Les Ambassadeurs 2250 ont été mis à l’épreuve, ce vendredi 28 août à Kinshasa, autour des cinq piliers de la Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies. Répartis en groupes, les participants ont élaboré et défendu des notes de politique publique devant un jury composé d’experts et de partenaires, avec pour objectif de proposer des solutions concrètes aux défis liés à l’implication des jeunes dans les processus de paix et de gouvernance en République démocratique du Congo.
Parmi les différentes thématiques abordées, le groupe A a travaillé sur le renforcement de la participation effective et représentative des jeunes aux processus de gouvernance et de paix en RDC.
Dans leur présentation, les jeunes ambassadeurs sont partis du constat selon lequel les jeunes constituent une importante partie de la population congolaise et sont régulièrement mobilisés lors des campagnes, des crises ou des actions de sensibilisation, leur présence demeure limitée dans les espaces où se prennent les décisions.
« Si nous sommes de l’avenir, pourquoi ne sommes-nous pas suffisamment à présent dans les décisions qui constituent le présent ? », ont-ils lancé, appelant à dépasser une participation symbolique des jeunes.
Le groupe A appelle à passer d’une présence symbolique à une participation effective
Pour les membres du groupe, être invité à une rencontre ou être présent dans une salle de réunion ne suffit pas à parler de participation. Celle-ci doit permettre aux jeunes d’être réellement entendus, pris en compte et associés aux décisions.
« Participer n’est pas seulement être présent. Participer, c’est avoir le droit d’être entendu, d’être pris en compte et surtout d’avoir la possibilité d’influencer les décisions », ont-ils défendu.
Le groupe A a ainsi formulé cinq changements prioritaires entre autres garantir une représentation réelle et significative des jeunes dans les espaces de décision et de dialogue, territorialiser la mise en œuvre de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité afin qu’il atteigne les provinces et les communautés, associer directement les jeunes aux processus de paix et de résolution des conflits, assurer la protection des jeunes acteurs de paix et investir davantage dans leur formation, leur emploi et leur autonomisation économique.
Pour ces jeunes, l’autonomie économique constitue également un facteur de prévention. Un jeune disposant de compétences et d’opportunités serait davantage en mesure de devenir un acteur de paix plutôt qu’une cible de manipulation ou de violence.
Les échanges avec le jury mettent les propositions à l’épreuve
Après leur pitch, les membres du groupe A ont été confrontés aux questions du jury, notamment sur la pertinence et la faisabilité de leurs recommandations.
L’une des principales interrogations a porté sur l’actualité politique et le contexte d’un éventuel dialogue national. Les membres du jury ont demandé aux jeunes de préciser ce qu’ils proposeraient concrètement dans ce cadre et quelle place ils souhaiteraient occuper autour de la table des discussions.
Le groupe a plaidé pour que la représentation des jeunes soit clairement prévue dans le cahier des charges d’un tel processus, afin que leur participation ne se limite pas à une présence symbolique ou à une mobilisation ponctuelle.
« Nous ne voulons pas être des jeunes que l’on mobilise uniquement pendant les campagnes, les crises ou les activités. Nous voulons être des jeunes que l’on associe lorsqu’il vient le moment de construire des solutions », ont-ils soutenu.
Les jeunes des zones touchées par les conflits sont appelés à être directement représentés
Le jury a également interpellé les ambassadeurs sur la situation des jeunes vivant dans les zones rurales et particulièrement dans les régions affectées par les conflits à l’Est de la RDC.
Face à cette question, les participants ont d’abord évoqué la nécessité de renforcer la formation et la sensibilisation des jeunes afin de réduire leur vulnérabilité à la manipulation.
Mais une membre du groupe, Diane Mbonga, a surtout insisté sur la nécessité de donner une place aux jeunes directement affectés par les violences dans les mécanismes de paix et de sécurité.
« Ce sont essentiellement ces jeunes-là qui ont vécu ces atrocités qui savent comment expliquer ce qu’ils ont vécu », a-t-elle expliqué, estimant que leur représentation permettrait de mieux comprendre leurs réalités et leurs attentes en matière de paix.
Cette réponse a permis au groupe de préciser l’approche dans laquelle la participation ne doit pas être pensée uniquement depuis Kinshasa, mais doit intégrer les jeunes issus des territoires directement touchés par les conflits.
Le jury demande des objectifs chiffrés et une échéance claire
La question de la mesure de la participation des jeunes a également constitué un point important des échanges.
Le jury a notamment relevé que l’expression renforcement de la participation effective et représentative demeurait trop générale sans objectifs quantifiables ni échéance précise.
Les échanges ont conduit les participants à évoquer l’objectif d’une représentation des jeunes pouvant atteindre 30 % à l’horizon 2030-2035, en comparaison avec une représentation actuellement jugée très faible dans certaines institutions.
Cette remarque a mis en évidence l’un des principaux défis des politiques publiques en faveur de la jeunesse pour transformer les ambitions générales en engagements mesurables, assortis d’indicateurs permettant d’évaluer les progrès réalisés.
Les Ambassadeurs 2250 sont appelés à devenir eux-mêmes des acteurs du changement
Le groupe A a également reconnu la responsabilité des jeunes eux-mêmes.
Les ambassadeurs ont estimé qu’ils ne pouvaient pas uniquement demander aux autorités de changer les mécanismes de participation. Ils doivent également contribuer à vulgariser la Résolution 2250, encourager le dialogue, créer des espaces d’expression et porter les préoccupations de la jeunesse dans leurs communautés.
« Nous ne demandons pas de prendre la place de quelqu’un, nous demandons notre place », ont-ils résumé, insistant sur le fait que leur démarche ne relève pas de la recherche de privilèges, mais d’une volonté d’obtenir des opportunités équitables de participation.
Le groupe A termine cinquième à l’issue de la délibération
Après les différentes présentations, les questions de clarification et la défense des recommandations, le jury a procédé à l’évaluation des groupes selon la pertinence, la faisabilité et l’impact des propositions.
À l’issue de la délibération, le groupe E s’est classé premier avec 72 %, suivi du groupe D avec 68 %, du groupe C avec 65 % et du groupe B avec 60 %. Le groupe A a obtenu 57 %.
Cette session de défense aura néanmoins permis aux participants de confronter leurs propositions aux exigences d’une politique publique telles que identifier clairement le problème, formuler des recommandations, les défendre devant des experts et surtout répondre aux questions portant sur leur mise en œuvre concrète.
Par cet exercice, les Ambassadeurs 2250 ont expérimenté l’un des principes fondamentaux de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité, celui de ne plus considérer les jeunes uniquement comme des bénéficiaires des politiques de paix, mais comme des acteurs capables de contribuer à leur conception, leur mise en œuvre et leur évaluation.
Lydia Mangala


