À Kenge, chef-lieu du Kwango, la ministre d’État en charge des Affaires sociales, Ève Bazaiba, a donné le coup d’envoi de la 60ᵉ Journée internationale de l’alphabétisation. Face aux défis persistants de l’accès à l’éducation, elle a appelé le Gouvernement à élaborer un programme spécifique d’éradication de l’analphabétisme et à mettre en place un mécanisme national cohérent pour récupérer, former et réinsérer les enfants et adolescents hors de l’école.
Cette célébration, organisée lundi 8 septembre 2026 sous le thème « L’alphabétisation au service des personnes, de la planète et de la prospérité », a pris une dimension particulière en RDC. Le choix de Kenge traduit la volonté de rapprocher les politiques publiques des communautés et de confronter les stratégies nationales aux réalités vécues dans les territoires.
Dans son discours, Ève Bazaiba a rappelé que la lutte contre l’analphabétisme constitue une obligation inscrite dans la Constitution congolaise.

« La Constitution de la République précise que l’éradication de l’analphabétisme est un devoir national et que le gouvernement doit élaborer un programme spécifique à cet effet », a déclaré Ève Bazaiba.
Pour la ministre, cette exigence constitutionnelle rejoint les engagements internationaux et régionaux de la RDC, notamment l’Objectif de développement durable 4 consacré à l’éducation et l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
Elle l’inscrit également dans la vision du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, qui fait du développement du capital humain et de l’accès aux services sociaux de base des priorités de son action.
Pour Ève Bazaiba, l’alphabétisation ne peut plus être réduite à l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul. Elle doit permettre aux citoyens de comprendre leur environnement, de prendre des décisions, de développer des compétences et de participer pleinement à la vie économique et sociale.
« L’alphabétisation ne consiste plus seulement à savoir lire, écrire et compter. Elle donne à la personne les moyens de comprendre, de choisir, de produire, de participer à la vie de la communauté, de s’adapter aux transformations numériques, de protéger son environnement et de contribuer à la prospérité collective », a expliqué la ministre.
Cette conception élargie place ainsi l’alphabétisation au croisement de plusieurs enjeux entre autres emploi, autonomie, inclusion sociale, numérique, environnement et développement humain.
À Kenge, la ministre a particulièrement insisté sur la nécessité de regarder au-delà des statistiques nationales.
Derrière les chiffres se trouvent des enfants qui attendent une seconde chance scolaire, des jeunes à la recherche d’un métier et des adultes qui souhaitent acquérir les compétences nécessaires pour participer dignement à la société.
« C’est ici, auprès des communautés, des éducateurs sociaux, des apprenants, des autorités locales et des familles que nous devons écouter, mesurer les difficultés et construire les réponses appropriées », a souligné Ève Bazaiba.
Le ministère des Affaires sociales entend ainsi mettre en place une stratégie nationale d’intervention et de réinsertion des enfants et adolescents non scolarisés et déscolarisés.
L’objectif est de passer d’initiatives dispersées à un mécanisme permettant d’identifier les enfants hors école, de comprendre les causes de leur exclusion, de leur proposer des parcours adaptés et d’assurer leur insertion ou leur réinsertion durable.
La ministre a également appelé les gouverneurs, les autorités provinciales et territoriales à faire de cette 60ᵉ édition le début d’une mobilisation durable.
Il s’agit notamment d’identifier les enfants hors école, de renforcer les structures d’alphabétisation et d’éducation non formelle, d’accompagner les éducateurs sociaux et de rapprocher les offres éducatives des communautés.
Elle a également sollicité l’appui des partenaires techniques et financiers.
« Investir dans l’alphabétisation, le rattrapage scolaire et l’apprentissage des métiers, c’est intervenir en amont sur la lutte contre la pauvreté, le chômage, l’exclusion, les vulnérabilités et même certains facteurs de fragilité sociale », a indiqué Ève Bazaiba.
Dans cette nouvelle approche, les éducateurs sociaux occupent une place centrale. Ils sont appelés à intervenir auprès des enfants et jeunes que le système scolaire n’a pas pu maintenir ou intégrer.
« Vous êtes ceux qui allez chercher l’enfant que l’école a perdu, qui redonnez la confiance aux jeunes déscolarisés et qui apprenez à l’adulte qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre », a encouragé la ministre.
Ève Bazaiba s’est également engagée à faire avancer la question du statut de l’éducateur social, estimant que cette mission de récupération, d’éducation, d’alphabétisation, d’inclusion et de réinsertion mérite une identité professionnelle clairement reconnue et valorisée.
Le choix de Kenge n’était donc pas simplement symbolique. Pour le ministère des Affaires sociales, il s’agissait de territorialiser la célébration et de rapprocher l’action publique de ceux auxquels elle est destinée.
La journée a été ponctuée de discours, défilés, scénettes sur l’alphabétisation, témoignages des mamans du Centre Telema de Kenge ainsi que du vernissage de manuels d’alphabétisation.
Ève Bazaiba veut ainsi transformer une journée de sensibilisation en point de départ d’une politique nationale plus structurée.
Pour la RDC, il est maintenant question de construire les mécanismes capables de donner une seconde chance à ceux que l’école a laissés de côté et de faire de l’apprentissage un véritable outil d’autonomie, d’inclusion et de développement.
Lydia Mangala


