La deuxième édition de la Semaine de l’Étudiant s’est ouverte ce lundi 10 août 2026 au Silikin Village de Kinshasa, autour du thème « Études universitaires et capital humain à l’ère du numérique : se former, s’adapter, réussir ». Initiée par Ben Ndondele et organisée par TBC Academia, cette édition entend rapprocher davantage le monde universitaire des réalités professionnelles, en donnant aux étudiants des clés concrètes pour construire leur avenir dans un environnement où les métiers et les compétences évoluent rapidement.

Modérée par Sony Ngandu et Ketsia Boluwa, cette première journée a réuni étudiants, entrepreneurs, professionnels, formateurs et acteurs du secteur privé autour de plusieurs échanges consacrés notamment à l’employabilité, au réseautage, aux compétences à forte valeur et à l’entrepreneuriat.
Après une première édition qui avait réuni plus de 1 000 étudiants au Musée national de la RDC, TBC Academia ambitionne désormais de franchir un nouveau cap, avec plus de 2 000 participants attendus en présentiel et plus de 10 000 en ligne durant les quatre jours de l’événement.
Pour Joyce Masiala, coordonnateur de cette deuxième édition, cette progression traduit surtout l’existence d’une demande profonde chez les jeunes.
« Ces doublements d’effectifs ne sont pas un simple chiffre, c’est la preuve irréfutable d’un besoin vital d’orientation, d’accompagnement et surtout d’excellence », a-t-il souligné.

TBC Academia veut désormais inscrire son action dans la durée. Joyce Masiala a ainsi annoncé la création prochaine de la Maison de l’Étudiant, conçue comme un centre permanent d’incubation, de formation continue, d’orientation professionnelle et de développement des compétences.
« Nous ne voulons pas seulement organiser un événement marquant une fois par an, nous voulons bâtir un écosystème permanent », a-t-il expliqué.

L’ambition est de permettre aux jeunes de commencer à construire leur parcours professionnel bien avant l’obtention de leur diplôme.
« Nous voulons qu’un jeune qui entre à l’université sache qu’il dispose d’un cadre, d’un lieu, de ressources pour construire sa carrière, avant même l’obtention de son diplôme », a ajouté le coordonnateur.

Cette volonté de rapprocher les études de l’emploi a trouvé un écho particulier dans l’intervention d’Akim Amani, coordonnateur du segment jeune d’Orange RDC. Pour lui, le diplôme ne peut plus être considéré comme une garantie suffisante face aux exigences du marché du travail.
« Notre rôle ne se limite pas à connecter les jeunes. Nous devons également contribuer à connecter les jeunes aux compétences, aux opportunités et à leur avenir », a-t-il déclaré.

Orange RDC entend ainsi multiplier les initiatives de formation et d’accompagnement destinées aux jeunes. Selon Akim Amani, plus de 1 800 jeunes ont déjà été formés dans le cadre de différentes initiatives.
Pour lui, les opportunités ne doivent pas être attendues passivement.

« Ne considérez pas votre diplôme comme une destination », a-t-il lancé, invitant les jeunes à apprendre, expérimenter, développer leur réseau et acquérir continuellement de nouvelles compétences.

La question du réseautage a également occupé une place centrale dans les échanges. Forte de 23 années d’expérience professionnelle en Afrique du Sud et en RDC, Blanchine Mazanga, gestionnaire de Source Creative Training, coach professionnelle et formatrice, a invité les étudiants à ne pas confondre visibilité et crédibilité.
« Il est important d’identifier des gens qui ont l’expertise, pas la prétention de la connaissance. Des personnes qui ne sont pas validées par les réseaux sociaux, mais validées par leur parcours », a-t-elle insisté.

Pour elle, le réseau professionnel se construit d’abord autour de la compétence et de la capacité à produire des résultats. L’université peut déjà constituer un véritable laboratoire professionnel à travers les associations, les clubs, les projets et les responsabilités assumées par les étudiants.


Son intervention rejoint celle de Christian Biaya, CEO de New Hope College, qui a partagé son propre parcours pour montrer comment une relation peut progressivement devenir une opportunité lorsqu’elle repose sur la valeur et la confiance.
Revenant sur ses années universitaires, il a expliqué comment son engagement dans des initiatives étudiantes lui a permis de développer des compétences, de rencontrer des partenaires et de construire sa crédibilité.

« Le réseautage commence même avant de rencontrer les personnes. C’est-à-dire qu’il faut avoir de la crédibilité », a-t-il affirmé.
Pour lui, cette crédibilité se construit dans les détails respecter ses engagements, être ponctuel, travailler sérieusement et démontrer sa capacité à aller jusqu’au bout de ce que l’on entreprend.

« Pendant que vous êtes encore à l’université, c’est le moment de développer vos compétences. C’est le moment d’intégrer des organisations. Vous pouvez même les créer », a-t-il conseillé.

De son côté, Hugues Boole, président du Mouvement Citoyen Éclairé, a invité les jeunes à regarder différemment les difficultés auxquelles la société congolaise est confrontée. Dans chaque problème, estime-t-il, peut se cacher une opportunité pour celui qui possède la compétence nécessaire pour apporter une réponse.
« Une compétence à forte valeur n’est pas simplement une compétence moderne. C’est une compétence qui te permet de résoudre un problème suffisamment important pour que quelqu’un soit prêt à payer pour le résoudre », a-t-il expliqué.

