Ce mardi 3 juin 2025, le ministre de la Justice et garde des sceaux, Constant Mutamba, est attendu au Parquet général près la Cour de cassation. Cette convocation fait suite à l’autorisation votée par l’Assemblée nationale pour instruire un dossier de détournement présumé de fonds destinés à la construction d’une prison centrale à Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo.
Un contrat de gré à gré scruté
L’affaire porte sur un contrat de gré à gré d’un montant de 39 millions de dollars accordé à la société Zion Construction SARL pour bâtir la nouvelle prison de Kisangani.
Selon les enquêteurs, 19 millions de dollars auraient été versés de manière anticipée sans l’aval de la Première ministre Judith Suminwa ni des organes de contrôle habituels.
Ces fonds proviendraient d’un organisme gérant les réparations de guerre versées par l’Ouganda, sous la tutelle directe du ministère de la Justice. Les magistrats s’interrogent sur la légalité de ces avances et sur la transparence de la procédure.
Levée d’immunité et ouverture de l’instruction
Le 29 mai dernier, l’Assemblée nationale a voté la levée de l’immunité parlementaire de Constant Mutamba.
Sur vingt-et-un membres de la commission chargée d’examiner la demande du procureur général, dix-sept ont voté en faveur, deux contre et deux se sont abstenus.
Cette décision répond au réquisitoire du procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde, qui souhaite lancer une instruction judiciaire pour détournement de fonds publics et violation des règles de passation des marchés.
À présent que son immunité est levée, le ministre Mutamba pourra être formellement entendu sur les faits qui lui sont reprochés.
Tensions au sommet de la Justice
En amont de cette convocation, Constant Mutamba n’a pas manqué de dénoncer la procédure contre lui.
Il accuse le procureur général Firmin Mvonde d’outrepasser ses prérogatives et d’orchestrer une tentative de déstabilisation.
D’après ses déclarations publiques, il considère cette affaire comme une attaque politique, celle d’un groupe de mafieux cherchant à salir sa réputation.
Mutamba a même demandé à ses collaborateurs de ne pas répondre aux convocations du parquet et a clamé qu’il n’a pas peur de la prison.
Face à ces accusations, l’atmosphère au sein de l’appareil judiciaire congolais se tend, révélant un bras de fer entre le ministre et le procureur général.
Enjeux et perspectives
La comparution de Constant Mutamba devant le Parquet général marque un tournant dans ce dossier sensible.
Le pays regarde comment la justice traitera ces allégations, tant pour leur portée symbolique que pour leurs conséquences politiques.
Si le ministre est mis en cause dans ce détournement présumé, cela soulèvera de sérieuses questions sur la gestion des fonds publics et la transparence dans l’attribution des marchés.
Les prochaines semaines doivent permettre de clarifier les responsabilités et d’évaluer si, derrière cette affaire, se cachent des difficultés institutionnelles plus larges.
À quelques mois d’échéances électorales décisives, et alors que la RDC tente d’affirmer son retour sur la scène internationale, l’issue de cette affaire pèsera forcément dans l’opinion publique et parmi les partenaires du pays.
Lydia Mangala


