Partout en RDC, là où la jeunesse et les femmes travaillent chaque jour à construire un avenir meilleur, certaines voix s’élèvent pour transformer les défis en opportunités. Pour cette fois, notre rédaction a le privilège de donner la parole à Déborah Nyamugabo Nsimire, coordonnatrice adjointe au Secrétariat Technique National 2250 sur la jeunesse, la paix et la sécurité en RDC. Militante et leader engagée, elle explique comment les femmes et les jeunes peuvent devenir des acteurs incontournables de la paix, partage son parcours inspirant et décrit sa vision pour un Congo plus inclusif et harmonieux.
Rédaction : Madame Nyamugabo, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous raconter votre parcours dans le militantisme et la défense des droits humains ?
Déborah Nyamugabo : Premièrement, je réponds au nom de Déborah Nyamugabo Nsimire. Je suis coordonnatrice adjointe au niveau du Secrétariat STN-2250 sur la jeunesse, la paix et la sécurité. Mon parcours dans le militantisme a commencé au collège Bosembo, dans la section JEC, Jeunesse Estudiantine Catholique. À l’université, je me suis engagée avec Afia Mama et d’autres structures, en travaillant avec des jeunes femmes dans différentes associations. Tout au long de ce parcours, j’ai été assistante de direction à Afia Mama, ce qui m’a permis de consolider mon engagement.

Rédaction : Qu’est-ce qui vous a motivée à vous concentrer sur la participation des femmes et des jeunes dans les processus de paix ?
Déborah Nyamugabo : Les conflits intercommunautaires dans ma province ont été un déclencheur. Ma mère étant notable, j’avais accès à des informations précises sur ces conflits, ce qui m’a donné envie de trouver des solutions et de comprendre par où commencer.
En me concentrant sur la sécurité, j’ai découvert la résolution 1325 et comment m’y impliquer. J’ai été formée et j’ai participé aux plans de première et deuxième génération de cette résolution. Ce sont vraiment ces conflits qui ont motivé mon engagement pour la participation des femmes et des jeunes.
Rédaction : Comment vos expériences personnelles ou professionnelles ont-elles influencé votre engagement pour la paix et l’inclusion des femmes et des jeunes ?
Déborah Nyamugabo : Professionnellement, j’ai toujours voulu mettre de bonnes bases pour la génération suivante, ouvrir la porte pour ceux qui viendront après. Personnellement, j’ai toujours eu le souci de favoriser la paix et l’inclusion des femmes et des jeunes dans la gouvernance.
La paix ne se limite pas à faire taire les armes. Si les femmes et les jeunes ne participent pas à la gouvernance, il n’y a pas de paix véritable. Mon expérience m’a permis de former les jeunes et les femmes pour qu’elles aient toutes les compétences nécessaires pour intervenir efficacement au moment opportun.
Rédaction : Pourquoi est-il important que les jeunes soient impliqués dans les initiatives de paix ?
Déborah Nyamugabo : Les jeunes ont des idées, de l’énergie et de l’innovation. Même s’ils ne sont pas directement impliqués, leurs initiatives montrent qu’ils sont essentiels à la cohésion sociale. La résolution 2250 souligne justement l’importance de leur participation aux questions de paix.
Rédaction : Avez-vous des exemples concrets où l’implication des femmes ou des jeunes a eu un impact positif ?
Déborah Nyamugabo : Oui, au Nord-Kivu par exemple. Les femmes médiatrices communautaires travaillent directement avec les populations pour résoudre les conflits locaux. Les clubs de jeunes pour la paix à Béni et Goma, ainsi que la coalition 2250, regroupent des mouvements et associations de jeunes qui œuvrent pour la paix et la sécurité. Ces initiatives montrent un impact réel et visible au niveau local.
Rédaction : Pouvez-vous nous parler de votre travail avec le Secrétariat Technique National 2250 et de la coalition JPS ?
Déborah Nyamugabo : Je suis coordonnatrice à la jeunesse. Tous les documents et programmes passent par moi pour évaluation technique et orientation. La coalition regroupe les initiatives des jeunes sur le terrain : plateformes, clubs et associations qui appliquent l’Agenda 2250 et qui sont les acteurs principaux au niveau des communautés.
Rédaction : Comment les résolutions 1325 et 2250 des Nations unies sont-elles mises en pratique en RDC, et quels résultats observez-vous ?
Déborah Nyamugabo : La RDC a intégré ces résolutions via des plans d’action. La 1325 en est à sa troisième génération, et la 2250 prépare sa deuxième génération. Ces efforts ont permis une meilleure visibilité des femmes et des jeunes dans les processus de paix, la prévention et la gouvernance. Leur impact reste limité par des défis sécuritaires, politiques et financiers, mais il est réel et visible.
Rédaction : Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui souhaitent s’impliquer dans la construction de la paix ?
Déborah Nyamugabo : Il faut se spécialiser sur les questions de paix, s’impliquer activement, lire beaucoup et participer à des forums ou processus de médiation. L’innovation et les solutions concrètes sont essentielles pour impacter durablement sa communauté.
Rédaction : Quels sont vos prochains projets ou ambitions pour renforcer l’impact des jeunes et des femmes dans la paix ?
Déborah Nyamugabo : J’ai un plan stratégique 2026-2030. Nous relançons des activités sur le terrain via le comité technique et invitons les personnes intéressées à participer malgré nos moyens limités. Les barrières financières ne doivent pas nous arrêter. Notre mission, donnée par Dieu et nos ancêtres, doit être accomplie coûte que coûte.
Rédaction : Un mot qui résume votre motivation, votre parcours et votre projection du futur ?
Déborah Nyamugabo : Résilience. Le parcours que nous avons choisi est fait de nombreuses réalités. Si vous ne savez pas être résiliente, vous allez laisser tomber et rater votre mission. Je me définis par la résilience. Merci.
Lydia Mangala


