Sous le haut patronage de Judith Suminwa, l’Université catholique de l’Archidiocèse de Kinshasa « Omnia Omnibus » a organisé, ce mercredi 4 mars 2026 sur son campus de Kasa-Vubu, une célébration anticipée de la Journée internationale des droits de la femme. Ce fut une matinée où la parole féminine s’est imposée comme une force de réflexion, de proposition et de transformation sociale.
Représentant la Première ministre, la ministre de la Culture, Arts et Patrimoine, Yollande Elebe, a pris part à cette activité qui a débuté par une prière d’ouverture dirigée par l’abbé Victor, suivie de l’hymne national et de l’hymne de l’université.
Justice, leadership et action pour bâtir une nation plus juste et inclusive
Dans son intervention articulée autour du sous-thème « Leadership politique et impact social : forger l’avenir d’une nation », la ministre Yollande Elebe a livré une allocution engageante.
« Forger l’avenir suppose une vision, mais aussi des fondations solides. Et ces fondations reposent sur trois piliers : la justice, le leadership et l’action », a-t-elle affirmé.
Elle a insisté sur la nécessité d’un leadership politique exercé dans un cadre juridique inclusif, garantissant à chaque femme l’accès à l’éducation, à la participation politique et à la création économique. Pour elle, l’égalité ne doit pas se construire dans l’opposition, mais dans la collaboration.
« L’égalité ne se construit pas contre les autres, mais avec eux, dans un partenariat responsable et respectueux », a-t-elle déclaré, appelant à une gouvernance créative et inclusive.
« La justice est la correction des exclusions », a-t-elle rappelé, et qu’aucune nation ne peut progresser si elle marginalise l’intelligence et la force de son peuple.
Elle a conclu son mot en invitant à créer un pays où chaque jeune peut se projeter sans honte et où chaque femme peut surmonter ses obstacles pour exprimer pleinement son potentiel.
Une jeunesse qui refuse une égalité symbolique
Le mot d’accueil de la Vice-présidente de la coordination estudiantine a donné le ton d’une génération lucide et déterminée. Dans son discours, elle a rappelé que la dignité de la femme est fondamentale pour le développement national.
« Le droit sans application devient un principe vide. La justice sans effectivité devient une illusion. L’égalité sans courage reste un simple slogan », a-t-elle lancé avec conviction.
Elle a interpellé les autorités sur la nécessité de passer des textes à l’action concrète, dénonçant les violences basées sur le genre et les obstacles persistants à l’accès des femmes aux responsabilités.
« Ne demandez pas la permission d’exister : prenez la responsabilité d’innover, de créer et de transformer », a-t-elle lancé aux étudiantes.
Briser le plafond de verre dans le monde des affaires
Directrice générale de CANAL+ Advertising RDC, Nana Levo-Mosala est revenue sur son parcours de plus de quinze ans dans la communication et le marketing. À la tête de la régie publicitaire du groupe CANAL+ en RDC, elle incarne un leadership féminin stratégique dans un environnement compétitif.
Sous le thème « Leadership féminin des affaires », elle a encouragé les jeunes femmes à viser l’excellence durable. Son intervention a mis en lumière la nécessité de structurer les ambitions, d’oser occuper les espaces décisionnels et de transformer la compétence en impact économique réel.
Résilience et génie féminin
Hélène Gakuru, DGA du FOGEC, intervenant sur le « Génie féminin et entrepreneuriat », a placé la résilience au cœur de son message.
« La notion de résilience est essentielle : il s’agit d’apprendre à tenir et à persévérer », a-t-elle souligné.
Elle a encouragé les étudiantes à créer des associations, à lancer des startups répondant à des besoins réels et à chercher activement des mentors.
« Le mentorat est un investissement dans votre développement », a-t-elle affirmé, insistant sur l’importance du réseau et du soutien mutuel entre femmes.
En citant des figures inspirantes comme Oprah Winfrey, elle a rappelé que les origines modestes ne sont pas une fatalité, mais un point de départ vers la grandeur.
Science, biodiversité et justice sociale
La primatologue Christelle Lumbu Banza a captivé l’assistance en évoquant son parcours dans la santé des bonobos et la médecine vétérinaire.
« La santé animale et humaine est intimement liée. Les maladies ne connaissent ni frontières ni genre », a-t-elle expliqué.
Pour elle, être femme scientifique, c’est transformer la science en outil de justice sociale.
« Protéger la biodiversité, c’est protéger la santé des communautés », a-t-elle déclaré, appelant à investir davantage dans les femmes scientifiques.
Engagement sociétal et lutte contre les violences
Survivante de l’Est et Miss Francophone Afrique 2014, Rachel Pulcheria Mihigo a partagé son engagement contre les violences faites aux femmes et pour l’inclusion des personnes vivant avec handicap, rappelant que briser les barrières est un acte de courage collectif.
Activiste des droits des femmes, Anny Modi a livré un message fort et structuré autour des mots « Droits, Justice, Action ».
« Les droits des femmes sont des droits humains », a-t-elle martelé.
Elle a rappelé que la RDC dispose d’instruments juridiques importants, mais que le défi majeur reste leur application effective.
« Elles ne veulent pas seulement survivre. Elles veulent reconstruire leurs vies », a-t-elle confié, évoquant son expérience auprès des femmes déplacées à l’Est.
Son appel à la jeunesse se résume en ce que l’égalité concerne toute la société, pas seulement les femmes.
Culture, santé et reconnaissance institutionnelle
La prestation artistique de Nkumu Tula a apporté une touche culturelle forte à la cérémonie, célébrant la femme comme pilier de la société.
Nabil Chahine, fondateur d’une association engagée dans la santé, a sensibilisé sur l’importance du dépistage chez les femmes, rappelant que la prévention sauve des vies.
Clôturant la rencontre, l’abbé recteur, le Professeur Christian Ngazain Ngelesa, a exprimé la gratitude de l’université envers les intervenantes.
« Nous construisons des consciences, des compétences et des leaders », a-t-il déclaré avant d’annoncer leur nomination en tant qu’Ambassadeur pour l’Éducation, saluant l’engagement en faveur de la jeunesse.
La cérémonie s’est achevée par une prière de clôture de l’abbé Victor.
Au-delà des discours, cette célébration a confirmé qu’à l’Université Catholique « Omnia Omnibus », la femme est une actrice centrale de la transformation nationale.
Lydia Mangala



« La notion de résilience est essentielle : il s’agit d’apprendre à tenir et à persévérer », a-t-elle souligné.
« La santé animale et humaine est intimement liée. Les maladies ne connaissent ni frontières ni genre », a-t-elle expliqué.