Il encourage ainsi les étudiants à partir des besoins réels de leur environnement plutôt que de rechercher uniquement des compétences à la mode.
« C’est quand il y a des problèmes qu’il y a des opportunités. C’est quand il y a des problèmes que tu crées de la valeur », a-t-il soutenu.

Pour Hugues Boole, cette valeur doit également s’inscrire dans le temps. La réputation professionnelle ne se construit ni en un jour ni uniquement grâce à la communication sur les réseaux sociaux.
« La crédibilité, tu la construis dans le temps », a-t-il rappelé, invitant les jeunes à développer une expertise identifiable et à devenir progressivement des personnes capables de résoudre des problèmes importants.

Cette réflexion sur les compétences a également été portée par Goretti Kat, CEO de Minzoto Club, entrepreneure sociale et experte en formation et accompagnement. Pour elle, le monde professionnel exige désormais une combinaison de compétences techniques, de savoir-être, d’adaptabilité et d’initiative.
« On vous considère compétent lorsque vous avez réuni un ensemble de compétences et non pas une seule compétence », a-t-elle expliqué.

Face à l’évolution rapide du numérique et de l’intelligence artificielle, elle appelle les jeunes à ne pas attendre que le marché du travail change pour commencer à se préparer.
« Le monde va trop vite aujourd’hui. Mieux vaut être en avance qu’être en retard », a-t-elle insisté.
Goretti Kat a également encouragé les étudiants à apprendre à identifier les opportunités et, lorsque cela est nécessaire, à créer leur propre espace professionnel.

« Nous sommes dans un écosystème où tu vas inventer la porte, et la porte n’a même pas de mur », a-t-elle lancé.
Pour elle, cette capacité d’initiative doit toutefois s’accompagner d’une bonne compréhension des environnements professionnels, des codes sociaux et des réalités du marché.
L’entrepreneuriat a justement constitué un autre axe important de cette première journée. Responsable de l’accompagnement entrepreneurial au Silikin Village, Mike Bondo a présenté plusieurs dispositifs accessibles aux jeunes porteurs de projets.
Il a notamment annoncé un programme gratuit destiné à accompagner 40 solutions d’innovation environnementale pendant six mois, avec une possibilité de subvention pour le meilleur projet.

« De plus en plus, l’écosystème s’améliore et il y a des opportunités. Les fonds sont prêts à accompagner ce que nous faisons », a-t-il fait savoir.
Mike Bondo a surtout voulu rappeler que l’accompagnement entrepreneurial ne se résume pas au financement. Les programmes du Silikin Village peuvent également offrir aux entrepreneurs sélectionnés un espace de travail, une connexion et différents outils pour structurer leur projet.

« Nos programmes d’accompagnement ne sont pas payants. Une fois que vous êtes sélectionné, vous avez l’espace de travail, la connexion et les outils nécessaires », a-t-il précisé.

Une autre voix est venue rappeler que la compétence peut aussi devenir un moyen de dépasser les barrières liées au genre. Ingénieure en électronique industrielle, inventrice de la KimBox et directrice générale de Kim Engineering, Prisca Makila a partagé avec les étudiants une partie de son parcours, commencé alors qu’elle était encore sur les bancs de l’université.
Son expérience dans l’innovation technologique, marquée par les critiques, les doutes et plusieurs distinctions nationales et internationales, repose selon elle sur une conviction simple : une idée ne vaut que par la capacité à la transformer en réalité.

« Croyez en votre vision et posez des actions pour y arriver », a-t-elle lancé.
Confrontée à des préjugés liés à son statut de femme dans un secteur technologique dominé par les hommes, Prisca Makila considère que la meilleure réponse reste le travail et la maîtrise de son domaine.

« La compétence tue la question du genre », a-t-elle martelé.
Son parcours, comme celui des autres intervenants, renvoie finalement à une même question : que faire de ses années universitaires pour être réellement préparé au monde professionnel ?
Par l’intermédiaire de leurs expériences, les différents intervenants ont dessiné une réponse commune. Le diplôme reste important, mais il doit être accompagné par des compétences pratiques, de l’expérience, un réseau solide, une capacité d’adaptation et surtout une volonté d’agir.
Cette première journée de la Semaine de l’Étudiant aura ainsi dépassé le simple cadre des conférences. Elle a placé les étudiants face aux réalités d’un marché du travail où il faut désormais apprendre à se former en continu, à créer de la valeur, à saisir les opportunités et parfois même à les inventer.
Durant quatre jours, TBC Academia entend poursuivre cette dynamique en offrant aux étudiants un espace de rencontres, d’apprentissage et de réflexion sur leur avenir. Une manière de rappeler que la préparation au monde professionnel ne commence pas après l’université : elle se construit dès aujourd’hui, dans les compétences que l’on développe, les problèmes que l’on apprend à résoudre et les relations que l’on choisit de bâtir.
Lydia Mangala


