Dans un coin de Kinshasa, où la culture s’exprime autant dans les mots que dans les gestes, une nouvelle génération s’élève, portée par une volonté de raconter, de transmettre et de transformer. Cette fois-ci, Zolanews vous emmène à la rencontre d’une voix jeune, mais déjà profondément engagée.
À seulement 20 ans, Louise Monoko incarne cette jeunesse qui refuse de subir et choisit de créer. Étudiante en sciences politiques, écrivaine et fondatrice de Culture-C, elle puise son inspiration dans un héritage culturel fort, transmis dès l’enfance par son père, feu Corneille Monoko K’eh’um Ize. Entre mémoire, résilience et ambition, elle construit un parcours où la culture devient un levier d’expression, de réflexion et d’impact.
À travers cette interview, elle nous ouvre les portes de son univers, entre écriture, engagement et vision d’une jeunesse congolaise qu’elle souhaite voir s’élever et briller.
Rédaction : Louise, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous parler de votre parcours académique et de vos premières inspirations culturelles ?
Louise Monoko : Je m’appelle Louise Monoko, j’ai 20 ans, je suis étudiante en sciences politiques à la faculté des relations internationales et je suis également écrivaine. Grâce à mon parcours académique, j’ai développé des compétences analytiques et critiques qui m’aident non seulement à comprendre les enjeux politiques et sociaux, mais aussi à réfléchir de manière structurée sur la culture et les initiatives artistiques. Par exemple, lorsque je m’inspire d’événements culturels ou de pratiques artistiques, je ne les perçois pas seulement comme des expériences esthétiques, mais aussi comme des phénomènes à analyser, à comprendre dans leur contexte et à valoriser pour leur rôle dans la société. Depuis toute petite, je suis passionnée par la culture, l’écriture et les initiatives artistiques. Mon intérêt pour la culture vient de mon père, feu Corneille Monoko K’eh’um Ize, écrivain et homme de culture. Très tôt, il m’a initiée aux spectacles de théâtre, aux danses traditionnelles et aux événements culturels et littéraires. Cette immersion a profondément façonné ma sensibilité et mon engagement, et c’est encore aujourd’hui le moteur de tout ce que je fais.
Rédaction : Votre père, Corneille Monoko K’eh’um Ize, a joué un rôle déterminant dans votre éveil artistique. Comment cette transmission a-t-elle façonné votre sensibilité et votre engagement culturel ?
Louise Monoko : Mon père m’a transmis plus qu’une passion, il m’a transmis une vision : comprendre que la culture est un outil de lien, de mémoire et d’identité. Grâce à lui, j’ai appris à apprécier les livres, les danses traditionnelles, le théâtre, et même l’artisanat comme le raphia que j’apercevais sur les tenues des danseuses traditionnelles. Cette transmission a fait de la culture une partie de mon ADN et m’a donné l’envie de continuer ce chemin, en travaillant pour que la culture congolaise soit reconnue et valorisée, surtout chez les jeunes. Aujourd’hui, ces expériences m’accompagnent dans tout ce que je fais notamment dans l’écriture, la création de projets comme Culture-C, et mon engagement pour que les jeunes Congolais aient accès à leur patrimoine culturel et artistique.
Rédaction : Très jeune, vous avez commencé à écrire avec la revue scolaire « Le nouveau vent du collège ». Qu’avez-vous retiré de cette expérience et comment cela a-t-il nourri votre écriture ?
Louise Monoko : Cette expérience m’a permis de me découvrir en tant qu’écrivaine. Dans cette revue scolaire, j’abordais la vie de mon établissement et les changements disciplinaires que nous vivions, et c’est là que j’ai réalisé que l’écriture avait le pouvoir de transmettre, d’inspirer et de partager ma vision. C’est à partir de ce moment que j’ai voulu structurer mon écriture et en faire un vrai outil pour m’exprimer et créer du sens.
Rédaction : Vous avez rédigé votre premier ouvrage « Le virage d’une existence », centré sur les épreuves et la résilience. Quels messages souhaitiez-vous transmettre à travers ce livre ?
