Ce jeudi 19 juin 2025 marque une année jour pour jour depuis la démission de Stéphanie Mbombo Muamba, ministre déléguée auprès du ministre de l’Environnement en charge de l’économie du climat.
Une démission acceptée le 18 juin 2024 pour convenance personnelle, selon le communiqué officiel de la Primature. Pourtant, un an plus tard, cette fonction stratégique demeure vacante.
Ce silence administratif, à première vue anodin, soulève plusieurs interrogations et appelle une réflexion profonde sur les implications politiques, institutionnelles et écologiques d’un tel vide.
Une démission aux implications politiques et symboliques
Stéphanie Mbombo n’était pas une figure anodine. Son portefeuille, l’économie du climat, était à la croisée des enjeux environnementaux et économiques de la République Démocratique du Congo.
Dans un contexte mondial marqué par l’urgence climatique, le rôle qu’elle occupait incarnait la volonté de l’État congolais de se positionner dans la finance verte, les marchés carbone et les mécanismes internationaux de lutte contre le réchauffement climatique.
Sa démission brutale et non remplacée depuis constitue une rupture dans la continuité politique et donne l’image d’un désintérêt ou d’un malaise au sommet de l’État quant à l’agenda climatique national.
Cette perception est d’autant plus renforcée que cette fonction ne semble pas avoir été absorbée ni par le ministère de l’Environnement, ni par d’autres entités gouvernementales.
Une vacance administrative lourde de conséquences
L’économie du climat n’est pas une fantaisie institutionnelle. Elle désigne un secteur stratégique qui englobe la valorisation des ressources naturelles à travers les mécanismes de marché notamment crédits carbone, REDD+, fonds verts, la gestion durable des forêts, et la transition énergétique.
La RDC, dotée de la deuxième forêt tropicale au monde, d’un potentiel hydroélectrique immense, et d’une biodiversité exceptionnelle, ne peut se permettre une gestion passive de ces enjeux.
L’absence de leadership politique dédié pendant douze mois a pu freiner plusieurs dynamiques :
– Le pilotage de projets climatiques internationaux (notamment ceux financés par le Fonds vert pour le climat ou le Partenariat pour les forêts du Bassin du Congo ;
– La coordination des négociations autour des crédits carbone, notamment ceux annoncés lors des COP ;
– La mise en œuvre des stratégies nationales de transition écologique ou de résilience climatique, pourtant urgentes face aux catastrophes naturelles à répétition entre autres inondations, sécheresses, glissements de terrain.
Une occasion manquée dans le positionnement international de la RDC
Le départ de Stéphanie Mbombo s’est produit alors que la RDC essayait justement de s’imposer comme un acteur clé dans l’économie verte.
Elle portait notamment la vision d’un Congo moteur du développement durable à travers ses ressources naturelles.
Le fait qu’aucun successeur n’ait été nommé donne un signal négatif à la communauté internationale, alors même que la diplomatie climatique devient un levier d’influence géopolitique.
En Afrique, des pays comme le Gabon, le Kenya ou le Rwanda ont su développer une stratégie claire autour du climat, captant investissements, partenariats et leadership sur les scènes internationales.
La RDC, pourtant surnommée pays-solution, semble aujourd’hui en retrait, victime d’un flou institutionnel persistant.
L’urgence d’un recentrage stratégique
Ce vide doit interpeller les autorités congolaises. Il est urgent de réactiver cette fonction, soit par une nomination rapide, soit par une intégration intelligente dans les prérogatives du ministère de l’Environnement avec un département technique dédié, fort et opérationnel. Le climat n’attend pas.
La RDC ne peut se contenter d’un discours écologique sans structures solides pour le traduire en action.
À l’heure où les inondations se multiplient à Kinshasa, où les forêts du bassin du Congo sont menacées par l’exploitation illégale, et où les communautés rurales souffrent directement des effets du changement climatique, le pays a besoin d’un pilotage technique et politique rigoureux.
Un leadership climatique à reconstruire d’urgence
La démission de Stéphanie Mbombo, un an après, ne devrait plus être un simple souvenir administratif. Elle doit être perçue comme un appel à réévaluer la place du climat dans l’architecture gouvernementale congolaise. Plus qu’une fonction, c’est une vision qui manque.
La RDC, forte de ses atouts écologiques, ne peut se permettre une telle vacance sans en payer le prix politiquement, écologiquement et socialement.
Il est temps de combler ce vide, de réaffirmer l’ambition climatique du pays et d’en faire un moteur de souveraineté et de développement.
Lydia Mangala


