Créé en 2023 par le président Félix Tshisekedi, l’Office national de pêche et d’aquaculture (ONPA) peine toujours à décoller. Deux ans après sa mise en place, l’établissement public ne dispose ni de bureaux, ni de budget de fonctionnement, ni même d’un personnel rémunéré.
« Nous travaillons sous les arbres » a alarmé sa présidente du conseil d’administration Henriette Wamu.
L’ONPA incarne aujourd’hui les promesses non tenues d’une politique halieutique pourtant jugée stratégique.
Un établissement public sans locaux ni salaires

Depuis sa création, l’ONPA n’a jamais bénéficié d’un financement structuré pour assurer son fonctionnement.
Aucun crédit n’a été alloué à l’institution dans la loi de finances 2024, ni pour l’acquisition d’un siège, ni pour le paiement de ses agents.
Faute de bureaux, les réunions du conseil d’administration se tiennent parfois à ciel ouvert. Les membres, nommés par ordonnance présidentielle, exercent sans rémunération depuis près de deux ans.
« Nous sommes un établissement public créé par le chef de l’État, mais totalement abandonné », a déploré Henriette Wamu.
Une mission ambitieuse, une exécution inexistante
L’ONPA avait pour mandat de structurer le secteur halieutique en RDC en accompagnant les pêcheurs artisanaux, encadrant la production aquacole, garantissant la conservation, la commercialisation et améliorant la sécurité alimentaire.
Mais en l’absence de ressources, aucune de ces ambitions n’a pu être concrétisée.
« Nous n’avons pas de moyens pour doter les pêcheurs en équipements, encore moins pour construire les infrastructures nécessaires » a reconnu le directeur général, Epicure Bohi, sur l’incapacité de l’ONPA de mettre en œuvre ses projets.
Des engagements budgétaires restés lettre morte
Dans le projet de budget 2025, le gouvernement avait pourtant annoncé une enveloppe de plus de 50 millions USD pour relancer les activités de l’ONPA.
Ce budget devait couvrir l’achat de bateaux, la construction de centres d’alevinage et d’un siège administratif, le renforcement de la chaîne du froid.
Mais ces engagements ne se sont toujours pas matérialisés, laissant planer le doute sur la volonté politique de faire vivre cette institution.
L’appel à l’aide des pêcheurs et des cadres de l’Office

En avril 2025, des aquaculteurs du port de Kinkole ont adressé un mémorandum au bourgmestre adjoint de la commune de N’sele pour plaider en faveur d’un redémarrage de l’ONPA.
Ils appellent à une coordination entre les autorités locales et les dirigeants de l’Office afin de débloquer la situation.
De leur côté, les cadres de l’ONPA sollicitent une rencontre urgente avec le Premier ministre et le ministre de la Pêche pour obtenir des moyens de fonctionnement.
Alors que le pays importe massivement du poisson chaque année, faute d’organisation locale, l’ONPA est abandonné à lui-même.
Le gouvernement est désormais interpellé puisque sans financement ni implantation effective, cette structure risque de disparaître avant même d’avoir vu le jour.
Une refonte urgente de ses moyens et de sa gouvernance s’impose pour sortir ce projet national du gouffre de l’oubli administratif.
Lydia Mangala

