Face à la persistance de la 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo, les confessions religieuses veulent renforcer leur implication dans la prévention et la sensibilisation des communautés. Une table ronde réunissant plusieurs responsables religieux s’est tenue ce jeudi 1er octobre 2026 au Centre d’accueil Caritas, à Kinshasa, autour de leur rôle dans la riposte.
Déclarée le 15 mai 2026 en Ituri, cette épidémie est due au virus Ebola de type Bundibugyo. Il s’agit de la 17ᵉ épidémie d’Ebola enregistrée en RDC depuis l’identification du virus en 1976. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a également qualifié la situation d’urgence de santé publique de portée internationale, dans un contexte marqué notamment par l’insécurité, les déplacements de populations et les difficultés d’accès à certaines zones.
Organisée à l’initiative de Caritas Congo, la rencontre a réuni des représentants de différentes confessions religieuses afin d’échanger sur la situation épidémiologique, les défis de la riposte et les moyens de renforcer l’engagement communautaire.
Pour les participants, les lieux de culte, les écoles confessionnelles, les structures sanitaires et les réseaux sociaux constituent autant de canaux permettant de toucher rapidement les populations.
À l’ouverture des travaux, Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), a insisté sur la nécessité d’une réponse qui dépasse le seul cadre médical.
« Cette maladie demeure une préoccupation majeure de santé publique. Face à une telle menace, la réponse ne peut pas reposer uniquement sur les structures sanitaires et les professionnels de santé. Elle doit être globale, communautaire, coordonnée et participative », a-t-il déclaré.
Le responsable religieux a notamment cité parmi les défis de la riposte la résistance communautaire et l’insuffisance de l’encadrement psychosocial des personnes atteintes ainsi que des familles affectées.
Dans une épidémie où l’adhésion des communautés constitue un élément déterminant, la lutte contre la désinformation apparaît également comme un enjeu majeur. L’OMS souligne d’ailleurs que l’engagement communautaire est essentiel pour parvenir à contrôler l’épidémie.
Pour Mgr Nshole, les confessions religieuses disposent précisément d’un avantage, leur proximité avec les populations.
« Les confessions religieuses occupent une place particulière dans la société congolaise. Elles sont présentes au cœur des communautés et bénéficient d’une crédibilité et d’une proximité importantes avec les populations », a-t-il relevé.
Il appelle ainsi les leaders religieux à transmettre des informations fiables, à déconstruire les rumeurs et à contribuer à réduire la stigmatisation des personnes touchées par la maladie.
« Nous pouvons, pour ainsi dire, transmettre des informations fiables, encourager les comportements favorables à la prévention et combattre les rumeurs et la désinformation, mais également lutter contre la stigmatisation des personnes affectées et de leurs familles », a-t-il déclaré.
Pour lui, l’objectif doit rester clairement orienté vers la protection des populations et la préservation de leur dignité.
La table ronde ambitionne de déboucher sur des actions coordonnées entre les différentes confessions religieuses, les autorités sanitaires, les organisations communautaires, les partenaires techniques et financiers ainsi que les médias.
Mgr Donatien Nshole a appelé les différentes communautés religieuses à privilégier l’action commune face à la menace sanitaire.
« Notre objectif aujourd’hui n’est pas simplement de parler d’Ebola. Nous devons surtout réfléchir à ce que nous pouvons faire ensemble pour prévenir la maladie, protéger les communautés et sauver des vies. Il est vrai que nous avons des doctrines et des pratiques religieuses différentes, mais il est aussi vrai que nous sommes tous créés à l’image de Dieu, et la charité n’a pas de couleur religieuse », a-t-il souligné.
L’ambition est notamment d’aboutir à une feuille de route commune, précisant les actions à mener, les responsabilités, les échéances et les mécanismes de suivi.
De son côté, l’abbé Édouard Makimba, secrétaire exécutif de Caritas Congo, a salué la participation des différentes confessions religieuses.
Il a présenté cette diversité comme un signal en faveur d’une mobilisation collective autour de la protection des populations.
« Caritas Congo étant elle-même sur le front contre Ebola voit dans votre présence un soutien à son travail, à celui du gouvernement et aux organisations de la société civile qui sont au chevet de la population meurtrie », a-t-il déclaré.
« Là où l’humanité est en péril, l’unité s’impose afin de sauver ce qui nous unit tous et toutes, c’est-à-dire la vie », a-t-il ajouté.
La mobilisation religieuse intervient alors que la riposte se déroule dans un environnement particulièrement complexe. L’OMS fait état d’un contexte associant crise humanitaire, insécurité, forte mobilité des populations et mouvements liés notamment au commerce et aux activités minières.
Le caractère particulier du virus Bundibugyo constitue également un défi. L’OMS indique qu’il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique contre cette souche, ce qui renforce l’importance de la détection précoce, de la prise en charge et des mesures de prévention.
Dans ce contexte, la confiance entre les équipes de riposte et les communautés devient un élément central. La sensibilisation ne consiste donc pas uniquement à transmettre des consignes sanitaires, mais aussi à favoriser leur compréhension et leur appropriation par les populations.
La rencontre organisée à Kinshasa doit constituer la première étape d’une mobilisation plus large. Selon les organisateurs, d’autres échanges sont prévus à Bunia, avec les leaders religieux de l’Ituri, puis à Beni, pour ceux de Beni et Butembo.
À travers cette démarche, les confessions religieuses sont appelées à ne plus être de simples relais occasionnels, mais à devenir des partenaires actifs de la riposte : informer, prévenir, combattre les rumeurs, réduire la stigmatisation et rapprocher les communautés des dispositifs sanitaires.
Dans une épidémie où la réponse médicale doit s’accompagner d’une forte adhésion communautaire, les lieux de culte apparaissent ainsi comme des espaces stratégiques pour faire circuler une information fiable et renforcer la confiance autour des mesures de prévention.
Lydia Mangala


