Dans une interview accordée à Jeune Afrique, le président angolais João Lourenço a récemment annoncé qu’il se retirait de la médiation entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Cette décision, justifiée par sa future prise en charge de la présidence tournante de l’Union Africaine, intervient à un moment critique où le continent doit faire face à de multiples crises, allant des conflits interétatiques aux menaces terroristes, en passant par des changements de régime anticonstitutionnels.
« Notre continent traverse une période difficile marquée par des conflits entre la RDC et le Rwanda, mais aussi au Mozambique et au Soudan, par le terrorisme et par des changements de régime anticonstitutionnels. Ce sont autant de dossiers à gérer dans le cadre de la présidence de l’UA. De ce fait, il est temps pour moi de passer le témoin à un autre chef d’État concernant la médiation entre Kinshasa et Kigali. » déclare João Lourenço.
Cette déclaration illustre clairement la lourdeur des responsabilités auxquelles il doit désormais faire face et la nécessité de concentrer ses efforts sur des dossiers jugés prioritaires au niveau continental.
Cette annonce soulève d’importantes interrogations quant à l’avenir du Processus de Luanda, initialement conçu pour trouver une solution à la crise sécuritaire qui prévaut dans l’Est de la RDC. Lors d’un sommet extraordinaire conjoint entre la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC), ces organisations avaient exprimé le souhait de fusionner le Processus de Luanda avec celui de Nairobi. Ce projet de fusion visait à renforcer l’efficacité des négociations en créant un cadre de dialogue unifié entre les parties concernées.
La décision de João Lourenço de se retirer de la médiation pose la question suivante : les chefs d’État des membres de l’EAC et de la SADC avaient-ils anticipé un tel revirement ? Le retrait de l’un des médiateurs clés pourrait modifier l’équilibre des négociations et compliquer la tâche de ceux qui tentent de trouver une issue pacifique à la crise. Le temps dira si cette décision entraînera une réorientation du processus de dialogue ou si elle renforcera la nécessité de nouvelles initiatives diplomatiques pour résoudre le conflit.
En attendant, la communauté internationale et les acteurs régionaux restent attentifs à l’évolution de la situation. La médiation entre Kinshasa et Kigali, dont l’ambition était de stabiliser l’Est de la RDC, doit désormais s’adapter à ce contexte en mutation. Le retrait de João Lourenço rappelle à tous l’urgence de trouver des solutions coordonnées et efficaces pour restaurer la paix et la sécurité dans une région trop longtemps marquée par l’instabilité.
Ce revirement stratégique dans la médiation offre une occasion de repenser les mécanismes de dialogue et d’engagement en Afrique, dans l’espoir que de nouvelles voix, plus résolues et innovantes, émergent pour relever les défis du continent.
Lydia Mangala


