L’élection de la République démocratique du Congo au poste de membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour la période 2026-2027 a souvent été accueillie avec un sentiment de fierté nationale.
Pourtant, pour le Professeur Martin Ziakwau, docteur en Relations internationales, cet événement ne doit pas être célébré comme une simple victoire diplomatique, mais ressenti comme une obligation contraignante.
Il insiste plutôt sur le caractère impérieux de la responsabilité qui incombe désormais au gouvernement congolais.
Un mandat au-delà du prestige, une exigence de résultats
« L’élection de la RDC pour siéger au Conseil de sécurité de l’ONU n’est pas tant un motif de fierté qu’une obligation imposée par la nécessité de mesurer la responsabilité incombant au Gouvernement», ainsi débute l’analyse du Professeur Ziakwau.
Pour lui, il ne s’agit pas simplement d’attester d’un niveau de reconnaissance internationale, mais bien d’assumer un rôle actif dans les débats stratégiques qui se tiennent dans ce « sanctuaire onusien ».
Dans la vision du docteur en Relations internationales, le siège non permanent accroît la visibilité de la RDC, mais cette visibilité n’a de valeur qu’autant qu’elle se traduit par des actions concrètes et crédibles.
Il rappelle que siéger à l’ONU n’apporte aucun gain matériel immédiat, mais offre une tribune où la réputation et la capacité à nouer des alliances transphrastiques sont essentielles.
Tirer les leçons de l’histoire pour imposer un rôle constructif
Le Professeur Ziakwau évoque le précédent rwandais pour illustrer combien la simple présence au Conseil de sécurité ne suffit pas à prévenir les crises internes. En 1994-1995, alors que le Rwanda siégeait à New York, le génocide se déroulait sur son sol. Cette mise en parallèle souligne que la coïncidence d’une place à l’ONU et d’une tragédie nationale ne constitue pas une contradiction, mais une alerte sur la nécessité d’une diplomatie vigilante.
À ses yeux, la RDC ne peut devenir spectatrice passible des débats internationaux, elle doit plutôt être un acteur qui, au-delà des multiples crises internes, use de cette plateforme pour défendre ses intérêts, faire avancer la paix dans la région des Grands Lacs et participer au recadrage des priorités internationales.
L’urgence d’une politique extérieure instrumentale
Pour transformer cette élection en véritable levier d’influence, le Professeur Ziakwau propose une « politique extérieure au sens instrumental du terme ».
Autrement dit, il ne suffit pas d’énoncer des discours fleuve devant l’Assemblée générale, il faut élaborer des stratégies diplomatiques ciblées qui visent à maximiser le poids congolais dans les résolutions, les comités de sanctions et les coalitions thématiques.
À ses yeux, l’absence d’une telle orientation risquerait de réduire la participation de la RDC à une simple « figuration », purement cérémonielle.
Il recommande donc que le gouvernement convoque sans délai une 12ᵉ conférence diplomatique, permettant de définir les axes prioritaires notamment paix régionale, protection des ressources naturelles, justice transitionnelle et d’élaborer une feuille de route permettant de structurer le travail des ambassadeurs et des diplomates congolais à New York.
Préparer l’après-élection : un appel à la remise en question
Le Professeur Ziakwau interpelle les autorités : si le gouvernement se contente de célébrer cette nomination au Conseil de sécurité, sans remettre en cause ses pratiques et sans définir une stratégie claire, l’enthousiasme initial se transformera rapidement en déception.
Il souligne que les Congolais attendent des résultats tangibles, non des promesses vaines. Pour lui, l’heure est à la vigilance accrue. L’exécutif doit se montrer capable de tisser des alliances transrégionales, de défendre le nouvel agenda pour la paix porté par l’Union africaine et de faire entendre la voix de la RDC dans les négociations sur la résolution des conflits et le financement des opérations de maintien de la paix.
Au-delà du symbole : une chance historique à saisir
Dans une période où l’est du pays fait face à une offensive du M23 soutenu par le Rwanda, le Professeur Ziakwau rappelle que la nouvelle tribune onusienne ne doit pas se limiter à de simples déclarations de principe.
Il encourage le gouvernement congolais à saisir cette « chance historique » pour porter la question de la paix dans les Grands Lacs au centre des débats internationaux, en demandant notamment l’application de résolutions exigeant le retrait des forces étrangères et l’arrêt de tout soutien aux groupes armés.
En utilisant à bon escient ce mandat non permanent, la RDC peut attirer l’attention sur sa situation humanitaire, obtenir des appuis pour un tribunal pénal international et renforcer sa souveraineté économique en plaidant pour des mécanismes de traçabilité des minerais.
La République démocratique du Congo a désormais l’opportunité de transformer un simple siège onusien en une véritable tribune de défense de sa stabilité et de ses aspirations.
Mais cette opportunité ne pourra être concrétisée que si le pays se dote d’une politique extérieure claire, volontaire et capable de traduire la visibilité internationale en actions diplomatiques pertinentes.
Faute de quoi, la « victoire » de juin 2025 ne restera qu’un moment d’éphémère satisfaction, sans impact durable pour le peuple congolais.
Lydia Mangala


