La récente hausse du franc congolais face au dollar américain suscite des interrogations quant à sa durabilité. Parmi les critiques, l’économiste et député national Godé Mpoyi remet en question la stratégie de la Banque Centrale du Congo (BCC). Selon lui, les injections répétées de devises sur le marché depuis septembre 2025 ressemblent plus à une « expérimentation malavisée » qu’à une véritable politique monétaire solide. En dépit de ces interventions, la monnaie nationale a de nouveau franchi le seuil des 2 400 FC pour un dollar, ce qui, pour Mpoyi, illustre la vulnérabilité d’une approche qu’il considère trompeuse et dangereuse pour les réserves de change du pays.
Pour le professeur Mpoyi, le recours constant aux réserves de change pour soutenir artificiellement le franc congolais va à l’encontre des principes économiques fondamentaux. Ces réserves, dit-il, doivent être réservées pour des situations exceptionnelles et temporaires, en cas de crise aiguë, plutôt que comme un outil régulier pour réguler le taux de change. Il avertit que, si cette tendance se poursuit, la RDC risque d’épuiser petit à petit ses réserves, surtout que l’inflation en dollars est déjà visible sur le marché. Sur les réseaux sociaux, il a ironisé : « Il est difficile de trouver l’été en plein hiver », dénonçant ainsi ce qu’il perçoit comme une illusion de stabilité monétaire sur des bases fragiles.
Ces préoccupations trouvent un écho au plus haut niveau de l’État. Lors du Conseil des ministres du 9 janvier, le président Félix Tshisekedi a reconnu que, bien que l’appréciation observée depuis septembre 2025 soit encourageante, le cadre macroéconomique prévoit un risque réel de dépréciation du franc congolais d’ici la fin de 2026, voire plus tôt. Tandis que la BCC se félicite d’avoir réduit le taux de 2 900 à environ 2 150 FC pour un dollar, la réalité du marché, avec un taux avoisinant désormais les 2 350 FC et des prix toujours élevés pour les produits de première nécessité, montre que la force d’une monnaie ne se mesure pas uniquement aux chiffres officiels. Sans réformes économiques significatives et mesures structurelles crédibles, l’appréciation actuelle du franc pourrait n’être qu’une illusion, sans impact réel sur le pouvoir d’achat des Congolais.
Joëlle Luniongo