Louise Monoko : À travers Le virage d’une existence, j’ai voulu transmettre une chose essentielle : même dans les moments les plus sombres de la vie, il y a toujours une lumière possible, à travers la force, l’amour et l’espoir. Ce livre est une exploration personnelle, mais aussi universelle. Il parle de la perte, notamment celle d’un proche, et des ressentis profonds que cela peut provoquer. J’ai voulu mettre des mots sur ces émotions, pour que chacun puisse s’y retrouver, comprendre ce que vit une personne qui traverse ce genre d’épreuve, et peut-être même explorer ses propres sentiments. Pour moi, « Le virage d’une existence », c’est ce moment où la vie bascule, où tout change, mais où, en même temps, quelque chose en nous grandit. C’est dans ces moments-là que l’on apprend, que l’on se découvre et que l’on se reconstruit.
Rédaction : Actuellement, vous travaillez sur le recueil collectif « Mwana ya mayi ». Pouvez-vous nous présenter ce projet et ce que représente ce titre symbolique pour vous ?
Louise Monoko : L’idée d’écrire « Mwana ya mayi » (l’enfant du fleuve), est née de ma passion pour l’écriture et de mon désir de contribuer à un Congo meilleur. Cette expression kinoise, et plus largement congolaise, désigne un jeune courageux et débrouillard, capable d’affronter les combats de la vie avec détermination. Le recueil raconte la jeunesse congolaise dans toute sa complexité, ses luttes, ses rêves, ses douleurs et ses espoirs, à travers plusieurs histoires entrelacées qui explorent la réalité sociale du pays. Avec deux autres auteurs congolais, Songa Mupila Myezi à Goma et Exaucé Kalala Mukena à Kinshasa, j’ai voulu illustrer les réalités telles que les contradictions entre passions et contraintes, les défis sociaux, et la manière dont les jeunes naviguent ces obstacles avec créativité et courage. La vie est comme un fleuve : parfois calme, parfois tumultueuse, mais toujours porteuse d’espoir pour ceux qui savent naviguer ses eaux.
Rédaction : Vous êtes également la fondatrice de Culture-C. Quelles sont les missions et les activités principales de ce projet ?
Louise Monoko : Culture-C est une initiative culturelle qui vise à promouvoir la culture congolaise dans toute sa diversité. Notre mission est de promouvoir la lecture, les arts et la culture, tout en créant des espaces où les jeunes peuvent s’exprimer, découvrir et partager leurs talents. Nous organisons principalement des clubs de lecture, accompagnés d’activités comme le slam, la poésie, les contes ou encore des expositions artistiques.
Rédaction : Pourquoi estimez-vous qu’il est important de créer des espaces d’expression et de réflexion pour la jeunesse congolaise ?
Louise Monoko : Je pense que c’est tout simplement parce que la jeunesse congolaise a de la valeur. Elle constitue une véritable richesse humaine. Le fait de leur offrir des espaces d’expression leur permet de créer, d’innover et de partager leurs idées. La jeunesse, c’est la créativité, c’est l’innovation, c’est la renaissance. La jeunesse, c’est l’avenir, c’est le futur, et elle est porteuse de lumière. Et cette lumière a besoin d’un espace pour exister.
Rédaction : Comment conciliez-vous vos études en sciences politiques avec vos projets culturels et littéraires ?
Louise Monoko : Pour moi, tout est complémentaire. Je ne vois pas ces domaines comme séparés, mais comme des éléments qui se nourrissent entre eux. Mes compétences en écriture me permettent de porter des idées, de m’exprimer et de structurer mes projets. Et c’est aussi grâce à l’écriture que j’ai pu concevoir Culture-C.
Rédaction : Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez en tant que jeune entrepreneure culturelle ?
Louise Monoko : La principale difficulté, c’est d’être prise au sérieux et de faire croire en ma vision. Il y a aussi des défis liés aux partenariats et au financement. Mais malgré cela, j’ai la chance d’être accompagnée par le Centre Culturel et Artistique des Pays d’Afrique Centrale, Le Grand Tambour, qui a cru en mon projet.
Rédaction : Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes qui souhaitent s’engager dans la culture et l’écriture ?
Louise Monoko : Je dirais aux jeunes : n’ayez pas peur de vous lancer. Il faut oser, apprendre sur le terrain et croire en soi. La culture et l’écriture sont des outils puissants pour exprimer, transformer et inspirer. Il n’y a pas de réussite sans travail, persévérance et passion. La jeunesse congolaise a énormément de potentiel, et c’est en osant, en agissant et en persévérant qu’elle pourra laisser sa marque dabs la culture et l’art.
Lydia Mangala


