À l’occasion de l’exercice de redevabilité consacré aux 365 premiers jours du gouvernement, le ministre de l’Entrepreneuriat et du Développement des PME, Justin Kalumba Mwana Ngongo, a présenté les principales actions menées par son ministère pour promouvoir l’entrepreneuriat, faciliter l’accès au financement et ouvrir davantage de marchés aux petites et moyennes entreprises congolaises.
Pour le ministre, la politique gouvernementale en matière d’entrepreneuriat doit permettre de dépasser la logique d’une jeunesse uniquement à la recherche d’un emploi et favoriser l’émergence d’une génération capable d’en créer.
« Ministre veut dire serviteur. Je suis engagé à servir la nation et à matérialiser la vision du Président de la République, notamment son engagement en faveur de la création massive d’emplois décents et durables à travers l’entrepreneuriat. Nous devons créer les conditions pour que les Congolais ne soient pas uniquement à la recherche d’un emploi, mais puissent également devenir des créateurs d’emplois », a-t-il déclaré.
Les trois « C », piliers de la stratégie entrepreneuriale
Justin Kalumba distingue d’abord le programme de son ministère du grand programme présidentiel « Débout Jeunes Congolais », consacré notamment à l’emploi et à l’entrepreneuriat des jeunes.
Dans ce cadre, des assises nationales sur l’emploi et l’entrepreneuriat des jeunes avaient été organisées en novembre 2025, réunissant des jeunes venus de différentes provinces de la RDC ainsi que de la diaspora. Ces travaux ont débouché sur le Pacte pour l’emploi et l’entrepreneuriat des jeunes, formalisé le 30 juin 2026 au Palais de la Nation.
De son côté, le ministère de l’Entrepreneuriat et du Développement des PME articule son intervention autour de trois « C » : capacitation, crédit et contrat de marché. Ces trois piliers doivent, selon le ministre, fonctionner comme les maillons d’une même chaîne.
Capacitation : former avant d’entreprendre
Le premier « C » concerne la capacitation. Il s’agit de former, coacher, mentorer et accompagner les Congolais désireux d’apprendre un métier ou de se lancer dans l’entrepreneuriat.
Le ministère entend notamment promouvoir progressivement l’apprentissage de l’entrepreneuriat dès le primaire, le secondaire et l’université, notamment à travers les mécanismes d’incubation.
L’objectif est aussi de contribuer à un changement de mentalité chez les jeunes.
« Après les études, le jeune ne doit pas seulement chercher un emploi ou attendre d’entrer dans l’administration. Il doit aussi pouvoir créer son entreprise et créer des emplois », a exhorté Justin Kalumba.
Dans cette dynamique, le ministre a rappelé le rôle de l’ANADEC, l’Agence nationale de développement de l’entrepreneuriat au Congo, chargée notamment d’accompagner cette phase de capacitation.
Crédit : faciliter l’accès au financement
Une fois formé, l’entrepreneur doit pouvoir accéder aux moyens financiers nécessaires pour concrétiser son projet. C’est le deuxième « C » : le crédit.
Le FOGEC, Fonds de garantie de l’entrepreneuriat au Congo, constitue l’un des principaux mécanismes mobilisés à cet effet. Il permet notamment de faciliter l’accès au crédit pour des entrepreneurs qui disposent de projets viables, mais ne possèdent pas nécessairement les garanties exigées par les banques.
« Beaucoup de jeunes ont des projets, mais n’ont pas de garanties hypothécaires pour accéder au crédit bancaire. Le FOGEC permet donc de garantir ces projets », a expliqué le ministre.
Le mécanisme prévoit notamment une évaluation préalable du plan d’affaires et la vérification de la formation du porteur du projet. Lorsque le projet est jugé pertinent, il peut être présenté aux institutions financières partenaires.
En cas de difficulté de remboursement, le FOGEC peut intervenir en qualité de garant, selon les mécanismes prévus.
