Paris, 27 mai 2026. L’émotion a gagné la salle Médicis du Palais du Luxembourg lorsque Vanessa Kaliza a pris la parole pour lire le témoignage de sa mère, Justine Kahwara, survivante des violences liées au conflit dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Initialement invitée à participer à la projection-débat organisée au Sénat français autour du thème « Amplifier les voix des survivantes », Justine Kahwara n’a pas pu effectuer le déplacement jusqu’à Paris. Son histoire a néanmoins résonné avec force grâce à la lecture de son témoignage par sa fille, devant un public composé de parlementaires français et congolais, de représentants institutionnels, d’organisations de défense des droits humains et de membres de la société civile.
Derrière les statistiques, des vies brisées

À travers ce témoignage, les participants ont été rappelés à une réalité souvent réduite à des chiffres : celle des familles détruites par les violences qui ravagent l’Est de la RDC.
Dès les premières lignes de son message, Justine Kahwara livre un témoignage bouleversant :
« Je me tiens devant vous aujourd’hui, le cœur brisé mais debout. Je ne suis pas seulement une victime d’une guerre. Je suis la veuve de quelqu’un qui a été lâchement assassiné par les rebelles du M23 le 13 février 2025. »
Elle rappelle que son époux était un bâtisseur engagé dans le développement de sa communauté :
« Mon mari n’était pas un homme de guerre. C’était un bâtisseur. Un grand architecte dont les mains et l’esprit ont érigé des dizaines d’écoles au Nord et au Sud-Kivu, des églises et des infrastructures communautaires. »
Le récit décrit ensuite le drame vécu par sa famille lorsqu’elle a assisté à l’assassinat de son mari.
« Mon mari et deux serveurs ont été abattus. Fauchés de sang-froid, massacrés comme des animaux au coin d’une rue qui nous était pourtant si familière. J’ai vu l’homme de ma vie s’éteindre dans son sang. »
Le courage de témoigner
La lecture assurée par Vanessa Kaliza a également souligné la force et le courage dont font preuve les survivantes qui acceptent de partager leur vécu malgré les traumatismes qu’elles portent encore.
Après la mort de son époux, Justine Kahwara explique être devenue elle-même une cible.
« Parce que j’avais tout vu, parce que j’étais un témoin gênant, je suis devenue une cible. À plusieurs reprises, les éléments du M23 sont venus menacer les miens. »
Face aux menaces, sa famille a dû organiser son départ clandestin.
« Pour sauver ma vie, ils ont dû organiser ma fuite en me faisant sortir clandestinement de la région, comme si j’étais une criminelle alors que je n’étais que la victime. », a-t-elle déclaré.
Pour les organisateurs de la rencontre, faire entendre de telles voix constituait l’un des objectifs essentiels de cette soirée consacrée aux survivantes.
Une transmission entre générations
La présence de Vanessa Kaliza pour porter la parole de sa mère a donné une dimension particulière à ce moment.
Au-delà du témoignage individuel, cette prise de parole a illustré la manière dont les conséquences des conflits traversent les générations et continuent d’affecter les familles longtemps après les violences.
Elle a également montré la détermination de nombreuses familles congolaises à refuser le silence et à contribuer aux efforts de mémoire, de vérité et de justice.
Un appel à la reconnaissance et à la justice
Le témoignage de Justine Kahwara ne s’est pas limité au récit de son drame personnel. Il s’est transformé en plaidoyer pour la justice et la protection des populations civiles.
« Mon témoignage est le cri d’une veuve et d’une famille persécutée, mais il est aussi le miroir du martyre de tout un peuple. »
Elle a dénoncé les violences subies depuis des décennies dans l’Est de la RDC et interpellé la communauté internationale sur sa responsabilité.
« Les populations sont pillées, violées, massacrées et chassées de leurs terres dans un silence international qui s’apparente à de la complicité. »
Devant la Haute Assemblée française, elle a également formulé plusieurs demandes concrètes, notamment des sanctions contre les responsables des violences, le soutien à la création d’un tribunal spécial pour la RDC et le retour sécurisé des populations déplacées.
Un moment fort de la soirée
Dans une salle attentive et souvent émue, le témoignage de Justine Kahwara a donné un visage humain aux discussions menées tout au long de la rencontre sur les violences, l’impunité et les réparations.
Le message s’est conclu par un appel à ne pas détourner le regard face aux souffrances des populations de l’Est du Congo.
« En éliminant mon mari, ils ont voulu détruire un bâtisseur. En me traquant, ils ont voulu faire taire la vérité. Mais ils ont échoué. Les écoles qu’il a construites sont encore debout, et ma voix ne faiblira pas. »
À travers la voix de sa fille, Justine Kahwara a incarné l’esprit même de cette soirée organisée au Sénat français en collaboration avec Afia Mama : faire entendre celles qui ont trop longtemps été réduites au silence et rappeler que la paix durable ne peut être construite sans vérité, sans justice et sans reconnaissance des survivantes.
Joséphine Mawete


