À l’occasion de la Journée internationale de la non-violence, célébrée ce 2 octobre, le cas de la République démocratique du Congo rappelle que la paix ne se résume pas à l’absence de combats. Elle suppose également la protection des civils, la justice pour les victimes, la réparation des préjudices et la prévention de nouvelles violences.
Dans l’Est de la RDC, où plusieurs fronts de conflit persistent, les données les plus récentes des Nations Unies montrent que les populations continuent de payer un lourd tribut. Lors d’un briefing au Conseil de sécurité le 29 septembre, le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en RDC, James Swan, a indiqué que le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme avait recensé 1 537 violations et atteintes aux droits humains depuis son précédent briefing, dont 88 % dans l’Est du pays. Parmi ces violations figuraient notamment des violences sexuelles liées au conflit ayant fait 382 victimes, dont 257 femmes et 122 filles.
Ces chiffres ne constituent toutefois pas un bilan exhaustif de toutes les violences commises. Ils correspondent aux cas documentés par les mécanismes des Nations Unies, dans un contexte où l’accès à certaines zones reste difficile et où de nombreuses victimes ne signalent pas les faits.
L’une des conséquences les plus visibles des violences reste le déplacement forcé des populations.
Selon les données présentées par l’ONU au Conseil de sécurité, 6,1 millions de personnes sont toujours déplacées à l’intérieur de la RDC. Dans les provinces touchées par les combats, les populations sont contraintes de quitter leurs villages, leurs terres et leurs activités économiques pour rechercher des espaces plus sûrs.
La situation reste particulièrement volatile en Ituri. Les 27 et 28 septembre, quelque 3 100 civils, dont environ 1 600 femmes et 900 enfants, ont cherché protection auprès d’une base temporaire de la MONUSCO près du site de déplacés de Rhoo. Le lendemain, environ 2 000 autres personnes ont recherché temporairement refuge à Drodro à la suite de nouveaux tirs et de mouvements armés signalés dans la zone.
Ces déplacements successifs illustrent une réalité souvent moins visible derrière les statistiques : la violence bouleverse les trajectoires familiales, interrompt la scolarité des enfants, détruit les moyens de subsistance et accroît la dépendance à l’aide humanitaire.
Les données disponibles sur l’ensemble du premier semestre 2026 donnent également la mesure de la crise. Entre janvier et juin, le BCNUDH a documenté 2 996 violations et atteintes aux droits humains, affectant 6 189 victimes dans le pays.
Parmi elles, 2 607 violations concernant 5 032 victimes ont été recensées dans les provinces affectées par les conflits. Le BCNUDH a notamment relevé la poursuite des hostilités, les déplacements forcés, les représailles et les attaques attribuées à différents acteurs armés.
La baisse de 10 % du nombre de violations par rapport au semestre précédent ne doit d’ailleurs pas être interprétée automatiquement comme une amélioration de la situation. Le BCNUDH souligne que les difficultés de documentation et de signalement dans plusieurs zones peuvent également influencer les chiffres disponibles.
La question des violences sexuelles demeure particulièrement préoccupante.
Les Nations Unies ont documenté 382 victimes de violences sexuelles liées au conflit dans la période couverte par le dernier briefing au Conseil de sécurité. Cette catégorie comprenait notamment 257 femmes et 122 filles.
Les chiffres doivent être lus avec prudence, car les violences sexuelles sont parmi les crimes les moins signalés. La peur des représailles, la stigmatisation, l’éloignement des services et l’insécurité peuvent empêcher les survivantes de porter plainte ou même d’accéder à une prise en charge.
En avril 2026, l’UNFPA rappelait déjà que le BCNUDH avait enregistré 1 534 survivantes de violences sexuelles liées au conflit en 2025, tout en soulignant que ces données ne représentaient qu’une partie du phénomène.
L’analyse de la situation congolaise montre également que les conséquences des conflits dépassent largement les affrontements entre groupes armés.
Les Nations Unies estimaient récemment à 26,5 millions le nombre de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë en RDC. Le déplacement, la perte des terres agricoles, la destruction des moyens de subsistance et les restrictions d’accès humanitaire contribuent à cette vulnérabilité.
Autrement dit, la violence produit un effet en cascade. Un affrontement peut provoquer un déplacement, le déplacement peut entraîner la perte des revenus, cette précarité peut ensuite accentuer l’insécurité alimentaire, l’exposition aux violences et les difficultés d’accès aux soins ou à l’éducation.
Dans ce contexte, la Journée internationale de la non-violence prend une dimension particulière en RDC. La non-violence ne peut être réduite à un simple appel à déposer les armes. Pour les victimes, elle renvoie également à la possibilité de vivre sans peur, de retrouver une famille, une maison, une activité et une dignité.
Elle pose aussi la question de la justice. Documenter les crimes, identifier leurs auteurs présumés, garantir des procédures équitables, protéger les victimes et assurer leur réparation constituent des éléments essentiels pour rompre les cycles de violence.
Le débat international sur la RDC continue d’ailleurs de mettre en avant la nécessité de solutions politiques et diplomatiques. Lors de son briefing du 29 septembre, James Swan a estimé qu’une paix durable dans l’Est ne pouvait reposer uniquement sur une réponse militaire et a souligné l’importance du dialogue politique, des initiatives diplomatiques et des mesures de confiance.
Les chiffres récents montrent ainsi que la RDC reste confrontée à une crise multidimensionnelle comprenant des milliers de violations documentées, des millions de personnes déplacées, des violences sexuelles persistantes et une insécurité alimentaire touchant des dizaines de millions de personnes.
Mais ils montrent aussi les limites d’une lecture exclusivement statistique. Derrière chaque violation se trouve une personne, derrière chaque déplacement, une famille, derrière chaque victime de violence sexuelle, une histoire et un besoin de justice, de soins et de reconstruction.
En cette Journée internationale de la non-violence, l’enjeu pour la RDC est donc autant de mettre fin aux violences que de construire les conditions qui empêchent leur répétition. La mémoire peut documenter les blessures, la justice peut reconnaître les torts, la réparation peut restaurer une partie des vies brisées, mais la paix durable exige surtout que la violence cesse de se reproduire.
Lydia Mangala


