À l’occasion de la première journée de « La Semaine de l’étudiant », organisée par TBC Academia au Musée National de la RDC, le professeur des universités et expert en leadership, Silas Makangu, a livré, ce lundi 18 août 2025, une intervention riche et incisive sur l’état actuel du système universitaire congolais.
Son message a été centré sur l’université qui doit réconcilier théorie et pratique pour répondre aux besoins réels de la société.
Réconcilier le monde académique avec la société
Silas Makangu a commencé son intervention en posant un constat sévère :
« La solution, c’est qu’il faut maintenant réconcilier le monde académique. Car aujourd’hui, on a l’impression qu’il est comme suicidaire : il s’expose au danger, et cela devient une menace pour l’avenir », a-t-il déclaré.
Il a souligné que le principal problème réside dans la nature même de l’enseignement :
« Nous n’avons pas une académie solide. Il y a des étudiants qui ne savent pas quoi faire. Ils passent les examens, obtiennent des points, mais lorsqu’il est temps de faire un stage, ils échouent, parce qu’ils évoluent dans un monde qui continue à transmettre la théorie à la théorie, sans passer à la pratique. Pourtant, la dimension pragmatique est très importante », a-t-il insisté.
Pour lui, l’accompagnement des étudiants dans le choix de leur filière est crucial :
« Quand un étudiant doit choisir une filière, il faut l’accompagner. Le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire devrait aider les jeunes à s’orienter, afin qu’ils ne perdent pas inutilement du temps ou de l’argent dans des études inadaptées », a-t-il déploré.
Il a également appelé les parents à changer de mentalité :
« Ce n’est pas parce que je suis médecin que mon fils doit automatiquement faire la médecine. Au contraire, il faut découvrir les passions de l’enfant et l’accompagner dans ce qu’il aime. Dans une famille, la diversité des disciplines est une richesse », a-t-il précisé.
L’héritage universitaire et la chute de la qualité
Le professeur a rappelé que le système universitaire congolais possède un riche héritage :
« Notre système remonte aux années 1950. En 1954, on a créé l’enseignement supérieur avec le Luvanium ; en 1956, l’université de Lubumbashi; puis en 1958, l’université libre de Kisangani. Le Luvanium attirait des étudiants de toute l’Afrique et la qualité des enseignements faisait la réputation de nos institutions. Mais aujourd’hui, cette qualité a fortement baissé », a-t-il rapporté.
Selon lui, l’impact de ce déclin se mesure dans l’insertion professionnelle des diplômés :
« Nous avions mené une étude auprès des étudiants de deuxième candidature : certains pouvaient enseigner à leur tour, devenir assistants ou chefs de travaux. Mais aujourd’hui, beaucoup de diplômés n’arrivent pas à s’insérer professionnellement, faute d’une formation adéquate », a-t-il expliqué.
Il a donné des exemples concrets illustrant le décalage entre formation et réalité :
« En RDC, certains diplômés en ingénierie se retrouvent à travailler dans les églises comme régisseurs de son et lumière, faute d’opportunités concrètes. Non pas que ce travail soit inutile, mais cela montre un décalage entre la formation reçue et l’insertion professionnelle », a-t-il souligné.
La jeunesse, un atout majeur pour l’avenir
Malgré ces critiques, Silas Makangu a exprimé un message d’espoir :
« Il ne faut pas dramatiser, mais reconnaître notre retard. Pourtant, nous avons un atout majeur : près de 65 % de la population congolaise a moins de 25 ans. C’est cette jeunesse qui doit transformer le Congo, pas seulement en République démocratique, mais en une république forte, bâtie sur l’intelligence et l’innovation », a-t-il insisté.
Il a également rappelé que l’innovation et les idées nouvelles passent par des étapes parfois difficiles :
« Il faut accepter que toute idée nouvelle passe par plusieurs étapes : d’abord contestée, ensuite combattue, puis finalement acceptée et appréciée. La plupart des grands intellectuels ont été contestés de leur vivant, avant d’être reconnus », a-t-il précisé.
Réinventer l’évaluation et la formation
Pour Silas Makangu, l’un des grands défis reste l’évaluation académique.
« Aujourd’hui, notre grand défi, c’est l’évaluation. Oui, il faut évaluer, mais pas seulement pour remplir des formulaires ou distribuer des notes. L’évaluation doit porter sur la qualité des enseignements, la pertinence de la formation et surtout l’adéquation entre les études et les réalités professionnelles », a-t-il affirmé.
Il a conclu sur une note optimiste :
« Je crois que nous avons encore la possibilité, dans les cinq prochaines années, d’améliorer la situation. Parce que le Congolais est naturellement intelligent, et ça, je peux vous le garantir », a-t-il déclaré, invitant étudiants et acteurs de l’éducation à s’engager pour transformer le système.

Pour lui, l’université doit évoluer, l’accompagnement des étudiants doit être repensé, et la jeunesse doit devenir l’acteur principal du développement national.
Lydia Mangala


