Plus de quatre siècles après la mission diplomatique d’António Manuel Nsaku Ne Vunda auprès du Saint-Siège, son parcours continue de rappeler l’ancienneté des relations entre le Royaume Kongo et Rome. À l’occasion de son séjour dans la capitale italienne, la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, s’est recueillie à la basilique papale Sainte-Marie-Majeure, où repose celui qui est considéré comme le premier ambassadeur africain accrédité auprès du Saint-Siège.
Envoyé par le roi Álvaro II du Royaume Kongo, Nsaku Ne Vunda avait quitté le Congo en 1604 pour établir des relations directes avec le Saint-Siège. Après un long périple marqué par plusieurs difficultés, il arriva à Rome en 1608, gravement malade. Le pape Paul V lui accorda une audience avant sa mort, quelques jours plus tard, et décida qu’il soit inhumé à Sainte-Marie-Majeure.

La présence de Nsaku Ne Vunda dans cette basilique constitue aujourd’hui l’un des témoignages les plus visibles de cette histoire diplomatique ancienne.
Son tombeau, identifié comme celui de « Dom António Manuel, Príncipe do Kongo », se trouve dans la basilique aux côtés de monuments et sépultures liés à l’histoire de l’Église. Vatican News rappelle que le diplomate du Royaume Kongo fut honoré par une sépulture dans ce lieu sur décision de Paul V.
En 2024, à l’occasion de la Journée de l’Afrique, le cardinal Pietro Parolin avait lui-même présenté Nsaku Ne Vunda comme un pionnier de la diplomatie africaine auprès du Saint-Siège, soulignant que son parcours témoignait de la volonté ancienne des acteurs africains d’établir des relations diplomatiques directes avec Rome.
La démarche de Thérèse Kayikwamba donne une dimension historique à sa présence à Rome. Elle rappelle que les relations entre le territoire correspondant notamment à une partie de l’actuelle RDC et les puissances religieuses et politiques européennes ne commencent pas avec les États modernes.
Au début du XVIIᵉ siècle, le Royaume Kongo disposait déjà d’une diplomatie capable d’envoyer une mission jusqu’à Rome pour défendre ses intérêts et établir un dialogue direct avec le Saint-Siège. Le périple de Nsaku Ne Vunda s’inscrivait notamment dans la volonté du roi Álvaro II de renforcer les relations avec le Vatican sans dépendre exclusivement de l’intermédiation portugaise.
Cette histoire constitue aujourd’hui un rappel de la profondeur des échanges entre l’Afrique centrale et l’Europe, bien avant la création des États contemporains.
La basilique visitée par la ministre abrite également la sépulture du pape François, qui avait effectué une visite en RDC en janvier-février 2023. Elle conserve ainsi plusieurs tombes pontificales et constitue un important lieu de mémoire de l’Église catholique.
Thérèse Kayikwamba s’y est recueillie et a prié auprès des sépultures pontificales ainsi que devant celle de Nsaku Ne Vunda. Elle y a également marqué son intérêt pour le patrimoine artistique de la basilique, notamment pour l’œuvre de Gian Lorenzo Bernini, dont elle apprécie particulièrement le travail.
Cet hommage renvoie à la lecture d’une société politique qui entretenait déjà des relations extérieures structurées et envoyait des représentants auprès de puissances étrangères.
Plus de quatre siècles après la mission de Nsaku Ne Vunda, son tombeau à Rome demeure ainsi un symbole de cette mémoire diplomatique.
La visite de Thérèse Kayikwamba vient remettre cette figure historique dans le récit contemporain de la diplomatie congolaise, une histoire qui ne commence pas avec l’indépendance de 1960, mais qui plonge ses racines dans les relations internationales du Royaume Kongo.
Lydia Mangala


