique du droit en RDC.
D’autres ont dénoncé la soif d’argent qui anime parfois certains praticiens, des comportements qualifiés d’immoraux et contraires à la déontologie professionnelle, avant de rappeler qu’il est essentiel de se demander « pourquoi l’on devient avocat », car c’est cette introspection qui confère à la profession toute sa noblesse, ont-ils conclu.
Avocats et magistrats : une relation parfois sous tension
La relation entre l’avocat et le magistrat a également suscité de vifs échanges.
Un intervenant a comparé cette relation à « un adultère », expliquant que le magistrat, en se compromettant, rompt l’équilibre de la balance de la justice.
D’autres ont évoqué une « guerre d’esprit » entre les deux corps, regrettant le manque de respect mutuel observé dans le contexte congolais par rapport à d’autres systèmes, notamment celui des États-Unis.
Ces propos ont ouvert la réflexion sur la nécessité d’un dialogue constructif et d’un respect réciproque entre magistrats et avocats pour une meilleure administration de la justice.
Se spécialiser et se former continuellement : un impératif
Les participants ont unanimement reconnu que le droit est une science dynamique et que la formation continue constitue un levier essentiel pour renforcer la compétence et la crédibilité des avocats.
Selon certains intervenants, la plupart des avocats sont généralistes, or la spécialisation dans des domaines précis apporte une réelle valeur ajoutée.
Pour illustrer cette idée, une intervenante a évoqué le cas d’une avocate camerounaise spécialisée en santé émotionnelle, ce qui lui donne des arguments solides dans les affaires de violences.
Un avocat a rappelé que même les domaines transversaux et techniques exigent une mise à jour constante des connaissances, car cela rend l’avocat plus efficace dans les dossiers, même les plus techniques.
Diversifier ses revenus : entre contrainte et créativité
La question de la diversification des revenus dans une profession aux règles strictes a également été évoquée.
Certains intervenants ont reconnu la difficulté pour un avocat d’exercer une autre activité, la profession étant incompatible avec de nombreuses pratiques commerciales.
Toutefois, la voie du consulting ou de la spécialisation a été présentée comme une alternative viable, à condition de disposer d’une solide expérience.
Me Andy a, quant à lui, souligné l’importance de se construire une clientèle personnelle plutôt que de dépendre de celle de son encadreur, ajoutant que la situation d’aujourd’hui peut être une source d’opportunités pour demain.
« On ne s’enrichit jamais sur la clientèle de son encadreur. La solution, c’est de se forger sa clientèle personnelle », a-t-il déclaré.
L’encadrement et l’émancipation : apprendre avant de s’affranchir
Sur la question de la tutelle des encadreurs, Me Martin a rappelé qu’il ne s’agissait pas de s’affranchir brusquement, mais d’apprendre d’abord avant de voler de ses propres ailes.
Me Reagan a quant à lui insisté sur la nécessité de combiner affranchissement juridique et affranchissement financier, deux dimensions indissociables selon lui, estimant que cela passe par la formation pratique et la spécialisation.
« L’affranchissement juridique doit aller de pair avec l’affranchissement financier. Cela passe par la formation pratique et la spécialisation », a-t-il expliqué.
Plusieurs intervenants ont conseillé aux jeunes avocats d’établir des conventions de collaboration claires pour mieux définir les responsabilités et les droits de chacun.
Les défis spécifiques aux femmes avocates
La question du genre a également occupé une place importante dans les échanges.
Certaines avocates ont évoqué des limitations dans certaines procédures, la lenteur attribuée aux femmes, ou encore des expériences d’harcèlement en cabinet.
« Nous, les femmes, nous avons souvent une lenteur d’application de la loi, car nous utilisons nos émotions. Cela nous empêche parfois d’avoir accès à certains dossiers », a confié Me Exodie.
Une autre avocate a évoqué le conditionnement social et le manque de confiance en soi :
« En tant que femme, on grandit avec une prédisposition mentale à subir. Il faut un véritable redémarrage pour s’affranchir », a-t-elle souligné.
Cependant, Me Gloire Ngamuna a tenu à rappeler que les meilleurs avocats qu’il a connus étaient des femmes, estimant que la réussite dépend moins du genre que de la formation, de la discipline et du courage professionnel.
La juriste Esther Kavira a, quant à elle, estimé qu’on fait un peu trop de publicité sur le harcèlement des femmes, rappelant que les hommes aussi subissent des formes de harcèlement, invitant à une réflexion plus équilibrée sur le sujet.
Le numérique et l’intelligence artificielle : menace ou opportunité ?
L’introduction du numérique et de l’intelligence artificielle dans le domaine du droit a suscité des avis nuancés.
« Toutes les professions sont touchées par l’IA, mais je ne connais pas de machine qui puisse négocier avec un magistrat », a lancé un avocat, estimant que la technologie facilite les tâches, sans remplacer la dimension humaine.
L’IA a été perçue comme un outil d’appui capable de faciliter les tâches et d’améliorer la qualité du travail, sans toutefois remplacer la dimension humaine et empathique propre à la profession.
Pour Me Olive Pangasudi, l’intelligence artificielle doit être considérée comme un assistant et non une menace, soulignant le rôle de Avocats.cd dans la digitalisation des cabinets d’avocats et la formation en legal-tech.
Avocats.cd : le droit en un clic
La plateforme Avocats.cd, représentée par Me Olive Pangasudi, s’impose comme une véritable révolution numérique dans le domaine juridique congolais.
Elle propose des consultations en ligne, un répertoire d’avocats spécialisés, des formations en digitalisation, ainsi qu’une mise en relation entre avocats et justiciables.
Avec un coût d’adhésion de 150 dollars pour la création de profil, la plateforme permet d’accroître sa visibilité et d’attirer de nouveaux clients.
Une profession en mutation

En somme, cette matinée d’échanges a permis de dresser un portrait lucide et inspirant du métier d’avocat en RDC.
Entre défis déontologiques, contraintes économiques, mutations technologiques et questions de genre, la profession d’avocat se trouve à la croisée des chemins.
La conviction qui y est dégagée est qu’être avocat en RDC, c’est avant tout faire preuve de résilience, de passion et de courage, tout en restant fidèle à la vocation première de cette noble profession, défendre, servir et rendre justice.
Lydia Mangala