Le ministère travaille également à la diversification des sources de financement, notamment à travers la diaspora, le financement participatif, les business angels et d’autres mécanismes innovants.
Selon Justin Kalumba, près de 2 000 PME sont déjà suivies dans le cadre de ces mécanismes de financement innovant.
Contrat de marché : transformer la production en opportunités
Le troisième « C » concerne le contrat de marché. L’enjeu est de permettre aux entrepreneurs de vendre leurs biens et services et de disposer de débouchés suffisants pour développer leurs activités.
Dans le secteur privé, le ministre cite notamment le rôle de l’ARSP, l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé.
« Depuis sa création, environ 15 000 sous-traitants ont été enregistrés, dont près de 7 000 identifiés au cours de l’année écoulée », a-t-il indiqué.
L’objectif poursuivi est notamment de favoriser l’accès des entreprises de droit congolais et à capitaux congolais aux marchés générés par les grands secteurs économiques, notamment les mines et les hydrocarbures.
Dans le secteur public, le ministre rappelle que la législation prévoit jusqu’à 40 % des marchés publics en faveur des PME de droit congolais.
Mais l’accès au marché ne suffit pas, prévient-il. Les PME doivent également disposer des capacités techniques et financières nécessaires pour exécuter correctement les contrats obtenus.
Le climat des affaires, le « grand C »
Au-delà des trois piliers, Justin Kalumba estime qu’un quatrième élément conditionne la réussite de l’écosystème entrepreneurial : le climat des affaires.
La fiscalité, selon lui, doit être prévisible et compatible avec la survie et la croissance des entreprises.
« On ne peut pas créer une entreprise aujourd’hui et la voir mourir demain à cause d’un environnement toxique », a-t-il relevé.
Pour le ministre, c’est la combinaison de ces différents mécanismes qui doit permettre de faire émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs congolais.
« C’est avec ces mécanismes que nous voulons faire émerger plusieurs millionnaires congolais », a-t-il affirmé.
Projet TRANSFORME : plus de 31 000 femmes accompagnées
Parmi les programmes mis en avant figure également le Projet TRANSFORME, financé par la Banque mondiale et destiné notamment à renforcer l’entrepreneuriat féminin.
Selon les chiffres communiqués par le ministre, environ 238 000 femmes avaient manifesté leur intérêt pour la formation. Plus de 31 000 femmes ont finalement été accompagnées dans différentes villes et corridors, dont environ 24 750 femmes effectivement prises en charge.
À Kinshasa, le programme a touché plus de 6 000 femmes, contre plus de 4 000 à Mbuji-Mayi et également plus de 4 000 à Kananga.
Les bénéficiaires ont notamment reçu des formations en initiative personnelle et en élaboration de plans d’affaires simplifiés. Certaines ont également bénéficié de kits d’entrepreneuriat et d’un fonds de roulement.
Pour le ministre, l’impact recherché dépasse la seule création d’activités individuelles.
« Une femme qui crée son activité peut ensuite engager deux, trois, quatre ou cinq personnes. Si nous multiplions ces initiatives, nous créons progressivement des milliers d’emplois », a-t-il expliqué.
Le défi reste désormais d’accompagner ces entrepreneures vers de nouveaux marchés afin de leur permettre d’écouler durablement leurs produits et services.
Vers un véritable écosystème entrepreneurial
Pour Justin Kalumba, les différents dispositifs mis en place ne doivent pas fonctionner de manière isolée. Ils doivent plutôt s’articuler autour d’une chaîne cohérente : formation, financement, production et accès au marché.
« Nous devons faire en sorte que les différents mécanismes se complètent. La formation doit conduire au financement, le financement doit conduire à la production et la production doit trouver un marché », a-t-il résumé.
Cette approche constitue, selon lui, la clé pour permettre aux PME congolaises de franchir progressivement le cap de la survie vers celui de la croissance.
« Notre ambition est de passer d’un entrepreneuriat de survie à un entrepreneuriat de croissance », a conclu le ministre.
Joséphine Mawete


