Lors de son intervention marquante à la deuxième édition des Rencontres Congolaises de Recherche sur le Journalisme, David Thonon, Délégué général de Wallonie-Bruxelles, a offert une réflexion profonde sur le journalisme en République Démocratique du Congo à l’ère numérique, marquée par l’émergence de l’intelligence artificielle (IA).
Un discours éclairant qui met en lumière les défis et les opportunités qui se dessinent pour le journalisme congolais face à cette révolution technologique.
Le courage du journaliste congolais face aux réalités quotidiennes

Dans un premier temps, David Thonon a dressé un constat sur la réalité du journalisme en RDC, souvent vécu comme un métier de résilience.
Il a souligné les nombreuses difficultés auxquelles les journalistes sont confrontés dans leur quotidien.
« Être journaliste n’est pas seulement exercer un métier : c’est faire preuve de courage et de résilience. Trop souvent, un confrère doit d’abord penser à subvenir à ses besoins les plus élémentaires avant de pouvoir se consacrer pleinement à ce quatrième pouvoir si indispensable à toute démocratie », a-t-il déclaré.
Selon lui, la situation économique du pays et la précarité des journalistes constituent des obstacles majeurs à la bonne pratique du journalisme.
L’intelligence artificielle : un outil de transformation, mais aussi de défis

Thonon a ensuite abordé la question centrale du colloque : l’impact de l’intelligence artificielle sur le journalisme.
« Ses promesses fascinent et ses menaces inquiètent », a-t-il affirmé.
L’IA, outil révolutionnaire, soulève des craintes sur la perte d’emplois et la transformation de la profession.
Cependant, Thonon met en garde contre l’importation de solutions technologiques déconnectées des réalités africaines.
« La plupart des outils sont conçus ailleurs, par des ingénieurs issus de contextes culturels et économiques très différents des nôtres. Ils structurent et filtrent l’information selon leurs propres priorités », a-t-il observé.
Cette domination algorithmique, selon Thonon, risque de transformer la manière dont les Congolais consomment l’information.
C’est pourquoi, il insiste sur l’importance de développer des applications et des usages locaux qui répondent aux réalités culturelles et économiques du pays.
« C’est une question de souveraineté cognitive », a-t-il souligné, appelant à une appropriation consciente et réfléchie de la technologie.
L’IA sur les réseaux sociaux : un double-edged sword

Le Délégué général a ensuite abordé l’impact de l’IA sur la diffusion de l’information sur les réseaux sociaux.
Il reconnaît le potentiel de l’IA pour rapprocher les communautés, faciliter l’échange d’informations et encourager la participation citoyenne.
Mais il met également en garde contre les dangers qu’elle présente, notamment en amplifiant la propagation des fausses informations.
« Une étude récente montre que les fausses informations se propagent six fois plus vite que les informations vérifiées », a-t-il rappelé, soulignant la responsabilité des journalistes dans la vérification des faits et la lutte contre la désinformation.
Face à cette situation, il exhorte les journalistes à développer leur esprit critique et à éduquer le public sur les risques et les opportunités des technologies numériques.
« La responsabilité des journalistes est aujourd’hui à la fois déontologique et morale : détecter, vérifier, démonter et exposer les mécanismes de désinformation », a-t-il insisté.
Un appel à l’action et à la collaboration internationale

David Thonon n’a pas manqué de souligner l’importance de la coopération internationale dans la construction d’un journalisme éthique et responsable.
Il a assuré les journalistes congolais du soutien des francophones de Belgique :
« Nous sommes vos cousins, prêts à dialoguer, à partager nos expériences et à co-construire des projets durables entre Bruxelles et Kinshasa. »
Cet appel à la solidarité transnationale s’accompagne d’une invitation à réfléchir non seulement sur le combien des projets, mais sur le comment et le pourquoi de la collaboration.
Le journalisme, levier de développement et de cohésion

Enfin, Thonon a conclu en rappelant les deux missions essentielles du journaliste : Faire et faire savoir.
Faire savoir ce que d’autres n’osent pas dire et faire comprendre pourquoi cela importe.
Il a insisté sur le fait que ce sont les journalistes humains qui sont capables de poser des questions inédites, de mettre en lumière des vérités cachées et d’impulser le progrès social.
« Seuls des journalistes humains peuvent oser formuler les questions inédites, mettre en lumière les vérités cachées et impulser le progrès d’une société », a-t-il affirmé, soulignant le rôle clé que joue le journalisme dans le développement démocratique et social.
Lydia Mangala


