La Grande Rentrée Littéraire 2025 s’est poursuivie le samedi 20 septembre 2025 avec une troisième table ronde vibrante autour du thème : « Temps de pote : la poésie, une arme entre révolte et résilience ».
Trois voix fortes de la scène littéraire congolaise, Grady Mugisho, Félicien Ngalamulume et Negue Fly, ont exploré la fonction subversive, spirituelle et sensible de la poésie.
Grady Mugisho : la poésie comme arme d’émancipation
Pour Grady Mugisho, la poésie est avant tout une manière de dire, une façon singulière d’habiter les mots.
Il a rappelé qu’à l’époque coloniale, elle fut un instrument spirituel de libération, permettant de briser les chaînes et de rendre sa dignité à l’homme noir.
En citant Makambo et ses vers empreints de révolte et de feu, il a illustré combien la poésie a toujours été un espace de dénonciation, mais aussi d’élévation.
Pour lui, la poésie n’est pas seulement contemplation du beau, mais également un langage de combat, capable de traduire les douleurs collectives et de résister à l’oppression.
Félicien Ngalamulume : la poésie comme acte de création

Félicien Ngalamulume a replacé la poésie dans son étymologie : poiein, qui signifie « créer ».
Selon lui, elle se définit comme l’art de créer des mots, des images et des expressions qui donnent forme à l’indicible.
Au-delà d’une définition figée, il considère la poésie comme un espace où l’on peut exprimer ses problèmes intimes, ses émotions profondes et ses luttes intérieures à travers une forme particulière.
Elle devient un outil de communication singulier, capable de rendre universels des ressentis très personnels.
Negue Fly : la poésie comme reste et comme arme
Avec une approche plus philosophique, Negue Fly a élargi le débat en affirmant que la poésie ne doit pas être réduite à un simple genre littéraire.
Pour lui, elle est l’art qui touche directement l’âme, l’expression des sens adressée à l’humain dans sa profondeur.
Il distingue la poésie de toute autre forme d’écriture qu’il s’agisse de celui d’un journaliste, d’un pasteur, d’un architecte.
Tous peuvent tous écrire, mais ce qui fait littérature et poésie, c’est ce qui demeure après la lecture, ce qui continue de résonner chez le lecteur.
En reprenant le thème de la table ronde, il a affirmé que la poésie est bel et bien une arme, mais une arme dont l’impact dépend de celui qui la manie. Elle peut protéger, libérer, dissuader ou effrayer.
Dans une métaphore audacieuse, il a comparé la poésie à un orgasme littéraire, ce moment ultime qui reste après la lecture et qui pousse le lecteur à rouvrir le livre.
Révolte et résilience par les mots
De cette discussion, un consensus s’est dégagé, celui dans lequel la poésie est à la fois cri de révolte et souffle de résilience. Elle dénonce les injustices, mais elle apaise aussi les blessures. Elle est arme, mais aussi refuge.
Cette troisième table ronde a rappelé que dans un monde marqué par les crises sociales et politiques, la poésie demeure un espace de résistance et de sensibilité, capable de transformer l’intime en collectif et de donner aux peuples une voix qui traverse le temps.
Lydia Mangala


