Présentée en 2006 comme l’une des grandes réponses aux besoins de reconstruction post-conflit dans la province orientale, la Cimenterie de Maïko (CIMAÏKO) reste, près de deux décennies plus tard, un géant endormi.
Ce projet, initié sous la présidence de Joseph Kabila pour soutenir notamment la reconstruction après la guerre de six jours à Kisangani, peine toujours à entrer en production malgré des investissements et une organisation déjà en place.
Un projet né de l’urgence post-conflit
Au lendemain des conflits armés qui ont dévasté la ville de Kisangani et sa région, l’État congolais cherchait des solutions rapides et durables pour relancer l’économie locale et reconstruire les infrastructures détruites.
C’est dans ce contexte qu’a été lancée, en 2006, l’initiative de création de la CIMAÏKO, avec pour ambition de produire localement du ciment et de réduire la dépendance vis-à-vis des importations coûteuses.
La cimenterie devait jouer un rôle central dans la réhabilitation des routes, des logements, des écoles et des hôpitaux, tout en stimulant l’emploi et en redynamisant l’industrie locale.
Un cadre légal et logistique déjà en place
Sous l’actuel président Félix Tshisekedi, le projet a franchi un cap administratif important : la CIMAÏKO a été érigée en société d’État, dotée d’un titre juridique, d’un budget dédié et d’une direction générale basée à Kinshasa.
Un site d’implantation opérationnel a été identifié à Kisangani, un partenaire technique désigné et du personnel affecté à la future production.
Sur le papier, la cimenterie affiche une capacité théorique de production de 60 000 tonnes de ciment par an, de quoi répondre largement à la demande locale et régionale.
Un potentiel économique considérable

L’impact économique attendu est significatif. Aujourd’hui, le prix d’un sac de ciment à Kisangani tourne autour de 15 dollars américains. Si la CIMAÏKO entrait en production, ce tarif pourrait chuter à 5 dollars, soit une réduction de plus de 60 %.
Cette baisse permettrait non seulement de rendre le ciment plus accessible aux ménages et aux entreprises locales, mais aussi de stimuler le secteur de la construction, d’accélérer les projets d’infrastructures et de soutenir la reconstruction de la Grande Orientale.
Des blocages persistants et inexpliqués
Malgré ces atouts, la cimenterie n’a toujours pas démarré ses activités. Les raisons de ce retard restent floues, oscillant entre blocages institutionnels, lenteurs administratives et possibles interférences politiques.
Ce statu quo prolonge une dépendance coûteuse vis-à-vis des importations, souvent en provenance de pays voisins, et maintient la région dans une position de fragilité économique.
Un appel pressant à la relance
Face à l’importance stratégique de ce projet, les voix se multiplient pour demander à l’État congolais de prioriser la mise en service effective de la CIMAÏKO.
Au-delà de la simple production de ciment, il s’agit d’un levier pour l’industrialisation, la création d’emplois, la réduction des coûts de construction et la relance économique locale.
La réussite de ce chantier pourrait devenir un symbole fort de la capacité du pays à transformer ses ambitions industrielles en réalisations concrètes, tout en honorant la mémoire des victimes des conflits qui ont motivé sa création.
Lydia Mangala


