Dix-sept nouveaux cas d’Ebola ont été confirmés à Nia Nia, dans le territoire de Mambasa, en Ituri, après un retard dans l’acheminement des prélèvements vers le laboratoire d’analyse. Cette nouvelle flambée met en lumière les défis logistiques, sécuritaires et sociaux qui compliquent la riposte dans cette zone.
Vingt prélèvements effectués dans la zone de santé de Nia Nia n’ont pu être analysés qu’après près de deux semaines d’attente, en raison des difficultés liées à leur transport vers le laboratoire de référence de Bunia. Les résultats rendus publics samedi 4 juillet font état de dix-sept tests positifs au virus Ebola, portant à 29 le nombre total de cas confirmés enregistrés dans cette zone depuis la fin du mois de mai.
Les nouvelles contaminations concernent plusieurs aires de santé, notamment Nia Nia centre (CECCA 16, Nia Nia, Afia ya Wagonjwa et Alimasi), ainsi que Juhudi, Bafwabango et Bafwambaya, situées le long de l’axe Nia Nia-Isiro.
« Chaque retard dans l’acheminement des prélèvements et dans la prise en charge favorise la propagation », a alerté le Dr Joseph Pemanakue, médecin chef de la zone de santé de Nia Nia. Il appelle la population à renforcer sa collaboration avec les équipes sanitaires, notamment en respectant les mesures préventives, en acceptant les enterrements dignes et sécurisés, en évitant la manipulation des animaux morts et en consultant rapidement en cas de symptômes suspects.
La situation est également aggravée par un contexte sécuritaire fragile. Le 30 juin, le Centre de traitement Ebola de Bafwabango ainsi que le centre de santé de Juhudi ont été incendiés lors d’affrontements, entraînant la suspension de plusieurs activités essentielles de la riposte. Ces incidents compromettent notamment la prise en charge des patients et le suivi des contacts, deux éléments déterminants pour interrompre les chaînes de transmission.
Sur le terrain, plusieurs agents de santé dénoncent également des menaces et des actes de stigmatisation. Certains soignants ont quitté la zone par crainte pour leur sécurité, tandis que certaines structures sanitaires ont suspendu leurs activités afin d’éviter de nouvelles attaques. Cette situation complique davantage l’accès aux soins et la sensibilisation communautaire.
À ces difficultés s’ajoute une grève des prestataires impliqués dans la riposte, qui réclament le paiement de leurs primes. Ce mouvement perturbe plusieurs activités essentielles, notamment les investigations, la surveillance épidémiologique et le suivi des contacts, faisant craindre un affaiblissement durable du dispositif de lutte contre l’épidémie.
L’Ituri demeure l’un des principaux foyers de la 17ᵉ épidémie d’Ebola déclarée en République démocratique du Congo. Les autorités sanitaires et leurs partenaires redoutent qu’une combinaison de retards logistiques, d’insécurité, de méfiance communautaire et de tensions internes au sein de la riposte ne favorise une progression du virus dans les prochaines semaines.
La maîtrise de cette flambée dépendra notamment du rétablissement des conditions de sécurité, de la reprise complète des activités de terrain, du règlement des préoccupations des équipes sanitaires et du renforcement de la communication avec les communautés locales.
Joëlle Luniongo


