Le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté (EDU-NC), à travers la Cellule Indépendante d’Évaluation des Acquis Scolaires (CIEAS), a lancé, depuis le 18 novembre 2025, une vaste enquête sur les pratiques de classe dans plusieurs provinces administratives de la République démocratique du Congo.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du Projet d’amélioration de la qualité de l’enseignement primaire (PEQIP), financé par le Partenariat mondial pour l’éducation (GPE), avec l’appui technique de la Banque mondiale.
Une enquête menée dans 454 écoles
L’enquête est conduite dans 454 écoles primaires sélectionnées dans les provinces de l’Ituri, du Kasaï, du Kasaï Central et du Kasaï Oriental.
Elle vise à évaluer l’efficacité pédagogique des enseignants, notamment à travers l’observation directe des pratiques de classe en situation réelle.
Pour ce faire, environ 45 observateurs locaux, préalablement formés par la CIEAS, ont été déployés sur le terrain.
Leur mission consiste à suivre 30 leçons ou séquences didactiques de 45 minutes chacune, sur une période de 10 jours, dans des disciplines clés telles que le français, les mathématiques et les sciences.
Observer pour comprendre, non pour sanctionner
Selon un superviseur national de la CIEAS, cette enquête ne s’apparente ni à une inspection ni à un contrôle administratif.
« Nous observons, nous écoutons, nous collectons. L’objectif est de comprendre les réalités du terrain, d’identifier les forces et les besoins des enseignants afin de mieux orienter la formation continue et l’accompagnement pédagogique des enseignants du primaire », a-t-il expliqué.
L’approche adoptée privilégie ainsi l’analyse objective des pratiques pédagogiques, dans une logique d’amélioration continue de la qualité de l’enseignement.
Des scènes de classe révélatrices du terrain
À Tshikapa, dans la province du Kasaï, la CIEAS rapporte une scène illustrant le travail des enquêteurs.
Un observateur a suivi, durant 45 minutes, une leçon sur les fractions en 5e année primaire, prenant note des interactions entre l’enseignante et les élèves, des méthodes pédagogiques utilisées et de la participation des apprenants.
Ces observations fines permettent de documenter, de manière concrète, les réalités vécues quotidiennement dans les salles de classe.
Un environnement scolaire sûr, condition de la qualité
Au-delà des pratiques pédagogiques, l’enquête a également porté sur la connaissance du Mécanisme de gestion des plaintes (MGP) par les enseignants et les directeurs d’écoles, ainsi que sur les questions liées à l’exploitation et aux abus sexuels (EAS/HS).
« On ne peut pas parler de la qualité de l’enseignement si l’environnement n’est pas sûr pour l’enfant », a rappelé un expert de l’Équipe de coordination du PEQIP.
Cette dimension renforce l’approche holistique du projet, qui lie qualité de l’apprentissage et protection de l’enfant.
Des défis logistiques, mais une mission maintenue
Les observateurs ont néanmoins fait face à plusieurs difficultés, notamment l’impraticabilité des routes, le manque de moyens de transport adaptés, des conditions météorologiques difficiles, ainsi que l’insuffisance de matériels didactiques dans certaines écoles.
Malgré ces contraintes, la mission se poursuit sans interruption.
« Malgré ces obstacles, la mission avance sans interruption », s’est félicité le coordonnateur national de la CIEAS, Didier Niki Niki.
Vers une école fondée sur l’observation et l’analyse
Pour la CIEAS, cette enquête marque une étape importante dans la transformation du système éducatif.
« Cette enquête va nous permettre de transformer l’école, non pas en tâtonnant, mais en observant, en mesurant, en comprenant », a souligné Didier Niki Niki.
La prochaine étape consistera en l’analyse des données collectées par une équipe de statisticiens, suivie de la publication du rapport final en 2026.
Les résultats serviront à identifier les besoins en formation, à orienter les activités de renforcement des capacités des enseignants du primaire et à renseigner l’indicateur sur le score d’efficacité des enseignants.
Lydia Mangala


