Au cœur de la quatrième commémoration du Génocost, la question de la mémoire s’est imposée comme un engagement collectif plutôt qu’un simple devoir de souvenir. Devant les autorités nationales, les victimes et les partenaires présents au Mémorial du Génocost à Kinshasa, le coordonnateur de la Commission interinstitutionnelle d’appui à la justice transitionnelle (CIA-VAR), François Kakese Kimaza, a présenté les avancées enregistrées dans la construction d’un cadre national de vérité, de justice et de réparation en faveur des victimes des crimes internationaux commis en République démocratique du Congo.
Dans son intervention, il a insisté sur le fait que le Génocost ne constitue pas uniquement un moment de recueillement, mais un processus destiné à transformer la mémoire des victimes en actions concrètes.

« Cette année marque une étape importante pour la CIA-VAR : celle du passage de la mise en place des fondements à la consolidation de l’action. La mémoire s’est transformée en action, le narratif national s’est enrichi d’un argumentaire partagé, les réformes se sont approfondies, les réparations sont entrées en phase de maturation opérationnelle et la voix des victimes a gagné en force dans les enceintes internationales », a-t-il déclaré.
François Kakese a rappelé que la justice transitionnelle représente une démarche globale visant à restaurer la dignité des victimes, établir la vérité, combattre l’impunité, réparer les préjudices subis et prévenir la répétition des atrocités. Pour lui, cette approche dépasse les seuls mécanismes judiciaires et repose sur un équilibre entre mémoire, justice, réparation et réforme institutionnelle.

« Le Génocost honore et transmet la mémoire de l’ensemble des victimes des crimes internationaux commis sur notre territoire », a-t-il souligné, en précisant que ce référentiel mémoriel permet à la nation congolaise de reconnaître les souffrances vécues et de préserver leur transmission aux générations futures.
Le coordonnateur de la CIA-VAR a également évoqué plusieurs avancées majeures enregistrées dans la mise en œuvre de la politique nationale de réparation. Parmi celles-ci figurent l’adoption des mesures d’application de la loi n°22-065 du 26 décembre 2022 relative à la protection et à la réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité.
Il a également cité la mise en place des mécanismes de gouvernance des réparations ainsi que l’élaboration, en collaboration avec le FONAREV, de la liste unique consolidée des victimes, étape essentielle pour garantir une prise en charge structurée et équitable.
Selon lui, ces progrès traduisent le passage d’une phase de construction institutionnelle vers une phase d’action concrète en faveur des survivantes et survivants.
François Kakese a annoncé que d’importantes réformes législatives sont en cours afin de renforcer l’architecture de la justice transitionnelle en République démocratique du Congo. Deux projets majeurs sont notamment soumis au Parlement : l’un portant sur les principes fondamentaux de la justice transitionnelle, l’autre visant à adapter l’organisation judiciaire nationale à la lutte contre l’impunité et à la poursuite des crimes internationaux les plus graves.
Il a également annoncé la poursuite des travaux visant à doter le pays d’un cadre juridique consacré à la protection du patrimoine mémoriel national, notamment les sites historiques, les archives, les témoignages et les symboles liés aux crimes commis sur le territoire congolais.
Dans cette dynamique, il a évoqué l’intégration progressive du Génocost dans les programmes scolaires ainsi que la création prochaine du Musée national du Génocost, appelé à devenir un espace de conservation, de recherche et de transmission de la mémoire collective.
François Kakese a insisté sur l’importance du plaidoyer international engagé par la RDC pour la reconnaissance des génocides commis sur son territoire.
Selon lui, cette démarche repose sur une approche scientifique, historique et juridique fondée sur la documentation des faits et l’analyse des preuves disponibles.
« La mémoire des victimes ne peut être pleinement restaurée tant que la vérité demeure incomplète, insuffisamment connue, insuffisamment reconnue ou pire, volontairement ignorée », a-t-il soutenu.

Il a rappelé que cette diplomatie mémorielle exige rigueur, cohérence, constance et persévérance afin de porter la voix des victimes auprès des institutions internationales.
François Kakese a appelé à faire du Génocost un engagement national dépassant les clivages politiques et institutionnels. Citant Ernest Renan, il a estimé que les grandes nations ne se définissent pas seulement par les épreuves qu’elles traversent, mais aussi par la manière dont elles choisissent de leur donner un sens.
Pour lui, la République démocratique du Congo a fait le choix de transformer la mémoire en force pour l’avenir : de la vérité une exigence, de la justice une responsabilité, des réparations un devoir national et des réformes une garantie de non-répétition ».
Lydia Mangala


