Le cabinet KPMG RDC a officiellement lancé, ce mardi 24 mars à Silikin Village, les ateliers préparatoires de la 3ᵉ édition du Forum DRC Tax Masolo, prévue les 19 et 20 mai 2026 à l’hôtel Hilton de Kinshasa. Cette rencontre, couplée à une conférence de presse, a permis de poser les bases d’un débat stratégique autour du thème : « Les incitations fiscales : quel avantage pour le développement ? »
Un cadre de dialogue entre État et secteur privé
Dans son mot d’ouverture, le Directeur général de KPMG RDC, Louison Kiyombo, a insisté sur la vocation du forum comme espace de dialogue structurant entre les acteurs publics et privés.
« Nous avons mis en place ce forum pour en faire un carrefour unique où l’État et le secteur privé s’asseyent à la même table, non pas pour s’affronter, mais pour construire ensemble », a-t-il déclaré.

Revenant sur l’évolution des précédentes éditions, il a rappelé que la première avait permis d’identifier les goulots d’étranglement de l’économie congolaise, tandis que la deuxième s’était concentrée sur les secteurs stratégiques.
Il a également souligné que la réflexion engagée cette année vise à changer la perception des incitations fiscales, désormais considérées comme des instruments stratégiques au service de la croissance et non comme de simples pertes de recettes pour l’État.

« Les incitations fiscales ne doivent pas être perçues comme des pertes pour l’État, mais comme des leviers stratégiques. Elles doivent s’inscrire dans une logique de contrat de performance », a-t-il souligné.
Évaluer l’efficacité réelle des exonérations

Les discussions engagées lors de ces travaux préparatoires mettent en lumière la nécessité d’évaluer, de manière rigoureuse, l’impact réel des exonérations fiscales sur l’économie nationale. Il s’agit notamment d’analyser leur contribution effective à la création d’emplois, à l’attractivité des investissements et à la diversification de l’économie.
Les intervenants ont ainsi relevé que, malgré leur importance dans les politiques économiques modernes, les incitations fiscales souffrent encore d’un déficit de suivi et d’évaluation. Cette situation limite la capacité de l’État à mesurer précisément les retombées des avantages accordés.
Le Directeur général de la DGRAD, Étienne Utshudi, a rappelé que ces mécanismes sont encadrés par des textes précis, mais nécessitent un suivi rigoureux.
« Lorsque des déséquilibres apparaissent, il est nécessaire de mettre en place une régulation appropriée. Les dépenses fiscales doivent être mesurées pour s’assurer qu’elles génèrent, à terme, des retombées économiques concrètes », a-t-il expliqué.

Il a également insisté sur le fait que les incitations fiscales ne sont pas un problème en soi.
« Lorsqu’elles sont encadrées et contrôlées de manière rigoureuse, elles évoluent dans des conditions favorables au développement social et environnemental d’un pays », a-t-il expliqué.
Une fiscalité entre cohérence économique et sociale
Les échanges ont également permis de mettre en évidence les avancées enregistrées dans la mobilisation des recettes publiques, tout en soulignant les limites persistantes du système actuel.
Le conseiller fiscal Dieudonné Ntumba a ainsi expliqué que les réformes engagées ont contribué à renforcer les performances fiscales, tout en posant de nouvelles questions sur l’efficacité des dispositifs d’incitation.
« La fiscalité repose sur une double cohérence : économique et sociale. Mais cette cohérence ne doit pas freiner le développement ; elle doit en être le levier », a-t-il affirmé.

« L’application des réformes a permis une augmentation d’environ 10 % des recettes, sans affaiblir les finances publiques », a-t-il évoqué saluant les réformes engagées.
« La création d’emplois attendue à travers certaines incitations n’a pas toujours suivi. Cela pose la question de l’efficacité réelle des dispositifs en place », a-t-il reconnu les limites du système actuel.

Dans cette perspective, les participants ont insisté sur la nécessité d’adapter les mécanismes fiscaux aux réalités économiques du pays, afin d’éviter les déséquilibres et de garantir un meilleur retour sur les avantages accordés.
Des ateliers techniques pour des recommandations concrètes
Les travaux engagés s’appuient sur une approche méthodique et sectorielle, couvrant notamment les investissements, les industries extractives, l’agriculture ainsi que les dispositifs spécifiques comme les zones économiques spéciales et les partenariats public-privé.
L’ambition affichée est de produire, à l’issue du forum de mai, des recommandations fondées sur des données concrètes et des analyses comparatives internationales. Ces propositions devraient permettre d’améliorer la lisibilité du système fiscal et de renforcer son efficacité.
Dans cette logique, les organisateurs entendent également intégrer les préoccupations liées à la gouvernance, à la transparence et à la lutte contre les distorsions fiscales.
« Nos ateliers ne seront pas de simples espaces de discussion. Nous utiliserons des outils d’analyse rigoureux pour évaluer chaque type d’incitation », a précisé le DG de KPMG RDC.
Restaurer la confiance et renforcer le civisme fiscal
Les échanges avec la presse ont mis en évidence le suivi des exonérations accordées et la confiance des contribuables. Les participants ont souligné que l’efficacité des politiques fiscales dépend aussi de la perception qu’en ont les citoyens et les entreprises.
Sur le civisme fiscal, le DG de KPMG RDC a insisté sur la responsabilité collective.
« Lorsque l’État collecte mieux, la population y trouve son compte. Mais la population doit aussi contribuer aux revenus de l’État. »
« Dans certains pays, les citoyens acceptent de payer jusqu’à 60 % de leurs revenus pour garantir la sécurité et le fonctionnement de leur État », a-t-il illustré son propos.
Vers une fiscalité plus stratégique et incitative
À l’issue de ces travaux, trois axes de recommandations sont attendus entre autre rendre le système fiscal plus compétitif, améliorer les politiques fiscales et promouvoir l’investissement productif.
Pour les organisateurs, l’enjeu est de taille.
« Le Congo de demain devra se construire avec une fiscalité juste, lisible et incitative », a conclu le DG de KPMG RDC.

En prélude au forum de mai, ces ateliers marquent ainsi une étape importante dans la réflexion sur la politique fiscale congolaise, avec l’ambition de transformer les incitations fiscales en véritables moteurs de développement économique.
Lydia Mangala


