Le Centre d’expertise, d’évaluation et de certification des substances minérales précieuses et semi-précieuses (CEEC) entend renforcer le contrôle des ressources minières congolaises grâce à ses capacités d’analyse en laboratoire et à la traçabilité des produits, de l’extraction jusqu’à l’exportation. Son directeur général, Freddy Mwamba, a présenté ces avancées le jeudi 29 octobre 2026, à Kinshasa, lors de la 5ᵉ édition du Café de presse du Cadastre minier (CAMI), consacrée au thème « Où en sommes-nous ? ».
Au cœur de son intervention figurent la détection des sous-produits miniers, la récupération des revenus qui échappaient au Trésor public, l’encadrement de la production artisanale et la modernisation du système de certification.
Les sous-produits miniers, un enjeu de recettes publiques
Freddy Mwamba a expliqué que certaines substances minérales présentes dans les concentrés exportés étaient insuffisamment identifiées et valorisées. Des métaux tels que le germanium, l’indium, l’or, l’argent et plusieurs éléments du groupe des platinoïdes peuvent accompagner les minerais principaux sans être correctement pris en compte dans les déclarations initiales.
Pour répondre à cette situation, le CEEC a investi dans des équipements de laboratoire capables de déterminer la composition physico-chimique des substances minérales et d’identifier ces sous-produits.
« On a découvert qu’il y a des sous-produits qui étaient exportés et qui ne payaient rien du tout. Et le Congo ne gagnait rien du tout », a déclaré le directeur général.
Il a notamment évoqué le cas de concentrés de zinc dans lesquels les analyses du CEEC ont permis de détecter du germanium et de l’argent, conduisant les opérateurs concernés à revoir leurs calculs économiques et à payer les montants correspondants.
Le responsable a également salué la mise en place d’une nouvelle nomenclature minière, qui permet, selon lui, de mieux prendre en compte ces substances dans la facturation et la récupération des recettes publiques.
Des laboratoires pour mieux connaître la valeur des minerais
Dans le cadre de son programme de modernisation, le CEEC a développé ses capacités techniques afin de mieux identifier les substances contenues dans les minerais congolais. Les équipements présentés permettent notamment d’analyser plusieurs métaux et éléments présents dans les concentrés miniers.
L’objectif est de réduire la dépendance aux déclarations des opérateurs et de permettre à l’État de disposer de données fiables sur la nature et la valeur des produits exportés.
« Il n’y a plus moyen de sortir avec nos produits miniers sans que nous sachions qu’est-ce qu’ils sont », a affirmé Freddy Mwamba.
Le CEEC souhaite également étendre ce travail aux rejets miniers et aux résidus accumulés sur les sites d’exploitation.
En collaboration avec le CAMI, l’administration des mines et le Service géologique national du Congo, l’institution envisage de mieux caractériser ces matières afin d’identifier les substances valorisables qu’elles contiennent.
Pour le directeur général, ces résidus représentent un potentiel économique qui nécessite des analyses approfondies et des mécanismes permettant à la RDC de mieux se les approprier.
La traçabilité numérique réduit les délais d’exportation
Il a également présenté le déploiement de la plateforme e-Trace, conçue pour assurer le suivi des échantillons, des analyses et des certificats.
Le système permet de centraliser les résultats de laboratoire, d’automatiser certaines opérations et d’améliorer la circulation des informations entre les services concernés.
Selon Freddy Mwamba, la mise en place du bureau de traçabilité a permis de réduire les délais de traitement des exportations. Alors que certaines procédures prenaient auparavant entre huit et seize jours, elles peuvent désormais être réalisées en 48 heures, selon les données communiquées par le responsable.
Cette évolution vise à faciliter les opérations des entreprises tout en améliorant le contrôle des minerais qui quittent le territoire national.
Le dispositif doit également contribuer à la fiabilité des statistiques minières, notamment face aux risques de transbordement ou de reconfiguration des cargaisons dans les pays voisins, susceptibles de brouiller l’origine réelle des produits.
La production artisanale mieux encadrée
Le directeur général du CEEC a par ailleurs annoncé que le centre de Musompo, inauguré en 2023, assure désormais la prise en charge des minerais issus de la production artisanale qui y transitent.
Le dispositif repose notamment sur la pesée des cargaisons, le prélèvement d’échantillons et la détermination de leur composition physico-chimique. Les producteurs peuvent ainsi disposer d’informations plus précises sur la teneur de leurs minerais avant leur commercialisation.

« Nos artisanaux vendent leurs produits sans connaître le poids, sans connaître la teneur et sans connaître même le prix », a-t-il expliqué.
Il a souligné que ce mécanisme vise à réduire les asymétries d’information entre producteurs et acheteurs.
Grâce à cette prise en charge, les substances présentes dans un même lot peuvent être mieux identifiées et valorisées, au lieu de rémunérer uniquement le métal considéré comme principal.
Vers une meilleure valorisation du potentiel minier congolais
Pour le CEEC, la modernisation des laboratoires et des outils de traçabilité doit permettre à la RDC de mieux connaître ses ressources, d’améliorer la collecte des recettes publiques et de renforcer la transparence de la chaîne d’approvisionnement minière.
L’institution entend poursuivre ses collaborations avec les autres services publics du secteur afin d’étendre les analyses aux rejets miniers, de consolider la traçabilité des produits et de renforcer les capacités nationales d’expertise.
Le CEEC ambitionne de faire de la certification et du contrôle analytique des leviers de valorisation des ressources naturelles, afin que les richesses contenues dans les minerais congolais contribuent davantage aux revenus de l’État et à l’économie nationale.
Lydia Mangala


