La ministre de la Jeunesse et de l’Éveil patriotique, Grâce Emie Kutino, a plaidé pour une redéfinition du statut de la jeunesse dans la Constitution de la République démocratique du Congo. Intervenant lundi 13 juillet au Chapiteau du Pullman de Kinshasa, lors de la matinée de réflexion consacrée au thème « Les enjeux de l’heure : quel avenir pour la jeunesse congolaise ? », elle a estimé que les jeunes ne doivent plus être perçus comme une simple catégorie vulnérable à protéger, mais comme de véritables acteurs de la gouvernance et du développement national.
Devant une assistance composée notamment de députés, de sénateurs, de membres du gouvernement, de représentants de la société civile, d’étudiants, d’artistes, d’influenceurs, de professionnels de différents secteurs ainsi que de responsables religieux, la ministre a invité les jeunes à prendre conscience de leur poids démographique et de leur responsabilité dans l’avenir du pays.

Pour Grâce Emie Kutino, le temps est venu de rompre avec une vision qui renvoie constamment les jeunes au futur sans leur permettre d’influencer les décisions du présent.
« On a l’habitude de dire que la jeunesse est l’avenir de demain. Moi, je n’y crois pas. Je dis que la jeunesse est l’avenir d’aujourd’hui. À force de toujours nous renvoyer à demain, on finit par nous disqualifier des décisions d’aujourd’hui », a-t-elle affirmé.
S’appuyant sur les données démographiques, elle a rappelé que les jeunes représentent 66,8 % de la population congolaise, tout en regrettant que cette réalité ne soit pas suffisamment prise en compte dans la Constitution.
« Comment voulez-vous m’expliquer que nous représentons près de 67 % de la population et qu’il n’existe qu’un seul article de la Constitution qui parle de la jeunesse, l’article 42, lequel nous présente uniquement comme une catégorie vulnérable à protéger ? Je pense que la jeunesse ne doit plus être vue comme une catégorie vulnérable à protéger, mais comme des acteurs à mettre sur la scène et à valoriser », a soutenu la ministre.
Selon elle, la Constitution devrait évoluer afin d’accorder à la jeunesse une place comparable à celle reconnue aux femmes à travers l’article 14, qui a conduit à l’adoption d’une loi favorisant leur représentation dans les institutions publiques

« L’article 14 a permis la naissance d’une loi qui impose une représentation des femmes dans les institutions. Pourquoi ne pourrions-nous pas porter la même ambition pour la jeunesse congolaise ? », s’est-elle interrogée.
La ministre a ainsi appelé les jeunes à engager un plaidoyer collectif en faveur d’une réforme garantissant leur participation effective aux instances de décision.
« Il est temps de dire : trop, c’est trop. Nous ne pouvons plus être disqualifiés alors que nous sommes compétents, ambitieux et capables de contribuer aux grandes décisions qui concernent notre pays », a-t-elle insisté.
Précisant le sens de son intervention, Grâce Emie Kutino a tenu à écarter toute interprétation politique.
« Je ne suis pas venue parler d’un quelconque mandat. Je suis venue parler de l’avenir de notre jeunesse, du lendemain de notre pays et de l’héritage que nous laisserons à nos enfants », a-t-elle expliqué.

Outre la question institutionnelle, la ministre a exhorté les jeunes à cultiver un patriotisme responsable. À ses yeux, aimer son pays ne se limite pas aux déclarations d’intention, mais se traduit par des actes de protection et de défense de la nation.
« Être un véritable patriote, ce n’est pas seulement soutenir les Léopards pendant un match. Être patriote, c’est défendre son pays, le protéger et refuser de contribuer à sa destruction », a-t-elle rappelé.
Elle a également invité les Congolais à dépasser leurs divergences politiques, religieuses ou sociales afin de faire de leur diversité une force.
« Celui qui est à votre droite n’a peut-être pas la même appartenance politique, ni la même religion que vous, mais il appartient au même pays. C’est cette diversité qui doit devenir notre force, et non un motif de division », a-t-elle déclaré.
Évoquant la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, Grâce Emie Kutino a estimé que le patriotisme est incompatible avec tout soutien aux groupes armés.
« On ne sauve pas son pays en étant rebelle. L’ennemi n’est pas celui qui défend le Congo. L’ennemi est celui qui prend les armes contre la République démocratique du Congo », a-t-elle martelé.
La ministre a ensuite encouragé les jeunes à prendre une part active aux débats qui engagent l’avenir du pays.
« On dit souvent que ce qui se fait sans nous se fait contre nous. Mais jusqu’à quand allons-nous simplement le répéter ? Aujourd’hui, nous devons saisir cette opportunité et prendre notre destin en main. Soit nous subissons, soit nous décidons d’agir », a-t-elle lancé.

En clôturant cette matinée de réflexion, Grâce Emie Kutino a réaffirmé sa confiance dans le potentiel de la jeunesse congolaise, refusant qu’elle soit qualifiée de génération sacrifiée.
« Je refuse que l’on dise que nous sommes une jeunesse sacrifiée. Dans cette salle se trouvent de futurs ministres, de futurs Premiers ministres et même de futurs présidents de la République. Cette génération a été dotée de dons et de talents pour écrire une nouvelle page de l’histoire du Congo », a-t-elle déclaré.
Elle a, par ailleurs, annoncé que les recommandations formulées au cours des échanges seront compilées puis remises officiellement au président de la République à l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse, célébrée le 12 août.
« Je remettrai personnellement au Président de la République les propositions de la jeunesse congolaise. La jeunesse ne peut plus être spectatrice. Elle doit être reconnue comme l’avenir d’aujourd’hui et participer pleinement à la construction de notre pays », a assuré la ministre.
En guise de conclusion, Grâce Emie Kutino a invité chaque participant à repartir avec un engagement personnel envers la nation.
« La véritable question n’est pas de savoir ce que notre pays fera pour nous. La véritable question est de savoir ce que chacun de nous est prêt à faire pour son pays. Que nos actes parlent désormais plus fort que nos paroles et que notre amour du Congo soit plus puissant que tout ce qui cherche à nous diviser », a-t-elle conclu.
Le ministère de la Jeunesse et de l’Éveil patriotique a ainsi ouvert un débat national sur la place des jeunes dans les institutions et leur participation aux décisions publiques.

Les recommandations attendues le 12 août pourraient ainsi alimenter une réflexion plus large sur les réformes à engager pour renforcer le rôle de la jeunesse dans la gouvernance de la République démocratique du Congo.
Lydia Mangala


