Ce matin, dans la salle baignée de lumière de Silikin Village, s’est tenue une rencontre inspirante autour du thème « Femmes du digital ».
Modérée avec élégance et perspicacité par Esther Mokombozi, chargée du développement commercial à l’Académie Germano-Congolaise, la discussion a mis en avant trois parcours féminins remarquables.

Tour à tour, Prisca Makila, Krystel Kalanga et Fanny Muamba ont partagé leurs réussites, leurs défis, et leurs astuces pour briser les barrières dans l’univers du numérique et de l’entrepreneuriat congolais.
La « Kim Box » de Prisca Makila : une innovation née d’une tragédie

Prisca Makila, Directrice générale de Kim Engineering, a ouvert le bal en racontant l’événement qui a changé sa vie : le décès brutal d’une amie, électrocutée en voulant charger son téléphone.
Cette tragédie l’a poussée à embrasser l’ingénierie, un domaine qu’elle connaissait déjà un peu grâce à son père ingénieur. Rapidement, elle conçoit alors la Kim Box, une « logette intelligente » connectée à une application mobile pour protéger les ménages des décharges électriques et prévenir les incendies.
« Le but est de réduire à zéro les risques d’électrocution et d’incendie en contrôlant l’intensité du courant à distance, » explique-t-elle avec passion.
Bien que confrontée aux préjugés sexistes, un formateur avait même disqualifié son collaborateur en prétextant que Prisca ne pouvait être à l’origine d’une telle invention, elle n’a jamais baissé les bras.
Comme résultat : plus de 20 prix remportés, des partenariats avec des entreprises de renom, et même une présentation de son dispositif à Dubaï sous l’égide de l’ANAPI.
Sa dernière réussite est sa nomination à Woman In Tech à Paris, symbole de reconnaissance pour son audace et sa détermination.
Son rêve est de developper une industrie locale de fabrication de logettes « made in Congo ».
Krystel Kalanga : briser le syndrome de l’imposteur

Après la technique, place à la stratégie d’affaires. Krystel Kalanga, CEO d’EFFEKTIVE, s’est formée à l’école de commerce avant de se lancer dans l’accompagnement des entreprises et des entrepreneurs pour développer leur chiffre d’affaires.
Selon elle, l’essor du numérique a permis un rééquilibrage de genre, ouvrant de nouvelles perspectives aux femmes congolaises. Mais le plus grand obstacle qu’elle a dû surmonter n’est pas toujours là où on l’attend : il s’agit du syndrome de l’imposteur.
« Ce n’est pas seulement la pression extérieure qui nous bloque, mais aussi nos propres doutes. La clé, c’est de prendre conscience de nos compétences, de ce qu’on a et de ce qu’on est, » souligne-t-elle.
À bientôt 28 ans, Krystel Kalanga se réjouit déjà de diriger une entreprise florissante et de promouvoir la RDC sur la scène mondiale des jeux vidéo.
Ayant surmonté le syndrome de l’imposteur et constaté un rééquilibrage de genre grâce au digital, Krystel Kalanga conseille aux jeunes femmes, pour renforcer leur confiance en elles et tirer pleinement parti des opportunités numériques, de ne pas se sous-estimer et identifier clairement ses capacités pour mieux les mettre au service de ses ambitions.
Fanny Muamba : de la pédiatrie à la transformation numérique

Enfin, Fanny Muamba, Directrice nationale de Woman In Tech en RDC, a offert une vision tout aussi inspirante. Son parcours n’était pas tout tracé : après un passage en pédiatrie qui ne la convainc pas, elle tombe sous le charme des mathématiques et de l’informatique.
Les inégalités de genre, elle les a affrontées de front, notamment lorsqu’elle fut conseillère en projet de transformation numérique auprès du ministre du Numérique. Ses collègues, surpris de voir deux femmes piloter les discussions, ont fini par reconnaître leur expertise et leur dévouement.
Fanny Muamba rappelle que la première barrière se situe souvent dans l’esprit des femmes elles-mêmes : la peur de ne pas être assez compétentes. Elle-même a travaillé sept ans dans la monétique au sein d’une banque qui hésitait à lui confier des responsabilités définitives. Elle a alors saisi l’opportunité de changer d’établissement et de prouver, chiffres à l’appui, qu’elle était capable de piloter des projets ambitieux. De cette expérience, elle a tiré une leçon majeure :
« Les femmes doivent oser. Même si l’on n’a pas 100 % des compétences requises, on peut apprendre sur le tas et grandir en même temps que le projet. »
Un message commun : l’audace comme moteur de réussite
De la Kim Box de Prisca à la stratégie digitale de Krystel Kalanga, en passant par la transformation numérique menée par Fanny Muamba, un fil conducteur émerge : oser. Oser dépasser les clichés, oser postuler à des postes à responsabilité, oser faire entendre sa voix dans un secteur encore largement masculin.
À l’issue de cette matinée riche en échanges, le public a salué la force de caractère de ces trois femmes et le rôle déterminant que jouent les nouvelles technologies dans la réduction des inégalités de genre.
Dans un pays où les défis restent nombreux, leur détermination à créer, innover et entreprendre montre la voie à toute une génération de jeunes filles qui rêvent de s’imposer dans le monde du digital.
Lydia Mangala


