À vol d’oiseau, à peine quatre kilomètres les séparent. Séparées par le majestueux fleuve Congo, Kinshasa et Brazzaville ne sont pas seulement deux métropoles voisines. Elles détiennent le record mondial de proximité pour deux capitales d’États souverains. Reportage au cœur d’une traversée de dix minutes qui relie deux mondes, deux pays, mais un même peuple.
La frontière entre les deux pays frères n’est ni un mur, ni une ligne de barbelés, mais une étendue lacustre de 35 km de long sur 23 km de large. Le Pool Malebo. Appelé Stanley Pool, ce bassin doit son nom actuel en lingala lilebo, désignant les palmiers borasses qui ornaient jadis ses rives.
Si Rome et le Vatican partagent une proximité évidente, la situation de Kinshasa (RDC) et Brazzaville (République du Congo) est unique. Elles se font face, s’observent et se reflètent dans les eaux du fleuve Congo. Pour passer de la rive sud à la rive nord, les voyageurs n’ont pas besoin d’un vol long-courrier. Mais une simple embarcation et une poignée de minutes.
Formalités et gilets de sauvetage…
Le voyage commence au Beach Ngobila, officiellement Beach Onatra à Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo. Pour les voyageurs, l’organisation est rigoureuse. Pas besoin de visa pour un court séjour. En fait, pour cette traversée, la Direction Générale d’Immigration (DGI) délivre un laisser-passer permettant de séjourner 72 heures de l’autre côté du fleuve sans visa.
Munis de leur carte jaune de vaccination et d’un billet de 27 USD, les passagers patientent en salle d’attente. La sécurité est une priorité. Le port du gilet de sauvetage, décidé par le comité local, est strictement obligatoire avant l’embarquement. De Beach Ngobila, le fleuve se traverse désormais à bord de canots rapides modernes, baptisés en hommage aux figures historiques de la RDC. Il s’agit de Maréchal Mobutu, deuxième Président de la RDC(Zaïre), Félix Tshisekedi, actuel Président ou encore Joseph Kasa-vubu, le tout premier Chef de l’État de la RDC.
C’est à bord de ce dernier, un canot de 13 places, que la Rédaction de Zolanews.net a rencontré Madame Anacy. Pour cette citoyenne de la RDC, d’une trentaine d’années révolue, venue de Kinshasa, ce trajet est une routine.
« Ce n’est pas ma première fois. Je traverse régulièrement pour voir ma famille, mes amis et mes proches. Mes impressions sont bonnes par rapport à l’organisation actuelle de la traversée », confie-t-elle alors que le moteur vrombit, prêt à fendre les eaux vers le Port Autonome de Brazzaville.
Deux rives, une seule âme…
Dix minutes plus tard, le canot accoste. Les passagers passent les formalités de contrôle à Brazzaville. Fondées par des puissances coloniales distinctes, la France pour Brazzaville et la Belgique pour Kinshasa, les deux villes partagent plus qu’un fleuve. Elles partagent une culture, des langues et une économie interconnectée.
Si des projets de ponts entre les deux rives sont régulièrement évoqués pour fluidifier les échanges, le fleuve Congo reste, pour l’heure, le seul maître du passage. Un passage qui fait de ce bras de fer géographique l’un des spectacles urbains les plus fascinants du continent africain.
Josaphat Mayi, depuis Brazzaville


