Le parcours de Bienvenue Bolangi, premier tennisman professionnel de la République démocratique du Congo à intégrer le classement ATP, a été mis à l’honneur le vendredi 6 novembre 2026, au Cercle de Kinshasa, à l’occasion de l’avant-première du film documentaire « King B. ».
Organisée par Risk Management Across Cultures (RMAC Global Partners LLC), avec le soutien de Rawbank, cette projection a dépassé le cadre d’un hommage sportif. Elle a également servi de tribune pour plaider en faveur du développement du tennis en RDC, de l’accompagnement des jeunes talents et d’une meilleure représentation du pays sur la scène internationale.
À travers le témoignage du tennisman, marqué notamment par son expérience de la crise sécuritaire à Goma en janvier 2025, le film retrace un parcours de résilience, de sacrifices et de détermination. Une histoire que les organisateurs souhaitent transformer en source d’inspiration pour toute une génération.
Un parcours de résilience porté à l’écran
Réalisé par le cinéaste espagnol Ramón Sánchez, de Kamituga Films, « King B. » revient sur les débuts de Bienvenue Bolangi, son évolution dans les compétitions et son départ pour l’Europe, où il découvre de meilleures conditions d’entraînement.
L’un des passages les plus marquants évoque les journées du 25 au 28 janvier 2025, lors de la prise de Goma par le M23. Le jeune athlète raconte s’être réfugié dans sa salle de bain pendant trois jours, sans nourriture ni eau et sans pouvoir joindre sa famille.

« Je me disais, peut-être que tous les efforts que j’ai faits dans ma vie, ça va s’arrêter là », confie-t-il dans le film.
Après cette épreuve, son départ pour l’Europe, le 6 septembre 2025, marque une nouvelle étape. Il y découvre des infrastructures et des équipements adaptés, bien différents des conditions auxquelles il était confronté auparavant à Goma.
Un engagement autour du potentiel du jeune champion
À l’ouverture de la soirée, Magloire Kasongo Bwakenda, directeur de cabinet du ministre des Sports et Loisirs, a salué un jeune talent dont le parcours mérite encouragement et accompagnement. Au nom du ministre Didier Budimbu, il a invité Bienvenue Bolangi à poursuivre ses efforts et à croire en ses ambitions.
« Continuez de croire en vos rêves. Travaillez avec ardeur et repoussez vos limites. Sachez que votre pays croit en votre potentiel et que vos efforts constituent déjà une source d’inspiration pour toute une génération », a-t-il déclaré.

Il a également appelé les partenaires privés à s’impliquer davantage dans le financement du sport, estimant que l’insuffisance des moyens ne devrait pas empêcher l’éclosion des talents congolais.

Dans son intervention, Eve Thompson, présidente-directrice générale de RMAC, a expliqué que ce projet né de l’idée de permettre à Bienvenue de poursuivre son entraînement en Espagne, avant de prendre la forme d’un documentaire.
« La pratique sportive m’a apporté la confiance et la discipline nécessaires pour réussir, tandis que les œuvres cinématographiques les plus marquantes m’ont inspirée à réfléchir, à agir et à continuer à transformer ma propre vie ainsi que celle des autres », a-t-elle expliqué.

Partenaire du projet, Rawbank a, pour sa part, justifié son engagement par la force du parcours du tennisman. Fabrice Hainaut, directeur Marketing, communication externe et expérience client de la banque, a souligné sa capacité à surmonter les difficultés.
« Malgré toutes les difficultés de la vie, il a pu faire montre de résilience et arriver à une certaine détermination. C’est vraiment ça, le cœur du sujet qui nous a touchés à Rawbank », a-t-il affirmé.

Évoquant le rôle des institutions financières dans l’accompagnement de la jeunesse, il a rappelé que le soutien au sport faisait également partie de leur contribution au développement de l’économie réelle.
« Bienvenue, on est très fiers de toi, à Rawbank, et je suis sûr que tout le pays est fier de toi. Tu auras tout notre support pour pouvoir continuer à faire briller la RDC ici et ailleurs », a-t-il assuré, s’adressant directement au champion.
La FRDCT alerte sur le manque de moyens
Au-delà du parcours individuel de Bienvenue Bolangi, la soirée a mis en lumière les difficultés structurelles du tennis congolais. Le président de la Fédération de tennis de la RDC (FRDCT), Georges Koshi, a notamment évoqué le manque de financement, d’infrastructures et de moyens pour assurer la préparation et la participation des joueurs aux compétitions internationales.
« Le tennis n’est pas financé », a-t-il déploré, avant d’appeler davantage d’entreprises à soutenir les talents nationaux.

