Dans un contexte de violences et de menaces constantes, de nombreux journalistes congolais de l’Est de la République démocratique du Congo se voient contraints de fuir leur région, certains jusqu’à l’exil dans les pays voisins, tandis que d’autres abandonnent purement et simplement leur métier. C’est ce que révèle un rapport de l’ONG Reporters sans frontières intitulé « Dans la peau d’un journaliste des Grands Lacs », présenté le jeudi 26 mars 2026 à Kinshasa.
Le document, fruit d’une enquête approfondie sur le quotidien des reporters dans une zone marquée par l’instabilité, met en évidence un environnement de travail extrêmement hostile. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où les combats se sont intensifiés et où la présence de groupes armés reste prégnante, sont particulièrement concernées. Selon l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC), citée dans le rapport, des dizaines de journalistes ont été contraints de fuir ces zones de conflit, certains trouvant refuge dans des pays voisins comme le Burundi, l’Ouganda ou le Rwanda, tandis que d’autres se déplacent vers Kinshasa.
Le rapport détaille les parcours périlleux de ces journalistes en exil, souvent traversant des territoires contrôlés par différents groupes armés ou par les forces régulières, après avoir été menacés en raison de leurs enquêtes et reportages. Certains racontent avoir été arrêtés, interrogés ou détenus durant ces déplacements. À leur arrivée dans les pays voisins, l’insécurité et la précarité persistent notamment avec les détentions temporaires, les centres de transit, l’absence de statut légal et les difficultés d’accès aux ressources de base compliquent l’installation et la poursuite de leur métier.
« Les journalistes sont pris entre l’enclume du M23 et le marteau des FARDC », explique Jeanne Largarde, rédactrice du rapport, soulignant la pression constante à laquelle sont soumis les reporters.
Les radios communautaires, premières cibles des violences, sont régulièrement pillées ou détruites par les parties au conflit, limitant davantage l’accès à une information libre et indépendante.
Même Kinshasa, souvent vue comme une alternative sécurisée, reste difficile d’accès pour les journalistes déplacés. Le rapport souligne le manque d’opportunités professionnelles, le coût élevé de la vie et la précarité des revenus, empêchant beaucoup de poursuivre leur activité journalistique. Certains choisissent ainsi d’abandonner le métier, découragés par l’absence de sécurité et les pressions multiples.
« J’ai fini par quitter Rutshuru (…) j’ai fait quelques reportages mais j’ai fini par abandonner le métier », confie l’un d’eux.
RSF alerte également sur les risques transnationaux. Des journalistes exilés continuent d’être exposés à des menaces, voire à des arrestations à l’étranger, comme le montre le cas de la journaliste burundaise Floriane Irangabiye, arrêtée puis graciée lors d’un séjour dans son pays.
Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF, insiste sur l’urgence de la situation.
« Il faut que les journalistes puissent toujours avoir la possibilité de faire leur travail sans risque de représailles, sans autocensure et sans risque d’être censuré », a-t-il déclaré, appelant à une protection renforcée des professionnels de l’information, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
Le rapport met également en lumière la fragilité économique des journalistes, souvent contraints de cumuler plusieurs activités pour survivre. À cela s’ajoute une bataille informationnelle intense : les médias subissent des pressions pour relayer un narratif du conflit imposé par différents acteurs, limitant davantage la liberté de la presse.
Selon RSF, la situation sécuritaire et la précarité persistante fragilisent l’accès à une information indépendante, essentielle pour la population et la transparence dans la région des Grands Lacs. L’exil forcé des journalistes, conjugué aux menaces permanentes, constitue un obstacle majeur à l’exercice de la liberté de la presse en RDC et dans l’ensemble de la région.
Les auteurs du rapport appellent donc les autorités congolaises et les acteurs internationaux à mettre en place des mesures concrètes pour protéger les journalistes, garantir la liberté de l’information et permettre aux professionnels de continuer leur travail dans des conditions sécurisées.
La rédaction


