Durant la deuxième édition de TEDx Kin Women, organisée le samedi 21 mars au Centre culturel de Kinshasa sous le thème « Oser autrement », les mots n’ont pas seulement été prononcés, ils ont aussi été ressentis. Au-delà des discours inspirants et des parcours professionnels des intervenantes, la scène a également accueilli la voix artistique de Denise Kashala, connue sous le nom de Nise K.
Dans une salle suspendue à ses mots, elle n’a pas simplement décliné un texte. Elle a raconté des réalités. Des blessures. Des silences. À travers un slam à la fois dur et nécessaire, elle a donné une voix à celles qui n’en ont pas, à celles qu’on n’écoute pas, ou qu’on empêche de parler.
Dès les premières phrases, le ton est donné. Celui d’une jeune fille perdue, fragile, confrontée trop tôt à des réalités qui la dépassent.
« Fille confuse confond… confond mal et bien », a-t-elle déclamé, installant une atmosphère lourde, presque étouffante, où la douleur devient un langage.

À travers cette figure, Denise Kashala a déroulé une succession de scènes qui traduisent des violences silencieuses, des blessures profondes et des injustices répétées. Elle a évoqué une jeune fille qui apprend à se taire, à supporter, à encaisser, dans une société où la souffrance féminine est souvent minimisée.
« Parce qu’ici, quand une femme crie, on dit qu’elle exagère », a-t-elle lancé, dénonçant une banalisation des douleurs vécues par les femmes.

Son texte devient alors un miroir de plusieurs réalités notamment les abus dans le cadre familial, les mariages précoces, les rêves brisés, les pressions sociales, mais aussi les humiliations quotidiennes que subissent certaines femmes dans leur quête d’indépendance.
Avec des images fortes, parfois difficiles à entendre, elle a mis en lumière des situations que beaucoup préfèrent taire.
« On lui a demandé son diplôme… puis son sourire… puis son numéro », a-t-elle dit, exposant certaines dérives rencontrées dans la recherche d’emploi.
Mais au-delà de la douleur, son slam porte aussi une bascule. Un moment de prise de conscience. Une décision de ne plus subir.
« Puis un jour, elle a compris qu’une voix cassée peut encore faire du bruit », a-t-elle affirmé, amorçant une transition vers la résilience et la reconstruction.

C’est dans cette montée que son message prend toute sa force. La parole devient un acte. Un acte de courage, de mémoire et de transmission.
« Alors elle parle… pour la petite fille qui étudiait à la bougie… pour la jeune fille qu’on voulait marier », a-t-elle énumèré, donnant un sens collectif à une douleur individuelle.
Dans un passage particulièrement marquant, elle élargit son message à d’autres réalités, évoquant les violences faites aux femmes, y compris dans les zones de conflit, avec des mots qui frappent, dérangent, mais réveillent.
Et pourtant, malgré la dureté du propos, une lueur d’espoir demeure. Une conviction simple, mais puissante.

« Peut-être que son histoire ne changera pas le monde… mais elle changera la petite fille qui l’écoutera demain », a-t-elle conclut, dans un silence chargé d’émotion.
À travers cette performance, Denise Kashala a ouvert un espace de réflexion, de prise de conscience et d’identification. Son slam a mis en évidence que oser autrement, c’est aussi oser dire, oser dénoncer, oser raconter même ce qui dérange.
Ce fut un moment fort, qui a marqué les esprits et rappelé que parfois, les mots ont le pouvoir de réveiller, de réparer et de faire naître des prises de conscience durables.
Lydia Mangala