Il a également évoqué des pistes d’amélioration des infrastructures, notamment l’aménagement de courts couverts aux stades des Martyrs et Tata Raphaël.
À cette occasion, il a annoncé une contribution de 50 000 dollars de la Fédération internationale de tennis pour accompagner les initiatives envisagées, ainsi qu’un engagement personnel de 2 000 dollars et une contribution équivalente de la Fédération congolaise.
Pour lui, le développement de cette discipline passe aussi par l’accès des jeunes aux académies de haut niveau et aux compétitions internationales ainsi que les possibilités de recrutement de joueurs d’origine congolaise évoluant à l’étranger pour renforcer les équipes nationales.
La relève réclame de meilleures conditions
Plusieurs jeunes joueurs ont également partagé leurs expériences et les obstacles qui freinent leur progression.
Âgé de 18 ans, Éternité Kalonji a évoqué le coût des équipements, le manque de terrains adaptés et les difficultés liées aux déplacements pour les compétitions à l’étranger.
« Les talents ne suffisent pas, il faut du travail », a-t-il rappelé, exprimant son ambition de devenir professionnel et de créer, à terme, une académie internationale en RDC.
Même préoccupation chez Olivier Ngandu, 16 ans, qui a insisté sur la nécessité de rendre les infrastructures et les compétitions plus accessibles aux jeunes.
« Dans mon pays, la RDC s’intéresse beaucoup au football, mais pourtant le tennis aussi peut parler de notre culture au niveau mondial », a-t-il souligné.

De son côté, Carla Malonda, âgée de 10 ans et présentée comme révélation féminine 2025, a évoqué son ambition de devenir championne et la nécessité d’un soutien permettant aux jeunes joueuses d’accéder aux académies et aux compétitions de haut niveau.
Pour sa part, Princesse Malonda, 14 ans, a également témoigné de ce que le tennis lui apporte en matière de fair-play et de dépassement de soi.
Ces témoignages ont démontré l’existence d’un vivier de jeunes talents qui attendent des conditions favorables pour progresser.
Bienvenue Bolangi veut entraîner toute une génération dans son sillage
Lors de l’échange avec le public à l’issue de la projection, Bienvenue Bolangi est revenu sur les émotions suscitées par ce documentaire qui retrace une partie de son histoire. Il a notamment évoqué le contraste entre les conditions d’entraînement qu’il connaissait à Goma et celles découvertes en Europe, où il a pu bénéficier d’équipements adaptés et côtoyer des joueurs de haut niveau.
Pour lui, cette expérience a renforcé sa volonté de réussir au-delà de ses ambitions personnelles.
« Je dois réussir pour les jeunes qui étaient là, je dois réussir pour mon pays, je dois réussir pour l’Afrique », a-t-il insisté, rappelant que sa progression devait également servir d’exemple à ceux qui souhaitent emprunter la même voie.
Le tennisman a aussi souligné la nécessité de développer des compétitions internationales en RDC. Selon lui, la présence de joueurs congolais mieux classés au niveau international pourrait contribuer à attirer des tournois ATP dans le pays, à l’image de ce qui s’est fait en Côte d’Ivoire.
Revenant sur son propre parcours, il a rappelé avoir été inspiré par les précédents champions congolais, avant de devenir à son tour le premier joueur du pays à intégrer le classement ATP, avec trois points.
« Je veux être l’exemple pour la génération qui vient après moi », a-t-il affirmé, invitant les partenaires et les acteurs économiques à rejoindre cette ambition collective.
Cette ambition rejoint le plaidoyer de Richard Robinson, directeur des opérations de RMAC et manager du tennisman. Il a mis l’accent sur le fait que le talent seul ne permet pas d’atteindre le haut niveau sans accès régulier aux compétitions ATP, aux infrastructures et à un encadrement professionnel.
Évoquant l’exemple du boxeur américain Cassius Clay, soutenu à ses débuts par un groupe d’entrepreneurs, il a appelé les opérateurs économiques congolais à se mobiliser autour de Bienvenue et, plus largement, du tennis national.
Une mobilisation financière pour pérenniser les ambitions
Pour concrétiser cette ambition, RMAC a présenté un mécanisme de mobilisation financière destiné à soutenir la carrière de Bienvenue Bolangi et à contribuer au développement de son environnement sportif. Les participants ont notamment été invités à utiliser les QR codes mis à leur disposition pour effectuer des contributions ponctuelles ou prendre des engagements de soutien.
Richard Robinson a également encouragé le public à partager la vidéo de présentation du projet auprès d’autres personnes et partenaires susceptibles de s’y associer.
Une campagne de collecte de fonds a ainsi été lancée sur GoFundMe afin de permettre à toute personne intéressée de contribuer à la progression du tennisman congolais.
La campagne est accessible via ce lien : https://www.gofundme.com/f/help-bienvenue-bolangi-tennis-star.
En projetant « King B. », les organisateurs veulent ainsi faire du parcours de Bienvenue Bolangi un levier de mobilisation en faveur du tennis congolais. Au-delà d’un champion, c’est toute une relève qui attend des conditions pour se former, progresser et porter les couleurs de la RDC sur la scène internationale.
Lydia Mangala


