Dans un contexte où les droits de l’enfant peinent à être pleinement réalisés, le Bureau international des droits des enfants (IBCR) a officiellement lancé, le jeudi 31 mars 2025, deux modes opératoires (MO) à l’hôtel Sultani à Kinshasa.
Ces outils, conçus dans le cadre du projet « Renforcer le système de protection de l’enfant »ou « Tonga mpo na bolamu ya mwana » et financés par Affaires mondiales Canada (AMC), visent à redynamiser les pratiques professionnelles des acteurs œuvrant dans les secteurs négligés du système de protection en République Démocratique du Congo.
Des outils innovants pour uniformiser les pratiques
Les deux modes opératoires proposés s’adressent à deux publics spécifiques :
– Le MO pour l’inspection du travail est destiné aux inspecteurs et contrôleurs chargés de la protection des enfants. Il intègre les normes internationales relatives aux droits de l’enfant et décrit, de manière précise, la trajectoire de l’enfant ainsi que les pratiques adaptées pour communiquer, évaluer et prendre en compte ses besoins.
– Le MO pour l’accueil de l’enfant cible les acteurs du secteur de la privation de liberté, en particulier dans les établissements de garde et d’éducation de l’État (EGEE). Il vise à renforcer les compétences des personnels en vue d’orienter et référencer les enfants, afin que chacun, qu’il soit en situation de privation de liberté ou exploité économiquement, bénéficie d’une protection sans compromis.
Ces documents s’appuient sur des standards internationaux et prennent en compte les réalités de terrain, offrant ainsi une base solide pour une meilleure uniformisation des pratiques en protection de l’enfant.
Un appel a l’action et une formation nationale
Le représentant-pays de l’IBCR en RDC, Mahamadi Oubda, a souligné l’importance de l’appropriation et de l’utilisation efficace de ces outils par les professionnels du secteur.
« Chaque mode opératoire est le fruit d’un travail rigoureux et collaboratif. Leur mise en œuvre requiert l’engagement de tous pour que chaque enfant voie ses droits respectés de manière systématique, » a-t-il déclaré.
Le projet « Tonga mpo na bolamu ya mwana » vise globalement à renforcer les compétences de 17 050 filles, garçons, femmes et hommes, afin de les transformer en sujets actifs de leurs droits. Des agents relais ont été formés pour diffuser ces MO à travers tout le territoire national, garantissant ainsi :
– Un rôle accru des enfants et des associations de la société civile dans la prise de décision pour le respect des droits de l’enfant et l’égalité entre les filles et les garçons.
– Une amélioration des pratiques adaptées à l’enfant dans les secteurs négligés.
– Une meilleure coordination entre l’ensemble des acteurs impliqués.
Soutien et reconnaissance des autorités nationales

La cérémonie de lancement a également réuni des représentants du gouvernement congolais. Le Directeur de la protection des victimes et de l’assistance judiciaire du ministère de la Justice, Michel Lukombe Nsambi, a exprimé sa satisfaction en saluant l’initiative, qui s’inscrit dans les missions de son département.
« Ma présence ici témoigne de notre engagement envers la protection des enfants, notamment ceux en conflit avec la loi. Nous œuvrons pour leur rééducation, leur instruction et leur réinsertion sociale, » a-t-il affirmé.
De son côté, le Secrétaire Général du Ministère de l’Emploi et du Travail, Donnat Bagula Mugangu, a mis en avant le cadre légal existant en RDC, rappelant que le Code du travail interdit toute forme d’exploitation des enfants.
« Grâce à cette collaboration étroite entre les institutions, nous veillons à ce que chaque employeur respecte la loi, et nous travaillons à la diffusion de ces outils essentiels, » a-t-il expliqué.
Vers une protection ho liste que et durable
Ce deuxième projet, qui s’inspire du précédent « Batela mwana », se distingue par son approche holistique. Il vise à intégrer des secteurs souvent négligés dans les stratégies de protection de l’enfant, en complément des interventions classiques déjà renforcées.
L’initiative se positionne ainsi comme un levier pour une protection plus complète et des droits mieux respectés, notamment pour les enfants en situation de privation de liberté ou exposés à des risques d’exploitation économique et sexuelle.
Le lancement de ces modes opératoires représente une avancée significative dans la lutte pour la protection des droits de l’enfant en RDC. En combinant expertise technique, engagement institutionnel et coordination des acteurs, cette initiative vise à transformer les pratiques sur le terrain et à garantir que chaque enfant bénéficie d’une protection adaptée et efficace.
Ce projet, porteur d’espoir pour des changements durables, démontre que lorsque les acteurs se mobilisent ensemble, il est possible de bâtir un avenir où les droits des enfants ne sont plus une aspiration, mais une réalité.
Pour rappel, le Bureau international des droits des enfants (IBCR) est une organisation non gouvernementale canadienne œuvrant pour les droits de l’enfant depuis près de 30 ans. Présent dans près de 50 pays d’Afrique, d’Asie, des Amériques et du Moyen-Orient, IBCR renforce les systèmes de protection de l’enfant et de justice adaptée en se concentrant sur la formation des professionnels et l’amélioration des pratiques sur le terrain. En RDC, présent depuis 2015, l’IBCR œuvre pour un monde où les droits de l’enfant sont une réalité tangible, en mettant un accent particulier sur ceux qui font face aux obstacles les plus importants.
Lydia Mangala


