Le procès opposant Philémon Mambabwa Zebo, administrateur principal au sein de l’Agence nationale de renseignements (ANR), à la famille de la députée Marie-Ange Mushobekwa a franchi une étape importante. Lors de la douzième audience devant la Cour militaire de Kinshasa/Gombe, le ministère public a requis une peine de trois ans de prison contre le haut responsable de l’ANR et ses coaccusés.
Philémon Mambabwa est poursuivi pour des faits présumés de torture ainsi que pour incitation de militaires à violer leurs obligations disciplinaires. Ces accusations font suite aux sévices infligés aux enfants de Marie-Ange Mushobekwa, au domicile même du responsable de l’ANR.
Concernant les policiers accusés d’avoir exécuté directement ces actes, le parquet a requis une peine de vingt jours d’emprisonnement, en retenant la qualification de « délinquance primaire ».
Une indignation des parties civiles
Ces réquisitions ont provoqué une vive réaction du côté des proches des victimes et des parties civiles, qui estiment les peines demandées largement insuffisantes au regard de la gravité des faits dénoncés.
« Trois ans, c’est dérisoire au regard de la loi. Nous avons encore en mémoire le cas du général Yav, condamné à vingt ans pour des faits similaires. Ici, il s’agit d’enfants fouettés jusqu’à perdre connaissance, avec des conséquences ayant nécessité des interventions chirurgicales lourdes. Nous craignons que le tribunal ne minimise la responsabilité des accusés en leur accordant des circonstances atténuantes », s’est indignée une source proche du dossier.
Un procès très suivi
La présence sur le banc des accusés d’un cadre de l’ANR réputé proche de l’entourage du président Félix Tshisekedi confère à cette affaire une forte portée symbolique et politique.
Pour plusieurs observateurs, ce procès constitue un test important pour l’indépendance de la justice militaire en République démocratique du Congo. L’opinion publique suit attentivement l’évolution du dossier, dans l’attente de voir si les juridictions sauront traiter cette affaire avec impartialité, indépendamment des considérations politiques ou institutionnelles.
Au-delà du cas individuel, cette procédure relance le débat sur la protection des droits fondamentaux et sur la responsabilité des services de sécurité dans les cas présumés d’abus et de violences.
Joëlle Luniongo


