Homme de chiffres, d’organisation et de vision, Aimé Boji Sangara est l’une des figures marquantes du gouvernement congolais. Après avoir piloté pendant plus de trois ans le ministère du Budget avec rigueur et innovations, il prend désormais les rênes de l’Industrie en qualité de ministre d’État.
Sa trajectoire, marquée par l’exil, des études internationales prestigieuses et une solide expérience politique, illustre le profil d’un technocrate au service d’un Congo tourné vers la transformation économique.
Entre engagement public, expertise financière et ambition industrielle, il incarne une génération de dirigeants décidés à impulser une nouvelle dynamique dans les secteurs stratégiques du pays.
De Katana à Oxford : un destin forgé par l’adversité
Né le 8 janvier 1968 à Kabare, dans la province du Sud-Kivu, Aimé Boji Sangara grandit dans une famille profondément impliquée dans la vie publique : son père, Dieudonné Boji, fut gouverneur. Élève appliqué, il obtient en 1987 son diplôme d’État en Mathématiques-Physique au Collège Alfajiri de Bukavu.
En 1990, alors étudiant à l’Université de Lubumbashi, il est témoin du massacre qui frappe le campus et pousse de nombreux jeunes à l’exil. Il trouve refuge au Royaume-Uni, où il reprend ses études et construit une solide formation académique :
– BSc en Économie, Administration des affaires et Management à l’Université Oxford Brookes (1994);
– Diplôme en Migrations forcées à Queen Elizabeth House, Université d’Oxford;
– Master en Économie du développement à l’Université d’East Anglia (1996).
Cette étape marque le début d’une trajectoire nourrie de rigueur intellectuelle, d’ouverture internationale et d’un engagement croissant pour la gouvernance publique.
Carrière internationale et retour en RDC
Avant de rentrer au pays, Aimé Boji travaille au Royaume-Uni, d’abord comme coordonnateur de projets au Africa Centre, puis comme directeur des relations publiques à la Royal Commonwealth Society. Ces responsabilités l’exposent à la gestion de projets internationaux, au réseautage stratégique et à la diplomatie économique.
En 2006, il rentre en RDC et se lance en politique. Proche de Vital Kamerhe, il milite d’abord au PPRD avant de co-fonder l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) en 2010.
En 2016, il est nommé ministre du Commerce extérieur, puis en avril 2021 ministre d’État, ministre du Budget, poste qu’il conservera durant plusieurs remaniements jusqu’en 2024. Parallèlement, il est élu député national de la circonscription de Walungu (Sud-Kivu).
Réformes et modernisation du ministère du Budget
À la tête du Budget, Aimé Boji a mené plusieurs réformes majeures notamment :
– l’introduction du budget-programme et de l’approche par performance,
– le dépôt anticipé des projets de loi de finances pour les exercices 2022 et 2023, une première dans l’histoire récente du pays,
– le dialogue renforcé avec le Parlement et les bailleurs internationaux.
Le Fonds monétaire international (FMI) le cite comme un modèle de rigueur et d’efficacité, saluant sa discipline budgétaire. Il défend sur la scène internationale la transformation locale des ressources naturelles et obtient des appuis financiers structurants, notamment lors des Assemblées du FMI et de la Banque mondiale en 2025.
Ancrage local et action sociale au Sud-Kivu
Homme de terrain, Aimé Boji reste très actif dans sa circonscription de Walungu à travers son ASBL Génération ABS.
Parmi ses réalisations, la construction d’écoles, comme l’Institut Iraga, l’édification de centres de santé, les forages d’eau potable, la mise en place de microstructures électriques pour les villages isolés.
Ces initiatives renforcent son image de leader engagé, proche de ses électeurs et attentif aux besoins concrets des populations.
Le défi industriel : diversifier et transformer l’économie
Dans la nuit du 08 août 2025, il est nommé ministre d’État, ministre de l’Industrie. Ce portefeuille stratégique est au cœur des ambitions économiques de la RDC :
– Relancer les unités industrielles existantes et en créer de nouvelles,
– Valoriser localement les ressources minières et agricoles,
– Attirer les investissements étrangers productifs,
– Promouvoir les zones économiques spéciales et l’intégration régionale,
– Moderniser les normes de production pour rivaliser sur les marchés africains et internationaux.
Son approche repose sur le partenariat public-privé, l’innovation et la formation technique des jeunes, avec un objectif de faire de l’industrialisation un moteur de croissance durable et d’emplois qualifiés.
Un leadership rassemblant et méthodique
Polyglotte (français, anglais, swahili, lingala), Aimé Boji est reconnu pour sa capacité à dialoguer avec tous les acteurs, qu’ils soient politiques, économiques ou sociaux.
Sa méthode combine discipline, concertation et évaluation constante des résultats. Cet équilibre pourrait s’avérer déterminant dans un secteur aussi complexe que l’Industrie.
Aimé Boji Sangara incarne la figure du technocrate congolais moderne : formé à l’international, ancré localement, et orienté vers des solutions concrètes.
De l’exil forcé aux bancs d’Oxford, des réformes budgétaires à l’ambition industrielle, son parcours reflète une constante : mettre la compétence et l’organisation au service d’un Congo plus productif, plus compétitif et tourné vers l’avenir.
Lydia Mangala


