Le football congolais vit une tragédie moderne. D’un côté, l’extase historique. Cinquante-deux ans après l’épopée de 1974, la République démocratique du Congo a validé son billet pour la Coupe du Monde 2026 en terrassant la Jamaïque (1-0) en barrages intercontinentaux. De l’autre, le couperet sanitaire. L’épidémie d’Ebola, qui gagne du terrain en Afrique centrale, vient de briser le rêve américain de milliers de supporters kinois.
Alors que les Léopards s’envolent pour l’histoire, le douzième homme, lui, reste à quai. En cause ? Une diplomatie sanitaire américaine implacable.
L’annonce est tombée comme un tacle à la gorge. Face à la recrudescence du virus Ebola en RDC, en Ouganda et au Soudan du Sud, Washington a décrété l’interdiction d’entrée sur le territoire américain pour tout voyageur étranger ayant séjourné dans ces pays au cours des 21 derniers jours.
Pour la sélection nationale, le soulagement est venu mardi d’un responsable du Département d’État. Les Léopards bénéficieront d’une exemption spécifique. Alors qu’elle sera déjà basée en Europe pour sa préparation, l’équipe de Sébastien Desabre contourne de fait la contrainte géographique. Et pour les rares éléments locaux, un protocole d’exemption ultra-strict, mêlant tests drastiques et isolement, viendra sécuriser leur intégration à Houston, camp de base de la sélection.
Mais cette magnanimité a une frontière hermétique. Cette dérogation ne concerne pas les supporters. Pour le Congolais lambda vivant à Kinshasa, le verdict est sans appel. L’ambassade des États-Unis a gelé les rendez-vous et suspendu la délivrance des visas. Le voyage d’une vie s’est évaporé en une signature administrative.
Au-delà du voyage outre-Atlantique, c’est toute la ferveur populaire locale qui est asphyxiée par les mesures de contingence. Le principe de précaution est en train de priver la capitale de ses derniers instants de communion avant le tournoi.
Selon nos informations, le plan de vol initial des Léopards est totalement bouleversé. Il est désormais officiel que la sélection ne viendra plus à Kinshasa pour sa séance d’entraînement ouverte au public. L’incertitude plane également sur la conférence de presse finale de Sébastien Desabre, prévue ce lundi 25 mai à Kinshasa, qui pourrait être purement et simplement annulée ou délocalisée en Europe.
Sans doute, la peur de créer des clusters et la gestion de la crise sanitaire transforment ce qui devait être une fête nationale en un départ clandestin, loin des yeux et des chants du stade des Martyrs.
Sur le plan purement sportif, la RDC se retrouve dans le groupe K, un groupe exigeant, aux côtés du Portugal, de la Colombie et de l’Ouzbékistan. Les coéquipiers de Chancel Mbemba devront aller chercher un exploit majuscule dans l’ambiance feutrée des stades américains, privés, peut-être, de la marée jaune et bleue qui fait d’ordinaire trembler les tribunes.
Pour les Kinois, l’été 2026 n’aura pas la saveur des barbecues de Houston ou des pelouses mexicaines. Il se vivra devant des écrans géants, les yeux rivés sur des héros lointains, avec la terrible certitude que le virus aura été le plus redoutable défenseur de ce Mondial. Les Léopards sont qualifiés, mais le football congolais, lui, voyage à moitié.
Josaphat Mayi


