Le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa-Atondoko Andali, a entamé le lundi 25 août 2025 une série de visites officielles dans les établissements pénitentiaires de la République démocratique du Congo.
Pour sa première descente depuis sa prise de fonctions, il a choisi deux prisons emblématiques de Kinshasa : la centrale de Makala et celle de Ndolo.
« Un sentiment de satisfaction partagé à demi m’anime. Néanmoins, nous œuvrerons ardemment pour nous conformer aux normes internationales régissant les établissements pénitentiaires », a-t-il déclaré à l’issue de cette tournée inaugurale.
Makala, entre progrès notables et fragilités persistantes

À la prison centrale de Makala, la plus vaste et la plus connue du pays, les constats dressés font apparaître un tableau nuancé.
D’un côté, des avancées significatives sont enregistrées. Le docteur Kapepula Fuamba, médecin chef de staff du centre médical, a salué une nette amélioration des indicateurs sanitaires :
« Il se passe maintenant un mois ou plus sans qu’on enregistre un seul cas de décès. La malnutrition aussi est devenue rare grâce à une diversification récente de l’alimentation des détenus », a-t-il rapporté.

La responsable de la nutrition, Françoise Nkufi, a confirmé cette évolution. Les prisonniers reçoivent désormais deux repas quotidiens, avec un menu qui, jusqu’à récemment, incluait du poisson et du poulet. Mais cette embellie reste fragile :
« Depuis le début de ce trimestre, faute de paiement du fournisseur, les repas sont revenus au duo riz-haricots », a-t-elle regretté, tout en précisant que de nouveaux approvisionnements sont attendus.
La parole aux détenues : un cri de détresse
Cette visite a donné l’occasion à plusieurs femmes détenues de s’adresser directement au ministre de la Justice. Elles ont exprimé leurs inquiétudes face aux lenteurs judiciaires qui prolongent indéfiniment leurs séjours derrière les barreaux.
« Nous sommes ici depuis plusieurs années. Certaines ne savent même pas comment leurs dossiers avancent », a témoigné une prisonnière.
Avec émotion, elle a évoqué les traumatismes laissés par les violences sexuelles subies lors des événements du 2 septembre :
« Certaines ont été violées et portent aujourd’hui des enfants issus de ces agressions. Vivre dans le même lieu où elles ont été violées est extrêmement traumatisant. Nous vous implorons d’agir », a-t-elle dénoncé.
Ce plaidoyer souligne un double défi pour le nouveau ministre, celui d’accélérer le traitement judiciaire des dossiers et garantir une meilleure protection des droits fondamentaux des personnes incarcérées.
Les agents pénitentiaires réclament des conditions dignes
Les agents et fonctionnaires pénitentiaires ont eux aussi saisi cette occasion pour exposer leurs préoccupations.
Faida, greffière à Makala, a dénoncé les conditions de travail jugées intenables entre autres l’absence de primes de risque, l’absence de moyens de transport, et la non-mécanisation persistante de plusieurs agents.
« Nous travaillons dans des conditions très difficiles. Nous sollicitons votre implication pour améliorer notre sort », a-t-elle plaidé.
« Je vous ai entendus » : une écoute vigilante
Face à ces interpellations, Guillaume Ngefa s’est montré à l’écoute, sans chercher à promettre dans la précipitation :
« Je suis venu pour voir comment ça se passe ici et vous entendre. Je vous ai entendus et j’ai pris bonne note de vos doléances. Je n’ai pas de discours à vous tenir aujourd’hui, mais je reviendrai pour que nous échangions davantage », a-t-il rassuré.
Un positionnement qui traduit la volonté d’ancrer son action dans une démarche pragmatique, basée sur l’observation, le dialogue et la consultation.
Une première visite chargée de symboles
Successeur de Constant Mutamba, Guillaume Ngefa signe avec cette descente à Makala et à Ndolo un acte fondateur de son mandat.
L’état des prisons congolaises, régulièrement dénoncé par les organisations nationales et internationales, constitue un terrain d’action prioritaire pour tout ministre de la Justice.
Les constats faits rappellent que, si des progrès tangibles tels que la baisse de la mortalité, la meilleure alimentation sont perceptibles, les défis structurels comme la surpopulation carcérale, la lenteur judiciaire, la précarité du personnel, la vulnérabilité des détenues demeurent.
La réforme pénitentiaire, longtemps promise, apparaît dès lors comme l’un des chantiers incontournables pour crédibiliser la gouvernance judiciaire du pays.
À travers cette première visite, Guillaume Ngefa se montre en un ministre qui veut s’ancrer dans le réel et s’attaquer aux dysfonctionnements d’un système longtemps laissé à la marge.
Lydia Mangala


