La capitale congolaise, Kinshasa, est confrontée à une crise hydrique persistante qui affecte gravement plusieurs communes. Les habitants de Kintambo, Barumbu, Ngiri-Ngiri, Ngaliema et Lingwala, ainsi que certains quartiers de la Gombe, vivent depuis plusieurs semaines dans l’angoisse du manque d’eau potable. Cette situation, qui avait déjà suscité une vive inquiétude en octobre dernier, prend une tournure alarmante avec les accusations portées par la Régie de distribution d’eau (REGIDESO).
Des conduites d’eau sacrifiées sur l’autel des travaux publics
Face à la détresse des populations, Monsieur Jean-Bosco Mwaka, Directeur Général Adjoint de la REGIDESO, a pointé du doigt la responsabilité des entreprises chargées des travaux de voirie dans la capitale. Selon lui, les interventions de ces entreprises causent systématiquement la destruction des conduites d’eau qui alimentent les abonnés de la REGIDESO. Dans une déclaration rendue publique depuis son bureau à Gombe, il a expliqué que des devis pour la réparation de ces infrastructures endommagées ont été établis il y a plusieurs mois, mais que les entreprises concernées tardent à s’acquitter des sommes nécessaires, bloquant ainsi les interventions.
« Sur les 56 sites concernés, nous avons établi des devis pour la réhabilitation. Nous avons commencé par la cité Pumbu. Cela fait maintenant plus de trois mois qu’un devis de 56 000 dollars n’a pas été payé. Et les habitants de cette zone ne sont toujours pas connectés au réseau de distribution d’eau de la REGIDESO. Pourquoi ? À cause des travaux », s’est plaint M. Mwaka, illustrant la complexité de la situation.
Un calvaire quotidien pour les Kinois
Les communes de Barumbu, Ngiri-Ngiri, Lingwala, Kinshasa, et certains quartiers de la Gombe sont particulièrement touchées. Les témoignages des habitants dressent un tableau sombre de leur quotidien. À Bumbu et Ngiri-Ngiri, la pénurie dure depuis plus de trois semaines, plongeant les ménages dans une précarité accrue. Les femmes, notamment celles qui tiennent des « malewa » (petits restaurants), voient leurs activités paralysées par le manque d’eau, indispensable à leur commerce.
Dans les rues de ces communes, il n’est pas rare de croiser des mères et des enfants transportant des seaux et des bidons, engagés dans une quête quotidienne d’eau potable. Le manque de communication de la REGIDESO concernant ces interruptions de service ajoute à l’exaspération des abonnés, qui déplorent l’absence d’informations claires sur les raisons de ces pénuries et les délais de rétablissement.
Un appel à la responsabilité et à la coordination
Le Directeur Général Adjoint de la REGIDESO a lancé un appel pressant aux entreprises de construction, à l’exception notable de l’Office des Voiries et Drainage (OVD) qui, selon lui, fait parfois preuve de diligence en informant la REGIDESO avant le début de ses travaux. Il a également exhorté les abonnés à faire preuve de vigilance quant à la protection des installations du réseau.
Face à cette situation, la question de la coordination entre les différents acteurs de la voirie et les services publics essentiels comme la distribution d’eau se pose avec acuité. La multiplication des travaux d’infrastructure, bien que nécessaire au développement de la ville, ne doit pas se faire au détriment des services de base dont dépend la population kinoise.
Malgré ces difficultés, la REGIDESO assure que les branchements sociaux se poursuivent dans la quasi-totalité des communes, offrant un accès à l’eau pour 50 dollars américains. Cependant, cet effort ne saurait compenser les désagréments et les risques sanitaires engendrés par une pénurie d’eau généralisée et prolongée. Il est impératif que des solutions durables soient trouvées pour garantir l’accès à l’eau potable, un droit fondamental pour tous les Kinois.
Joëlle Luniongo


