Chaque soir, lorsque les rues de Kinshasa commencent à se vider, des centaines de femmes, d’hommes et d’enfants s’apprêtent à passer une nouvelle nuit à la belle étoile. Sous les devantures des magasins, aux abords des marchés, dans les gares, sous les ponts ou le long des grandes artères, ces personnes vivent dans une précarité extrême, souvent dans l’indifférence générale.
Pour beaucoup, la rue est devenue le seul refuge. Faute de logements accessibles, de structures d’accueil ou de dispositifs d’accompagnement social suffisants, les personnes sans abri affrontent quotidiennement la faim, l’insécurité, les maladies et les intempéries.
Cette réalité, pourtant visible aux yeux de tous, demeure l’un des défis sociaux les plus préoccupants de la capitale congolaise. Depuis plusieurs années, des observateurs et des organisations de la société civile alertent sur le manque de structures d’hébergement et de programmes de réinsertion adaptés à cette population particulièrement vulnérable.
La situation devient encore plus critique pendant la saison des pluies. Les personnes vivant dans la rue dorment sur des cartons, sous des bâches de fortune ou à même le sol. Les enfants sont particulièrement exposés aux maladies, à la malnutrition, aux violences et à l’exploitation. Quant aux personnes âgées et à celles vivant avec un handicap, elles survivent souvent grâce à la solidarité occasionnelle des passants.
Au-delà de l’urgence humanitaire, cette problématique interroge les politiques sociales mises en œuvre dans la ville. Si plusieurs opérations urbaines ou de déguerpissement ont été menées ces dernières années, certaines ont parfois laissé des familles sans solution immédiate de relogement, accentuant ainsi leur vulnérabilité.
Des acteurs de la société civile estiment qu’une réponse durable ne peut se limiter à des interventions ponctuelles. Ils plaident pour la création de centres d’accueil d’urgence, le renforcement de l’accompagnement psychosocial, la mise en place de programmes de réinsertion professionnelle ainsi qu’une meilleure coordination entre les autorités publiques, les organisations humanitaires et les partenaires sociaux afin d’offrir de réelles perspectives de reconstruction aux personnes sans domicile.
Face à cette réalité, de nombreux Kinois s’interrogent : comment une métropole de plus de quinze millions d’habitants peut-elle continuer à voir autant de personnes dormir dans la rue sans qu’une réponse structurelle soit apportée ?
Derrière chaque personne sans abri se cache une histoire, une famille et un parcours souvent marqué par la pauvreté, les ruptures sociales ou les crises économiques.
La prise en charge des personnes sans domicile ne relève pas uniquement de la solidarité ou de la charité. Elle constitue un enjeu majeur de dignité humaine, de santé publique et de cohésion sociale. Tant que cette question restera reléguée au second plan, les trottoirs de Kinshasa continueront de servir de refuge à celles et ceux que la société semble avoir oubliés.
Ben Mandjolo


