À Kinshasa, le débat autour du dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi continue de susciter des réactions au sein de la classe politique congolaise. Dans une publication récente, Junior Kudura s’en prend aux positions défendues par l’opposant Martin Fayulu, qu’il présente comme contradictoires sur la participation des différents acteurs au processus.
Pour Junior Kudura, une question se pose : comment réclamer un changement politique issu d’un dialogue tout en contestant la participation du président de la République à ces assises, alors que, parallèlement, Martin Fayulu plaide pour l’inclusion de l’AFC/M23 dans le processus ?
Le cas Tshisekedi au cœur de la polémique
Dans son analyse, Junior Kudura revient sur la place que devrait occuper Félix Tshisekedi dans le dialogue national.
Il reproche à Martin Fayulu de considérer le président de la République comme faisant partie du problème à résoudre et, par conséquent, de ne pas souhaiter sa participation au processus, tout en envisageant les conclusions d’un dialogue pouvant déboucher sur une nouvelle configuration politique.
Cette lecture intervient alors que le chef de l’État a annoncé, le 27 août 2026, la mise en place d’un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, précédé de consultations dans les 26 provinces. Félix Tshisekedi a également précisé que les groupes ayant pris les armes contre l’ordre constitutionnel ne prendraient pas part à ces assises.
Fayulu réclame, lui, un dialogue inclusif
La position de Martin Fayulu est cependant différente de celle décrite par Junior Kudura. Le président de l’ECiDé et leader de Lamuka réclame un « véritable dialogue national inclusif et souverain », estimant que les consultations provinciales annoncées par le pouvoir ne peuvent se substituer à un dialogue national.
Le 7 septembre, lors de son passage dans l’émission Dialogue entre Congolais de Radio Okapi, Fayulu s’est notamment interrogé sur la différence entre les négociations menées avec l’AFC/M23 à Doha et l’exclusion de ce mouvement du dialogue national organisé à Kinshasa.
Cette position n’est pas nouvelle. Dès juillet, Fayulu avait défendu l’idée d’associer les différentes parties impliquées dans la crise, y compris l’AFC/M23, afin qu’elles puissent expliquer les raisons de leur engagement dans le conflit.
Doha et Kinshasa : deux cadres distincts

La question de l’AFC/M23 constitue ainsi l’un des principaux points de divergence.
Le président Tshisekedi a maintenu que les groupes armés ne pouvaient participer au dialogue national tant qu’ils n’avaient pas renoncé à la lutte armée. Dans le même temps, les discussions avec l’AFC/M23 se poursuivent dans le cadre du processus de Doha.
Pour le pouvoir, ces deux démarches répondent à des objectifs différents : le dialogue national doit traiter des questions politiques et institutionnelles internes, tandis que les discussions de Doha portent sur les aspects liés au conflit armé dans l’Est.
Martin Fayulu estime, pour sa part, qu’il existe une contradiction à négocier avec l’AFC/M23 à l’extérieur du pays tout en excluant ses représentants d’un processus présenté comme destiné à rechercher une solution globale à la crise.
La question du changement de la classe politique
Dans sa publication, Junior Kudura évoque également la proposition attribuée à Martin Fayulu concernant le renouvellement de la classe politique et la limitation du nombre de mandats des élus.
Le débat intervient alors que la question constitutionnelle occupe une place importante dans la vie politique congolaise en 2026. L’opposition, dont Martin Fayulu, s’oppose notamment à toute modification susceptible de remettre en cause la limitation des mandats présidentiels. Fayulu a publiquement affirmé que Félix Tshisekedi devait quitter ses fonctions en 2028, quelle que soit l’issue du dialogue ou des élections.
Un débat qui dépasse les personnes
Au-delà de la polémique entre Junior Kudura et Martin Fayulu, les prises de position des différents camps mettent en lumière une question centrale : quel doit être le périmètre du dialogue national et quels acteurs doivent y prendre part ?
D’un côté, le pouvoir défend un dialogue national auquel les groupes armés ne participeraient pas et maintient parallèlement le processus de Doha. De l’autre, une partie de l’opposition réclame un processus plus large, incluant notamment les acteurs liés à la crise sécuritaire.
Le débat devrait continuer à alimenter les discussions politiques dans les prochaines semaines, alors que la RDC cherche à articuler sortie de crise sécuritaire, dialogue politique et réformes institutionnelles.
Joséphine Mawete


