Le Grand marché central de Kinshasa, connu sous le nom de « Zando, » est en pleine animation. Une foule considérable s’y presse, animée par les célébrations de Noël et du Nouvel An. Cependant, cette ambiance festive contraste vivement avec les défis auxquels font face les vendeurs et les consommateurs, comme j’ai pu le constater sur le terrain jeudi et vendredi derniers.
Dans ce grand centre commercial de la capitale congolaise, les Kinois et Kinoises se rassemblent pour préparer les célébrations. Avec une majorité chrétienne, les préparatifs pour la Nativité et le Nouvel An sont cruciaux. Cependant, atteindre ce lieu de négoce devient un véritable défi. Les arrêts de bus se transforment en véritables champs de bataille où seuls les plus déterminés parviennent à se frayer un chemin.
Ici, la courtoisie semble avoir disparu. Femmes, hommes, filles et garçons se battent pour obtenir une place dans les véhicules, négligeant les notions de politesse.
Tarifs de transport en hausse : « Zando direct » fait son apparition !

Les chauffeurs de taxi, en alliance avec les receveurs, ignorent la grille tarifaire de l’Hôtel de ville et imposent leurs propres prix. Au lieu de payer 1500 francs congolais, le montant exigé est désormais de 2000 FC, sans possibilité de négociation.
L’expression « Zando direct » est désormais courante, signifiant qu’il est préférable d’arriver directement au Grand marché, comme si l’on pouvait éviter les autres arrêts connus de tous.
À l’arrêt Vélodrome, près du stade de Kintambo, la lutte pour atteindre le centre-ville est intense. Les embouteillages, notamment au niveau de Socimat et de 24 novembre à Gombe, rendent le trajet interminable. En moyenne, il faut désormais près de 2 heures pour parcourir un trajet normalement effectué en 30 minutes.
« Nous souffrons pour aller au Grand marché. À l’arrêt, il faut attendre au moins 45 minutes pour entrer dans le bus et débourser 2000 francs congolais. Quel embarras ! C’est un véritable chemin de croix, » témoigne une mère de famille.
Sur place, l’avenue du Commerce est envahie par une foule sans précédent. Les acheteurs se précipitent pour acquérir des produits vivriers et alimentaires, mais une autre difficulté se profile.
Flambée des prix : le taux atteint 22 500 FC

La dépréciation du franc congolais face au dollar américain a entraîné une hausse des prix. Le taux est passé de 28 000 FC à 22 500 FC, provoquant une flambée des prix. Cependant, malgré cette dépréciation, certains commerçants continuent de vendre leurs marchandises en dollars, ce qui inquiète la population. D’autres maintiennent encore l’ancien taux de 28 000 FC au lieu de se conformer au nouveau taux de 22 500 FC. Cette situation crée une confusion parmi les consommateurs, qui se retrouvent face à des prix fluctuants et à des pratiques commerciales inéquitables.
Au Congo, et surtout à Kinshasa, la vie est déjà chère. Mais en décembre, c’est terrible. À l’étranger, durant les festivités, les prix baissent, alors que chez nous, nous survivons plutôt que de vivre. Les prix s’envolent, alors que nous sommes pauvres, » déclare Marguerite, une cliente.
Les vendeurs, quant à eux, se plaignent de la situation. Les prix chez les grossistes ont augmenté, et nos marges sont réduites. Nous avons du mal à écouler nos marchandises car les consommateurs manquent d’argent, explique une vendeuse de haricots et de riz, produits de base prisés par la population.
Cette situation risque de s’aggraver entre le 24 et le 31 décembre, période durant laquelle la tension sociale pourrait atteindre son paroxysme. Les Congolais se battront non pas pour une bonne fin d’année, mais pour obtenir une place digne dans le classement final de la Grande Boucle, espérant une « Bonne année » qui leur soit favorable.
Joëlle Luniongo


