La publication par Sébastien Desabre, sélectionneur des Léopards de la République Démocratique du Congo, de sa liste de 26 joueurs pour la prochaine Coupe d’Afrique des Nations (CAN) au Maroc a ravivé un débat récurrent et passionnel au sein du football congolais. La place des joueurs évoluant dans le championnat local (Ligue 1). L’absence totale de joueurs locaux dans cette sélection a provoqué une vague de réactions, dont celle, virulente, de l’ancien international Yves Diba Ilunga.
Yves Diba Ilunga, à travers sa publication sur les réseaux sociaux, a exprimé une frustration profonde, la qualifiant d’« insulte » envers le football congolais de base. Il pointe du doigt le fait que Desabre a choisi de ne sélectionner que 26 joueurs alors que la CAF( Confédération Africaine de Football) en autorise 28, ignorant selon lui le championnat national « en dépit des difficultés rencontrées ».
Pour Diba, des noms comme Bongeli (Mazembe), Diakana (V. Club), Michée (Lupopo), ou encore Ndombele (Maniema Union) auraient leur place et ne feraient pas de la figuration à la CAN. Dans sa publication, il rappelle également l’exemple de l’Ouganda qui, avec une ossature majoritairement locale, est parvenu à battre la RDC, soulignant une exigence d’« égalité des chances » pour tous les citoyens congolais. Ce point de vue résonne avec une partie des observateurs qui voient dans l’équipe nationale le reflet de la nation, y compris de son football domestique.
Un championnat en déclin et un Indicateur inquiétant…
Si l’appel à la reconnaissance des talents locaux est noble, il se heurte à une réalité que l’on ne peut plus ignorer. Le déclin criant du niveau du championnat congolais depuis la période Post-Covid. En fait, le championnat congolais souffre de problèmes d’organisation chroniques, de suspicions de matchs truqués, et de saisons qui se terminent de manière chaotique. Cette irrégularité impacte directement la progression des joueurs.
Les résultats du CHAN, un signal d’alarme…
Exclusivement réservé aux joueurs évoluant sur le continent, le Championnat d’Afrique des Nations (CHAN), est l’indicateur le plus pertinent du niveau domestique. Les deux éliminations consécutives au premier tour de la RDC lors des dernières éditions ( en Algérie et aux KE-TZ-UG) sont un véritable réquisitoire contre la qualité et la compétitivité actuelle de la Ligue 1 congolaise.
Pourtant, un sélectionneur de l’équipe A, dont la mission est d’atteindre les meilleurs résultats en compétition majeure comme la CAN, est tenu de choisir les meilleurs joueurs disponibles sans distinction de leur club ou de leur lieu d’évolution.
Si les joueurs locaux ne parviennent pas à dominer leurs homologues continentaux lors des compétitions réservées aux locaux (CHAN), comment peut-on exiger leur présence dans une équipe qui doit rivaliser avec les meilleurs joueurs africains, évoluant pour la plupart en europe ou dans des championnats africains plus structurés ?
Visiblement, la volonté d’inclure des joueurs locaux, même en l’absence de performances probantes, semble davantage motivée par une forte nostalgie de l’époque glorieuse où le championnat congolais (notamment avec le TP Mazembe et l’AS V. Club) était un véritable vivier pour les Léopards et une référence continentale.
Aujourd’hui, l’argumentaire pour la sélection des locaux repose sur le mérite présumé ou le plaisir de les voir en équipe nationale, plutôt que sur le niveau objectivement requis pour affronter des adversaires de calibre international à la CAN.
Demander à Desabre de sélectionner des joueurs qui n’affichent pas le niveau pour l’équipe A, juste pour «faire plaisir»ou «représenter» le championnat, est une approche très subjective qui sacrifie la performance sportive au profit du symbole.
En conclusion, avant de se lancer dans un débat stérile sur la non-sélection des joueurs locaux, l’urgence est de se poser les vraies questions sur la gouvernance et la restructuration du football congolais. Le sélectionneur Desabre agit en professionnel en ne s’alignant que sur la performance.
La sélection A ne doit pas être un laboratoire social ou un outil de promotion du football domestique. Elle doit être l’élite du football national. Si le championnat congolais relève son niveau et produit des talents incontestables, Sébastien Desabre n’aura d’autre choix que de les intégrer.
Tant que le niveau reste celui affiché au CHAN, le débat sur l’absence des locaux restera, malheureusement, un simple élan de nostalgie sans fondement sportif réel.
Josaphat Mayi


