Depuis l’occupation de Goma et Bukavu par la rébellion M23 soutenue par le Rwanda, les populations de l’Est de la RDC font face à l’arrêt brutal des services bancaires.
Sans accès à leurs économies, elles subissent une précarité grandissante, tandis que les tentatives de relance du système financier local ont échoué.
Aucune institution financière ne fonctionne sous contrôle rebelle
Dès que le M23 a pris Goma fin janvier 2025, toutes les banques et coopératives d’épargne ont fermé leurs guichets. Les clients, confrontés à la raréfaction des liquidités, ont vu les prix des produits de première nécessité s’envoler.
Les quelques agences qui tentaient de rester ouvertes ont dû cesser leurs activités, invoquant l’insécurité ambiante et la crainte de sanctions internationales.
À Bukavu, la situation est identique. Les distributeurs automatiques ne distribuent plus un seul franc, et les guichets ont baissé le rideau, laissant des milliers de personnes dans l’impossibilité de retirer leurs fonds.
La CADECO, un ersatz inefficace sous contrôle des rebelles
Pour pallier cette désertification bancaire, le M23 a réactivé la CADECO, outil de paiement des taxes rebelles. Or, cette entité n’a aucun lien avec le réseau bancaire national.
Les habitants découvrent avec amertume que leurs épargnes restent inaccessibles. La CADECO sert uniquement à régler les impôts imposés par les rebelles, et non à restituer les dépôts.
En l’absence de système bancaire viable, chacun tente tant bien que mal d’envoyer ou de recevoir de l’argent via des services mobiles, mais les commissions, parfois proches de 10 % du montant transféré, grèvent un peu plus le pouvoir d’achat déjà au plus bas.
Kinshasa invoque des raisons de sécurité, Kabila dénonce l’abandon
Interrogé sur cette paralysie, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a expliqué que ce n’est pas une décision politique :
« Les banques ne peuvent plus fonctionner là où un groupe armé sous sanctions américaines occupe le territoire. Personne n’oserait placer ses dollars dans des établissements contrôlés par le M23, au risque de violer les règlements de l’OFAC. »
Selon lui, la priorité demeure la sécurité des déposants. En revanche, l’ancien chef de l’État Joseph Kabila accuse le gouvernement de laisser les habitants tomber dans la misère en déconnectant les institutions financières locales :
« Les populations de l’Est sont abandonnées et la fermeture des banques les asphyxie. Ces décisions les punissent alors qu’elles souffrent déjà des violences quotidiennes. »
La CENCO tire la sonnette d’alarme
Face à cette situation, les évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) ont exprimé leur profonde inquiétude. Dans un message rendu public le 16 mai 2025, ils dénoncent la crise multiforme qui frappe la région.
Privées de banques et d’aéroports, les familles vivent dans une extrême précarité. Les prélats appellent pareillement à un retour rapide du calme et au rétablissement des services essentiels, afin d’éviter un effondrement humanitaire encore plus grave.
Pour soulager ces populations, la restitution de l’accès aux comptes bancaires reste un impératif. Si le gouvernement invoque des raisons de sécurité, il lui appartient de travailler sans délai à reconfigurer un système financier parallèle sécurisé ou à négocier un modus vivendi garantissant l’ouverture de banques sous contrôle indépendant.
Sans cela, l’Est restera économiquement étranglé, tandis que la lassitude face à l’insécurité et au manque de services essentiels pourrait alimenter encore davantage la colère populaire.
Lydia Mangala


