La question des transports en milieu rural s’impose de plus en plus comme un enjeu central du développement en République démocratique du Congo. À travers une thèse soutenue par M’Libwa Wazye Bienfait, intitulée « Mobilité et accessibilité en milieu rural en RDC : défis et enjeux du système des transports du territoire de Lukula », un diagnostic sans complaisance est posé sur les réalités vécues dans les zones rurales congolaises.
Un constat alarmant : un pays riche, mais enclavé
Dès l’introduction de ses travaux, le chercheur met en lumière une contradiction majeure : malgré ses immenses ressources naturelles et son étendue géographique, la RDC reste fortement handicapée par l’insuffisance de ses infrastructures de transport.
Routes dégradées, réseaux inexistants dans certaines zones, moyens de déplacement limités… autant de facteurs qui entravent les échanges économiques et accentuent l’isolement des populations rurales, notamment dans le territoire de Lukula, au Kongo Central.
« La mobilité et l’accessibilité constituent des leviers essentiels du développement territorial », souligne-t-il, rappelant que leur faiblesse freine l’accès aux marchés, aux soins de santé, à l’éducation et aux services administratifs.
Lukula, miroir des défis ruraux congolais
Le territoire de Lukula apparaît comme un cas emblématique. Malgré un potentiel agricole important et une position stratégique, cette entité reste confrontée à un système de transport peu structuré.
Résultat : des villages enclavés, des produits agricoles difficilement évacués, des coûts de transport élevés et un accès limité aux services de base.
La question centrale posée par la recherche est sans équivoque :
comment améliorer la mobilité et l’accessibilité en milieu rural pour stimuler le développement socio-économique ?
Une mobilité quasi inexistante
Les résultats de l’étude sont particulièrement révélateurs. En moyenne, les populations rurales de Lukula effectuent à peine 2,24 déplacements par jour, un indicateur très faible.
Plus frappant encore, 93,6 % des déplacements se font à pied, contre seulement 6,4 % pour les moyens mécanisés. Les transports collectifs, eux, sont tout simplement inexistants.
Un diagnostic que l’auteur qualifie lui-même de « triste, alarmant et interpellant ».
Des conséquences directes sur l’économie et la vie sociale
Les difficultés de mobilité ne sont pas sans conséquences. Elles se traduisent notamment par :
• des pertes importantes dans la production agricole ;
• une baisse des revenus des ménages ruraux ;
• un accès limité aux soins, à l’éducation et aux marchés ;
• une accentuation de la pauvreté ;
• et un exode rural vers les centres urbains.
Pour le chercheur, l’état des routes rurales constitue l’un des principaux freins au développement local.
Vers un système de transport intégré et adapté
Face à ces défis, la thèse propose une approche globale du système de transport, rompant avec les solutions fragmentées souvent limitées à la seule réhabilitation des routes.
L’auteur plaide pour :
• la promotion de moyens de transport adaptés (motos, tricycles, véhicules légers) ;
• la mise en place de coopératives de transport rural ;
• l’implication des communautés locales dans la gestion des infrastructures ;
• et surtout, l’élaboration d’un système de transport multimodal, intégré et accessible.
Un appel à une politique publique cohérente
Au-delà des infrastructures, le chercheur insiste sur la ضرورة d’articuler la politique des transports avec d’autres secteurs clés : agriculture, emploi, aménagement du territoire, éducation et sécurité.
L’objectif est clair : faire de la mobilité un moteur de transformation économique et sociale.
Un enjeu stratégique pour la RDC
En conclusion, cette recherche met en évidence une réalité incontournable : sans un système de transport efficace, le développement rural restera limité.
« L’amélioration de la mobilité et de l’accessibilité est une condition essentielle pour réduire l’isolement, stimuler l’économie locale et favoriser un développement équilibré », soutient M’Libwa Wazye Bienfait.
Un appel fort, à l’heure où la RDC ambitionne de valoriser ses ressources et d’accélérer son développement, y compris dans ses territoires les plus reculés.
Joséphine Mawete


