Organisé par Afia Mama ASBL en partenariat avec l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), l’atelier de renforcement des capacités sur la sécurité numérique, tenu vendredi 12 juin à Kinshasa, a également été marqué par l’intervention à distance de Isidore Collins Ngueuleu, Responsable de la région d’Afrique au siège international de l’OMCT à Genève.
Son allocution est revenue sur les acquis du programme Protection intégrée et résilience des défenseurs des droits humains (PIR-DDH), les actions menées en faveur des défenseurs congolais et les perspectives de renforcement des mécanismes de protection.
Prenant la parole en visioconférence, malgré des contraintes techniques, Isidore Collins Ngueuleu a d’abord tenu à féliciter les organisateurs pour le travail accompli depuis le lancement du programme.

« Je voudrais d’abord vous féliciter pour le travail que vous faites. Cette première phase a permis de construire une véritable architecture de protection pour les défenseurs des droits humains », a-t-il salué.
Le représentant de l’OMCT a rappelé que son organisation fait partie de l’un des plus importants réseaux mondiaux de défense des droits humains, regroupant plusieurs centaines d’organisations à travers le monde et intervenant dans différents domaines liés à la protection des personnes vulnérables.
Revenant sur les actions menées en République démocratique du Congo depuis l’intensification de la crise sécuritaire dans l’Est du pays, Isidore Collins Ngueuleu a expliqué que l’OMCT, en collaboration avec plusieurs partenaires locaux, a mis en place des mécanismes d’assistance destinés aux défenseurs des droits humains confrontés à des menaces croissantes.

Selon lui, cette assistance repose sur plusieurs axes complémentaires notamment l’accompagnement psychosocial, l’assistance juridique, le soutien matériel ainsi que les mécanismes de protection d’urgence.
« Nous avons travaillé avec plusieurs partenaires afin d’accompagner les défenseurs des droits humains exposés à des risques importants. L’objectif est de leur offrir une protection physique, psychologique et légale », a-t-il affirmé.
Il a également souligné que ce travail dépasse le cadre national et s’inscrit dans une stratégie internationale de plaidoyer auprès des institutions régionales et des Nations unies.

Au cours de son intervention, Isidore Collins Ngueuleu a insisté sur l’importance de la documentation des violations des droits humains dans un contexte marqué par l’utilisation croissante des technologies numériques.
Il a notamment évoqué les défis liés à la collecte et à la conservation des preuves numériques, rappelant que photos, vidéos et autres contenus numériques doivent être sécurisés afin de conserver leur valeur probante.
« Comment pouvons-nous nous assurer qu’une vidéo ou une photographie prise aujourd’hui pourra encore être utilisée comme preuve demain ? C’est une question essentielle pour le travail des défenseurs des droits humains », a-t-il martelé.

Pour lui, la sécurité numérique ne se limite pas à la protection des appareils ou des données personnelles. Elle concerne également la capacité des organisations à préserver l’intégrité des informations collectées sur le terrain.
L’un des messages les plus forts de son intervention a porté sur la nécessité de renforcer les liens entre les défenseurs des droits humains à travers le pays.
S’appuyant sur les enseignements tirés du programme PIR-DDH, Isidore Collins Ngueuleu a plaidé pour la création de véritables réseaux de solidarité capables de répondre rapidement aux situations d’urgence.
« Les organisations doivent être capables d’interagir entre elles, de partager des contacts, de créer une communauté qui permette qu’ensemble nous puissions nous protéger, documenter les violations et agir efficacement », a-t-il souligné.

Pour lui, cette solidarité constitue aujourd’hui l’un des outils les plus efficaces pour faire face aux menaces qui pèsent sur les défenseurs.
« Se protéger ensemble est la première façon d’agir. C’est la première façon de s’entraider et la première façon de renforcer notre résilience collective », a-t-il précisé.
Le représentant de l’OMCT a également évoqué les démarches entreprises auprès des mécanismes internationaux de protection des droits humains, notamment auprès des instances des Nations unies chargées de documenter les violations commises dans les zones de conflit.
Selon lui, le travail de plaidoyer engagé vise non seulement à protéger les défenseurs des droits humains, mais aussi à renforcer la visibilité internationale des violations documentées sur le terrain.
L’intervention de Isidore Collins Ngueuleu est intervenue alors qu’Afia Mama ASBL présentait les résultats de la première phase du programme PIR-DDH et annonçait officiellement son extension.
Cette nouvelle étape devrait permettre d’élargir les mécanismes de protection déjà mis en place, tout en renforçant les capacités des défenseurs des droits humains en matière de sécurité numérique, de documentation des violations et de résilience organisationnelle.
Clôturant son intervention, le représentant de l’OMCT a salué l’engagement des participants et réaffirmé la disponibilité de son organisation à poursuivre cet accompagnement.
Lydia Mangala


