Adoptées à quinze ans d’intervalle, les résolutions 1325 et 2250 du Conseil de sécurité des Nations Unies ont profondément changé la manière de penser la paix. L’une reconnaît que les femmes ne doivent plus être perçues uniquement comme des victimes des conflits, mais comme des actrices de leur prévention et de leur résolution. L’autre affirme que les jeunes ne sont pas seulement exposés aux violences, mais qu’ils constituent également une force essentielle pour construire une paix durable. Pourtant, plus de vingt-cinq ans après la première et plus de dix ans après la seconde, leur mise en œuvre demeure un défi dans de nombreux pays, dont la République démocratique du Congo.
Lorsqu’on évoque les résolutions 1325 et 2250, beaucoup en connaissent le nom sans réellement comprendre leur contenu. Ces deux textes figurent pourtant parmi les instruments les plus importants adoptés par le Conseil de sécurité des Nations Unies en matière de paix et de sécurité internationales.
Comme le rappellent les Nations Unies, elles servent aujourd’hui de cadre de référence aux gouvernements, aux organisations internationales, à la société civile, aux médias et aux partenaires techniques dans l’élaboration des politiques de prévention des conflits, de consolidation de la paix et de reconstruction post-conflit.
La Résolution 1325, un tournant historique
Adoptée à l’unanimité le 31 octobre 2000 par le Conseil de sécurité des Nations Unies, la Résolution 1325 est la première à reconnaître officiellement que les conflits armés affectent différemment les femmes et les hommes, tout en affirmant que les femmes doivent participer pleinement aux décisions relatives à la paix et à la sécurité.
Selon le texte officiel du Conseil de sécurité, cette résolution comprend 18 paragraphes opératoires, auxquels s’ajoutent les considérants qui expliquent les raisons de son adoption.
Elle invite notamment les États membres et les Nations Unies à accroître la représentation des femmes à tous les niveaux de prise de décision en matière de prévention et de règlement des conflits, intégrer une perspective de genre dans les opérations de maintien de la paix, protéger les femmes et les filles contre les violences sexuelles et toutes les formes de violences liées aux conflits, garantir leur participation aux négociations de paix et prendre en compte leurs besoins spécifiques dans les programmes de désarmement, de démobilisation, de réintégration et de reconstruction.
Pour ONU Femmes, cette résolution constitue le socle de l’agenda mondial Femmes, Paix et Sécurité, aujourd’hui mis en œuvre dans de nombreux pays.
Au fil des années, les Nations Unies ont structuré la mise en œuvre de la Résolution 1325 autour de quatre piliers fondamentaux.
Le premier est la participation, qui vise à garantir une présence effective des femmes dans les instances de décision relatives à la paix.
Le deuxième est la protection, qui oblige les États à prévenir les violences sexuelles, les discriminations et les violations des droits des femmes et des filles.
Le troisième est la prévention, qui encourage l’intégration des femmes dans les mécanismes de prévention des conflits et des violences.
Enfin, le quatrième pilier concerne les secours et le relèvement, afin que les besoins spécifiques des femmes soient pris en compte dans l’aide humanitaire et les programmes de reconstruction.
Ces quatre piliers sont aujourd’hui repris dans les Plans d’action nationaux adoptés par plusieurs États, dont la République démocratique du Congo.
Pourquoi une nouvelle résolution quinze ans plus tard ?
Pendant plusieurs années, les politiques internationales de paix se sont essentiellement concentrées sur les femmes.
Mais les Nations Unies ont progressivement constaté que les jeunes représentaient eux aussi une catégorie fortement touchée par les conflits, tout en étant largement absents des mécanismes de prise de décision.
Selon le rapport « The Missing Peace », commandé par le Secrétaire général des Nations Unies, les jeunes sont souvent considérés uniquement comme des victimes ou comme des facteurs de risque, alors qu’ils jouent déjà un rôle essentiel dans la médiation, la prévention des violences et la cohésion sociale.
C’est dans ce contexte que le Conseil de sécurité adopte, le 9 décembre 2015, la Résolution 2250, entièrement consacrée à l’agenda Jeunesse, Paix et Sécurité..
