Dans un contexte marqué par une hausse inquiétante de la consommation des stimulants sexuels, notamment après deux cas tragiques survenus à Kinkole et Matadi-Kibala, la rédaction Zolanews.net a échangé avec le Dr Désiré Bombile, spécialiste en nutrition clinique, sexologie et massothérapie.
Responsable du cabinet Santé Plus et de l’Académie de nutrition et sciences appliquées humaines, il revient sur les risques liés aux aphrodisiaques, l’éducation sexuelle des jeunes et les responsabilités collectives.

Rédaction : Docteur, pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Dr Bombile : Je suis spécialisé en nutrition clinique, sexologie et massothérapie. Je dirige le cabinet Santé Plus et l’Académie de nutrition et sciences appliquées humaines. Je suis également auteur de plusieurs ouvrages, dont quatre consacrés à la sexualité.
Rédaction : Depuis combien d’années exercez-vous ?
Dr Bombile : Cela fera 12 ans en mars prochain.
- Rédaction : Qu’est-ce qui vous a motivé à devenir sexologue ?
Dr Bombile : La sexualité reste un tabou chez nous. Les jeunes reçoivent de mauvaises informations entre eux. Je pars du principe que « je n’ai pas honte de dire ce que Dieu n’a pas eu honte de créer ». Beaucoup de troubles sexuels sont liés à l’alimentation, d’où l’intégration de la nutrition dans ma pratique.
- Rédaction : Comment analysez-vous les décès liés aux stimulants sexuels ?
Dr Bombile : L’automédication augmente fortement les risques. Les troubles sexuels signalent souvent un problème cardiovasculaire. Les stimulants forcent le cœur, ce qui peut provoquer un arrêt cardiaque.

- Rédaction : Observez-vous une hausse de leur consommation chez les jeunes ?
Dr Bombile : Oui. Beaucoup ont des carences en vitamine E et en zinc. Faute d’une bonne alimentation, ils se tournent vers des produits qui dépannent mais rendent dépendants.
- Rédaction : Qu’est-ce qui motive les jeunes à consommer ces produits ?
Dr Bombile : Les difficultés d’érection et la recherche de performance. Ils ignorent l’impact de la nutrition, de la santé mentale ou rénale sur la sexualité.
- Rédaction : Comment définir un aphrodisiaque ?
Dr Bombile : C’est un produit qui stimule le désir et améliore temporairement la performance sexuelle.
- Rédaction : Quels sont les produits les plus utilisés ?
Dr Bombile : Le viagra, le kifaro, et dans le traditionnel : ankoro, mutu rouge, boma mama.
- Rédaction : Sont-ils contrôlés par les autorités ?
Dr Bombile : Très peu. Beaucoup sont fabriqués sans normes, ce qui les rend dangereux.

- Rédaction : Quels risques comporte une consommation excessive ?
Dr Bombile : La dépendance, l’augmentation des doses, la défaillance cardiaque. Certains perdent même le contrôle de leurs érections. La désintoxication est coûteuse et entraîne souvent des tensions conjugales.
- Rédaction : Peut-on réellement en mourir ?
Dr Bombile : Oui. Ils accélèrent le rythme cardiaque et augmentent brutalement la pression sanguine. Avec des artères fragilisées, cela peut entraîner un arrêt cardiaque.
- Rédaction : Que répondez-vous aux jeunes qui pensent en avoir besoin ?
Dr Bombile : Tout peut être réglé naturellement. L’alimentation et les habitudes de vie doivent être corrigées. Ces produits compromettent leur avenir conjugal.
- Rédaction : La société exerce-t-elle une pression sur les jeunes ?
Dr Bombile : Oui. Les musiques, films et conversations sexualisent trop les jeunes et créent une pression psychologique.
- Rédaction : Comment mieux sensibiliser ?
Dr Bombile : En informant sans juger. J’organise des conférences et j’ai écrit un livre qui explique l’ABC de la sexualité. Les jeunes ont besoin de repères.
- Rédaction : Quel rôle doivent jouer parents, écoles, églises et médias ?

Dr Bombile : Les parents doivent instaurer le dialogue. Les églises doivent orienter et aider à comprendre le tempérament sexuel. Les écoles doivent moderniser l’éducation à la vie. Les médias doivent contrer la pornographie par des messages éducatifs.
- Rédaction : Les aphrodisiaques sont-ils une solution ?
Dr Bombile : Non. Il faut revoir son alimentation, éviter alcool, drogue, cigarette, faire du sport et bien dormir. Les aphrodisiaques masquent le problème.
- Rédaction : Quel message adressez-vous à la jeunesse après les récents drames ?
Dr Bombile : La jeunesse doit protéger son avenir. Une bonne information aujourd’hui évite des regrets demain. L’éducation sexuelle garantit un futur plus sain.
Lydia Mangala


