Dans l’est de la République démocratique du Congo, l’accès aux soins reste un défi quotidien. Entre insécurité persistante, déplacements massifs de populations et ruptures d’approvisionnement, les habitants du Nord-Kivu vivent une situation sanitaire critique.
Face à ce constat, le PNUD et le Fonds mondial s’engagent conjointement pour reconstruire les systèmes de santé et rétablir l’accès aux soins essentiels dans la région.
Les centres de santé à l’épreuve des crises
Au centre de santé Mapendo de Kiwanja, les patients arrivent au compte-gouttes, portant leurs enfants malades, fiévreux ou déshydratés.
Stella Sifa, revenue de six mois de déplacement, illustre cette vulnérabilité. Son bébé d’un an souffre de diarrhée et de vomissements, conséquences directes de l’eau impropre disponible dans son village de Kako.
« On nous dit de faire bouillir l’eau, mais on ne trouve pas toujours de bois pour le feu », explique-t-elle, traduisant le quotidien de milliers de familles.
Le docteur Christian Bitwayiki, médecin-chef de la zone de santé de Rutshuru, témoigne d’une situation alarmante :
« Nous faisons face à une multiplication d’épidémies : VIH, tuberculose, suspicions de choléra, mpox, rougeole… Les ressources sont insuffisantes. Certains traitements antituberculeux sont épuisés et de nombreux enfants vivant avec le VIH ne reçoivent plus leurs soins », précise-t-il, alertant sur la gravité de la situation.
La situation est aggravée par l’insécurité, les routes coupées et l’inaccessibilité de certaines zones, rendant la livraison de médicaments et de kits de dépistage particulièrement complexe.
Les communautés font face à des risques accrus d’épidémies et à une crise de protection, où violences sexuelles et traumatismes contribuent à la propagation d’infections et accentuent la souffrance des populations.
L’engagement des communautés et des agents de santé
Malgré ces difficultés, des agents de santé communautaires et des patients eux-mêmes s’engagent pour maintenir un lien vital avec la population.
François, séropositif, sillonne les quartiers de Goma pour sensibiliser et encourager le dépistage, même en période de pénurie de kits.
« On me demande souvent : « Pourquoi se faire dépister s’il n’y a pas de traitement ?»Je leur réponds qu’il faut se préparer au moment où les médicaments reviendront », raconte-t-il, témoignant de sa mobilisation continue.
Claudine, elle aussi vivant avec le VIH, continue d’incarner l’espoir, malgré les difficultés liées au manque de médicaments.
« Il faut garder espoir. Croire que demain sera meilleur », confie-t-elle, encourageant ses pairs à persévérer.
Ces acteurs locaux sont essentiels pour maintenir la continuité des soins et sensibiliser les communautés sur les risques sanitaires. Leur rôle devient d’autant plus crucial dans un contexte où la stigmatisation et l’accès limité aux traitements peuvent compromettre la santé publique.
Une reprise progressive grâce au PNUD et au Fonds mondial
En juin, un effort coordonné entre le Fonds mondial, le PNUD et les autorités sanitaires a permis la livraison de 23 tonnes de médicaments et de kits de dépistage dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Cette opération a relancé les traitements vitaux et réengagé les agents de santé communautaires.
Les centres tels que Mapendo de Kiwanja bénéficient désormais d’un approvisionnement progressif, tandis que des formations et ressources supplémentaires sont déployées pour renforcer la résilience des structures sanitaires.
Le Dr Jean-Claude Wema, coordinateur du projet, souligne :
« Nous ne pouvons pas laisser ces personnes souffrir en silence. C’est une question de médicaments, mais aussi de dignité, de justice et de confiance à rétablir », insiste-t-il, rappelant l’importance de l’intervention.
Vers un système de santé durable et intégré
Pour assurer la pérennité de ces interventions, le PNUD et le Fonds mondial travaillent à renforcer les capacités locales en gestion des stocks et prévision des besoins, diversifier les routes d’approvisionnement et intégrer la réponse santé avec les secteurs Eau, Assainissement et Hygiène (WASH) ainsi que la protection.
La mise en place d’indicateurs de performance permet également de suivre la disponibilité des intrants et d’anticiper les crises.
En reconstruisant les systèmes de santé, en rétablissant l’accès aux soins et en accompagnant les communautés, le PNUD et le Fonds mondial s’engagent à prévenir les futures crises sanitaires et à redonner espoir aux populations de l’Est de la RDC.
Lydia Mangala