Selon le texte officiel du Conseil de sécurité, la Résolution 2250 comprend 26 paragraphes opératoires.
Elle marque une rupture importante avec les approches sécuritaires traditionnelles en reconnaissant officiellement les jeunes comme des partenaires de paix, et non comme une menace.
La résolution repose sur cinq piliers notamment la participation des jeunes aux processus de décision, leur protection pendant les conflits, la prévention de la violence et de l’extrémisme violent, les partenariats entre gouvernements, organisations et mouvements de jeunesse ainsi que le désengagement et la réintégration des jeunes associés aux groupes armés.
Elle encourage également les États à associer les jeunes aux politiques publiques, aux dialogues communautaires, aux médiations et aux initiatives de réconciliation.
Pourquoi ces résolutions sont-elles importantes pour la RDC ?
En République démocratique du Congo, ces deux résolutions trouvent une résonance particulière.
Depuis plusieurs décennies, les conflits armés dans l’Est du pays ont provoqué des déplacements massifs de populations, des violences sexuelles, des violations graves des droits humains et une forte vulnérabilité des jeunes.
Pour répondre à ces défis, la RDC s’est dotée de plusieurs Plans d’action nationaux destinés à mettre en œuvre les agendas Femmes, Paix et Sécurité et Jeunesse, Paix et Sécurité.
Ces documents visent notamment à renforcer la participation des femmes aux instances de décision, promouvoir le leadership des jeunes, lutter contre les violences basées sur le genre et favoriser une paix inclusive.
Des progrès mais des chiffres encore préoccupants
Vingt-cinq ans après l’adoption de la Résolution 1325, les Nations Unies estiment que les progrès restent insuffisants.
Dans son rapport publié à l’occasion des 25 ans de la résolution, ONU Femmes rappelle notamment que les conflits sont aujourd’hui plus nombreux et plus longs qu’au début des années 2000, les femmes demeurent largement sous-représentées dans les négociations de paix, les financements accordés aux organisations locales de femmes restent très faibles et les violences sexuelles liées aux conflits continuent de toucher des milliers de femmes et de filles.
Les données d’ONU Femmes montrent également que lorsque les femmes participent réellement aux négociations de paix, les accords conclus ont davantage de chances d’être mis en œuvre et de durer dans le temps.
De son côté, le Bureau d’appui à la consolidation de la paix des Nations Unies souligne que les jeunes représentent près de 1,9 milliard de personnes dans le monde, soit la plus importante génération de jeunes de l’histoire, d’où l’importance de leur implication dans les politiques de paix.
Quel rôle pour les médias ?
Pour les Nations Unies, les médias constituent aujourd’hui un acteur stratégique dans la mise en œuvre des résolutions 1325 et 2250.
Ils peuvent contribuer à faire connaître ces textes au grand public, lutter contre les stéréotypes, documenter les initiatives locales de paix, donner davantage la parole aux femmes et aux jeunes, mais aussi combattre la désinformation susceptible d’alimenter les tensions.
Informer sur la paix ne consiste donc pas uniquement à raconter les conflits. C’est aussi mettre en lumière les solutions, les initiatives communautaires et les acteurs qui travaillent chaque jour à renforcer la cohésion sociale.
Un agenda toujours d’actualité
Les résolutions 1325 et 2250 constituent aujourd’hui un véritable cadre d’action international rappelant qu’aucune paix durable ne peut être construite sans la participation active des femmes et des jeunes.
En plaçant ces deux catégories au cœur des stratégies de prévention des conflits, de médiation et de reconstruction, les Nations Unies ont voulu promouvoir une conception plus inclusive de la sécurité, fondée sur les droits humains, la participation citoyenne, l’égalité et la justice sociale.
Vingt-cinq ans après la Résolution 1325 et plus de dix ans après la Résolution 2250, le principal défi n’est plus de démontrer leur pertinence. Il consiste désormais à assurer leur application effective sur le terrain, notamment dans les pays confrontés à des crises prolongées comme la République démocratique du Congo.
Lydia Mangala


