Le Conseil de sécurité des Nations unies durcit sa réponse face à la persistance des violences dans l’est de la République démocratique du Congo. Le Comité des sanctions créé en vertu de la résolution 1533 (2004) a décidé d’inscrire six personnes et deux entités supplémentaires sur sa liste des sanctions, une mesure qui cible plusieurs acteurs majeurs des groupes armés opérant dans la région, dont Corneille Nangaa et l’Alliance Fleuve Congo (AFC).
La décision, approuvée le 14 juillet et rendue publique le 16 juillet par les Nations unies, marque une nouvelle étape dans le renforcement du régime de sanctions visant les responsables accusés d’alimenter l’insécurité dans l’est du pays.
Parmi les personnes sanctionnées figure Corneille Nangaa Yobeluo, chef de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), mouvement politico-militaire allié au M23. L’ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) est accusé par les Nations unies de jouer un rôle central dans la coordination politique de cette coalition armée active dans l’est de la RDC.
Le Comité des sanctions a également inscrit John Imani Nzenze, présenté comme chef du renseignement du M23, pour son implication présumée dans la planification, l’organisation et le soutien aux activités militaires du mouvement.
Les nouvelles sanctions concernent également d’autres groupes armés opérant dans la région. Sébastien Uwimbabazi, général de brigade des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), et Gustave Kubwayo, alias « Surcouf », commandant des FDLR-FOCA, figurent désormais sur la liste onusienne. Selon le Conseil de sécurité, ces deux responsables sont impliqués dans des attaques contre des civils, des enlèvements contre rançon ainsi que dans l’exploitation illégale des ressources naturelles.
Muhammed Lumisa, commandant, médecin et responsable de la logistique extérieure des Forces démocratiques alliées (ADF), a lui aussi été sanctionné pour son rôle dans l’organisation et le soutien aux activités de ce groupe armé.
Le colonel Charles Sematama, chef militaire de Twirwaneho, mouvement actif sur les Hauts Plateaux du Sud-Kivu, complète cette liste. Les Nations unies l’accusent notamment d’être impliqué dans des exactions contre les populations civiles.
Deux organisations font désormais l’objet des sanctions internationales. Il s’agit de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), créée en 2023, ainsi que du groupe armé Twirwaneho, accusé de violations graves des droits humains, notamment le recrutement d’enfants et des attaques contre les civils.
Conformément au régime de sanctions des Nations unies, ces mesures prévoient le gel des avoirs financiers des personnes et entités concernées, l’interdiction de voyager dans les États membres de l’ONU ainsi qu’un embargo sur les armes. Tous les pays membres sont tenus d’appliquer ces sanctions en intégrant ces décisions dans leur législation nationale.
Cette nouvelle vague de sanctions intervient dans un contexte diplomatique particulièrement sensible. Elle fait suite au renouvellement, le 29 juin dernier, du régime de sanctions de la résolution 1533 jusqu’au 1er juillet 2027 et intervient alors que la République démocratique du Congo assure la présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations unies.
Pour Kinshasa, cette décision constitue une avancée diplomatique majeure. La RDC plaidait depuis plusieurs années pour un renforcement des sanctions contre les responsables du M23 et leurs soutiens. Réagissant à cette annonce, l’ambassadeur de la RDC auprès des Nations unies, Zénon Mukongo Ngay, a estimé qu’il s’agissait du résultat d’une revendication portée de longue date par le gouvernement congolais.
« C’est le résultat de ce que nous avons toujours demandé », a-t-il déclaré, estimant que d’autres mesures pourraient suivre si les violences se poursuivent.
Cette décision intervient également après plusieurs initiatives similaires prises par d’autres partenaires internationaux. Les États-Unis avaient déjà adopté des sanctions visant des responsables de l’AFC/M23, des officiers rwandais ainsi que des réseaux impliqués dans l’exploitation illicite des ressources naturelles de l’est de la RDC. L’Union européenne avait, elle aussi, pris des mesures restrictives contre plusieurs responsables liés au conflit.
En élargissant sa liste noire à des responsables issus du M23, des FDLR, des ADF et de Twirwaneho, le Conseil de sécurité entend accentuer la pression sur l’ensemble des acteurs accusés d’alimenter les violences dans l’est de la République démocratique du Congo.
Cette nouvelle offensive diplomatique intervient alors que les initiatives de médiation menées par les États-Unis, le Qatar et l’Union africaine peinent encore à produire des avancées significatives sur le terrain, où les affrontements persistent et continuent d’alimenter l’une des plus graves crises humanitaires du continent africain.
Lydia Mangala


